‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 43 sur 244 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qu’au roi1, — et moyennant les concessions faites aux bourgeois, clans les chartes ou traités passés avec eux.

Mais Guillaume Cliton et le roi lui-même, d’après, les. Brugeois, violent leurs engagements. Dès lors, on leur oppose la déchéance de leurs droits et la question de succession se rouvre dans des conditions nouvelles. Le choix des barons et des bourgeois prend la place de l’hérédité en ligne directe ou de la désignation d’héritier, et l’on voit poindre, sous une forme inconsciente peut-être, le vox populi, vox Dei. Phénomène étrange, mais que les circonstances politiques expliquent, les barons s’effacent devant le choix des bourg-eois, ils attendent pour se prononcer en faveur de Thierry d’Alsace qu’il ait été élu par le peuple , sous prétexte que le consentement de leur suzerain, le duc de Louvain, leur est nécessaire 2, et ils se passent de ce consentement une fois que les bourgeois se sont prononcés. C’est que les barons sont maintenant aux gages du roi d’Angleterre 3 et que celui-ci n’a qu’un but : évincer Guillaume Cliton, et tient, à cet effet, la balance égale entre Arnoul et Thierry. Les bourgeois deviennent ainsi les arbitres de la situation. La volonté du roi de France est réduite au rôle d’un simple assensu v, d'une ratification, comme elle l’avait été lors des transmissions antérieures de l’autorité comtale. Et ce fut manifestement un progrès de l’indépendance nationale de la Flandre.

Si l’on se place à ce point de vue, le manifeste tant discuté des Brugeois n'a plus rien d’insolite et caractérise

1 Galbert, p. 89.

2 « Didicimus quod Iwan et Daniel illi Theodorioo hominium et securitatem non lecerant adhuc, sed dueendo eum per castra Flandriæ populum et milites commoxerent ad eligendum ilium in consulem. Nam sine licentia et assensu ducis Loxaniæ electionem facere I. et D. non poterant; sic enim fîdemduci utrique dederant... » (Galbert, p. 14G).

3 « Quia I. et D... a rege Angliæ donaria pTurima susceperant, et plura erant pro expulsione nepotis sui... accepturi » (Ibid.).

l’avènement de la maison d’alsace. 103

très nettement J a situation, sauf quelques intempérances de langage nées de l'ardeur de la lutte.

La lettre du roi enjoignait aux Brugeois de députer à Arras, le dimanche 15 avril, huit prud'hommes ( discreti viri) pour délibérer avec ceux qu'il convoquait, — en nombre égal, — île chacun des lieux fortifiés ( castra ) de la Flandre, et avec tous ses barons, sur leur conflit avec, le comte Guillaume, conflit que le roi travaillerait ensuite à pacifier1.

Il est à remarquer que Galbert ne nous donne pas le texte même de la réponse qui fut faite à cette lettre du roi, mais la délibération à son sujet de la grande assemblée qui se tint aussitôt. Il n’y a donc pas à arguer de la véhémence de l'expression pour mettre en doute soit son authenticité, soit sa sincérité2. Le procès-verbal a du en être rédigé séance tenante comme une déclaration solennelle devant faire loi pour l'avenir. En réalité, c’est une déclaration de guerre au roi de France, mais fondée sur la tradition et rendue possible par le secours que Henri Beauclerc apportait aux Flamands conjurés. Ne venait-il pas de débarquer en Normandie et d’empêcher Louis VI de répondre, les armes à la main, à l'appel désespéré de Guillaume Cliton ? On ne saurait donc dire que les Flamands fussent des « révoltés » contre les droits de là couronne. Révoltés, ils ne l’étaient qu’à un seul point de vue : la violation de l'hommage qu’ils avaient prêté en 1127 à Guillaume Cliton, le jour où ils le reconnurent pour comte.

Mais, précisément, cet hommage ils le déclarent non avenu, ils s’en jugent déliés, et vis-à-vis du roi et vis-àvis du comte, parce que l’un et l’autre ont commencé par violer les serments qu’ils avaient jurés, le premier en

1 « Quid sit questionis et pugnæ inter vos et comiteni vestrum Willelmum, et statim laborabo pro pacis conformatione inter vos et ipsum » (Galbert, p. 151).

2 Lot, Fidèles ou vassaux, p. <617. — Pirenne sur Galbert, p. 153.

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