‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 41 sur 244 · CHAPITRE- V · texte numérisé non relu

CHAPITRE- V

roi et de Guillaume Clilon, dont ils épousèrent la cause, tandis (pie les autres prétendants se rejetaient vers le roi d’Angleterre et allaient faire cause commune avec lui contre leur rival normand.

Les barons flamands reviennent à Bruges (30 mars) avec des lettres royales adressées aux Brugeois et à tous les habitants de la terre de Flandre, omtiiôus terræ incolis. Le roi s’y prévaut de sa puissance royale (( potentia regalis ), fondée sur la vertu divine et sur la force des armes (/ ortitudo armorum ), pour leur enjoindre de se soumettre au comte qu’il a choisi1. Les lettres sont lues et leur contenu est développé par l’un des barons, Gautier le Bouteiller, dans une assemblée générale de la bourgeoisie, tenue au champ des « Arènes » [locus oratorius ). Les bourgeois ne s’inclinent pas devant la volonté du souverain. Ils ajournent leur réponse au lendemain « afin », disent-ils, « de s’entendre avec les Flamands, auxquels ils sont liés par serment, sur l’acceptation ou le rejet du choix royal » 2. Rentrés chez eux, ils mettent la nuit à profit pour dépêcher des émissaires aux Flamands conjurés et le lendemain, d’accord avec eux, vingt chevaliers et douze des meilleurs citoyens sont délégués pour aller conférer avec le roi, qui était en route vers Gand. La conférence ( colloquium ), à laquelle des Gantois prennent part, a lieu à Deynze. Elle se termine par l’acceptation pour comte de Guillaume Cliton, acceptation qui est ratifiée à Bruges, après le retour dans cette ville des délégués brugeois, que ceux de Gand accompagnent (2 avril).

Trois jours plus tard, le roi et Guillaume Cliton arrivent à Bruges. Une assemblée solennelle se tient le lendemain (G avril) au champ des « Arènes ». Les reliques des saints sont apportées, le clergé obtient la confirmation des libertés et privilèges du chapitre de Saint-Donatien, lec-

1 Galbert, p. 82.

l’avènement de la maison d’alsace.

ture est faite du traité ( charta conventionis) qui, pour prix de l’élection et de la réception du nouveau comte, accorde aux bourgeois les franchises d’impôt qu’ils ont stipulées, la confirmation à perpétuité de leurs libertés anciennes et le « plein pouvoir de corriger et d'améliorer, au jour le jour, selon le temps et le lieu, leurs lois coutumières »L Roi et comte prêtent sur les reliques le serment d’être fidèles à ces accords; les bourgeois jurent fidélité au comte et lui font hommage, ainsi qu’il a été fait à ses prédécesseurs, en qualité de « naturels princes et seigneurs de la terre de Flandre ». A leur tour, les vassaux militaires lui prêtent ensuite l'hommage féodal. Nous avons même ici une description extrêmement précieuse des formes d'hommage, de foi et d’investiture 1 2, et le soin scrupuleux avec lequel Galbert a consigné sur ses tablettes ces minutieux détails nous esl un sur garant qu'il n’a rien omis d’essentiel du mode de transmission du pouvoir. Ne serait-ce pas alors une lacune inouïe, soit des solennités elles-mêmes, soit de leur description, que l’absence entre le roi et le comte des cérémonies d’hommage, de foi et d’investiture, si la Flandre vraiment avait dès lors constitué un grand fief? Ne manquerait-il pas la clef de voûte à l’édifice qu’on venait de rebâtir?

Les rivaux de Guillaume Cliton, soutenus par le roi d’Angleterre, ne désarmèrent point. Ce furent même, sans doute, les nécessités de cette lutte qui conduisirent le nouveau comte -à violer les engagements sacrés qu'il avait pris, soit quant au droit des échevins de juger les bourgeois rebelles, soit quant à l’immunité de cen£ et de tonlieu.

Dès le mois de septembre 1127, les Brugeois lui font grief d’une telle violation de sa foi, et des plaintes analogues ne tardent pas à s’élever de toutes parts, à Saint-

1 Suprà, p. 03, note 4.

2 Galbert, p. 89.

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