CHAPITRE V
Orner, à Lille, à Gancl. A Gand, elles se traduisent, au mois de février suivant, en protestations violentes et servent de raison aux uns, de prétexte aux autres, pour de nouvelles conjurations qui, de proche en proche, s’étendront au pays entier. Dans une virulente philippique qu’il a adressée au comte, présent à Gand, le porte-parole des barons et des bourgeois ( proloculor civium), Iwan d’Alost, va jusqu'à requérir une sorte de convocation d'Etats investis des plus larges pouvoirs. Qu’une cour solennelle se tienne à Y près, au centre du pays, que les barons et leurs vassaux, les plus sages hommes du clergé et du peuple, s'y rendent en paix et sans armes et qu’ils décident si Guillaume doit conserver le pouvoir ou s’il doit s’en démettre, et, dans ce dernier cas, qu’ils contient le comté {comme ndare) à un homme qualifié par sa capacité et son droit, idoneo et legitimo virov.
Guillaume Cliton s’indigne; il provoque Iwan en duel judiciaire. Refus d'Iwan, fixation de l’assemblée à trois semaines (8 mars 1128), envoi de messagers dans toutes les directions. En même temps qu’une convocation, c’est un appel à une ligue de défense mutuelle justifiée par les plaintes unanimes des marchands de la Flandre, qui souffrent de la paralysie des affaires.
Guillaume veut alors, à tout prix, mettre obstacle à la tenue de la grande assemblée projetée. 11 retient les Brugeois de s’y rendre et remplit Ypres de chevaliers et de eotereaux prêts au combat. Les chefs du mouvement ne peuvent qu’envoyer des parlementaires chargés de rompre, en leur nom et au nom des Gantois, le lien d’hommage et de fidélité qui les avait unis au comte. Mais le coup est porté. Dès le 21 mars, les bourgeois de la ville et de la châtellenie de Bruges se conjurent et s’allient avec les Gantois en faveur de Thierry d’Alsace, que bientôt Iwan d’Alost et Daniel de Termonde vont amener.
1 Galbert , p. i 39.
l’avènement de la maison d’alsace.
Le 30 mars est fixé pour l’avènement de Thierry. Ce sera exactement l’anniversaire des déclarations qui avaient été faites, au nom du roi, par les barons retour d’Arras. Ce jour-là, l’intronisation a lieu à Bruges, dans une grande assemblée, qui se tient an champ des « Arènes » (par deux fois vrai champ de Mars) et où les Gantois sont représentés par Iwan et Daniel. Election, confirmation de chartes, serment du comte, hommage, tout se déroule et s’accomplit pour le candidat du roi d’Angleterre comme Tannée d’avant pour le candidat du roi de France.
Louis VI ne pouvait évidemment se désintéresser d’un tel événement, laisser déchirer les accords auxquels il avait été partie. 11 se hâte d’accourir à Arras. Dès le 10 avril, il invite les Flamands à s’y rendre pour vider le conflit entre les deux comtes.
Nous voici parvenu au point culminant du débat et, pour bien juger de sa portée, tant au point de vue de l’histoire que du droit public, nous devons avec soin en analyser les termes.
Jusqu’à la mort de Charles le Bon, la transmission par hérédité en ligne directe, ou par désignation du comte régnant, s’opérait avec approbation tacite ou expresse du roi, reconnaissance et hommage des barons ou vassaux, acceptation ou soumission des bourgeois.
L’hérédité directe étant venue à manquer et nul successeur n’ayant été désigné, T approbation, Y asseyions du roi, en tant que rex Francorum , passe au premier plan, avec le conseil des principes de la Gaule 'et des barons flamands.
L’acceptation par les bourgeois prend elle aussi plus d’importance; elle monte d’un degré. Le roi est obligé d’en tenir compte. C’est à tous les habitants de la terre de Flandre qu’il demande de ratifier le choix qu’a fait sa cour, à Arras. Cette ratification est obtenue par l’entremisede nobles puissants, tels que Baudoin d’Alost, — auquel r dit Galbert, Guillaume Cliton dut son élection autant