‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 45 sur 244 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La convocation adressée par le roi aux autres cités flamandes ne dut pas avoir un meilleur succès et elle ne l’eut certainement pas auprès des Gantois. Louis VI quitta alors Arras. Il n’y revint qu’à la requête de Guillaume Cliton, qui était allé le 23 avril solliciter son secours à Compïègne et qui avait obtenu, au même moment, de l’évêque de Noyon-Tournai, que, moyennant l’abandon de douze autels, il frappât d’excommunication ses sujets rebelles. D’Arras, une nouvelle tentative est faite par le roi de mander auprès de lui, pour le G mai, une grande assemblée, où évêques, abbés, hauts barons et chevaliers, clerc et peuple fussent représentés1, et qui déciderait lequel des deux comtes devait être expulsé par la puissance royale ( potentia regalis ), lequel maintenu par elle2 3 * * *.

Cette convocation, comme la première, dut rester lettre morte. Galbert garde le silence sur ses effets; Herman de Tournai ne parle que d’une cour ecclésiastique où Thierry fut cité, excommunié avec ses partisans, sommé par le roi d’avoir à quitter la Flandre et à retourner dans son pays d’origine8.

Louis VI ne fut pas plus heureux dans ses tentatives pour s’emparer de vive force de Lille, et ses visées se trouvèrent définitivement anéanties par la mort de Guillaume Cliton devant Alost. Le triomphe de Thierry d’Alsace n’était plus douteux. Quand ce fut chose accomplie, quand le nouveau comte eut été reçu, accepté, installé dans les divers castra de Flandre, le roi de France,

1 « Convocare archiepiscopos, episcopos et omnes synodales per-

sonas in clero, et abbatQs, et discret iss imos tam in clero quant in populo , comités et barones ceterosque principes, ut ad se in Atrebatum convenirent » (Galbert, p. -157).

3 « Habiturus consilium de istis duobus consulibus, quem eorum

cum regia potentia expelleret, aut quem stabiliret >» (Ibid.).

3 <c Theodericus, quasi alieni juris invasor, ad audientiam Avchte-

piscopi venire commonetur »,-elc. (H. F., t. XIII, p. 400).

l’avènement de la maison d’alsace.

à son tour (tandem), le reconnut1. IL donna son assensus, son agrément à la transmission du pouvoir, puis, à une date indéterminée, il investit le nouveau comte des fiefs (feoda, donaria regalia) qu'il devait tenir de lui, ainsi que le fit, de son côté, le roi d’Angleterre2. Quant à une investiture du comté de Flandre, en échange d’un hommage, qui s’étonnera maintenant qu’il ne s’en trouve nul vestige dans les écrits contemporains et qu’il faille descendre jusqu’à la fin du xu° siècle, à une époque oii la suprématie royale se transforme en suzeraineté féodale, pour rencontrer un texte où il soit question de Y homagium Flàndriæ? Par contre, nous voyons Louis VI s’adresser au comte de Flandre dans les mêmes termes que le faisaient ses ancêtres. Dans une lettre qu’il écrit à Thierry d'Alsace, en 1132, ce n’est point comme vassal, c’est comme ami et parent qu’il fait appel à lui3.

Le sens de ces expressions nous est connu. Elles reflètent à la fois l’unité ethnique (franque) et l’unité familiale (carolingienne) sur lesquelles la royauté française avait été jusque-là édifiée; elles correspondent à la fidélité qui était due par tous les 'principes de la Gaule. Ce n’est pas là une théorie, — je le redis encore, — c’est une tradition vivace qu’alimentent et que renforcent les rivalités des souverains étrangers, des rois d’Angleterre, des empereurs. En est-il témoignage plus éclatant que l’élan magnifique qui, en un brusque sursaut, fit se

1 « Peragratis castris, scilicet Atrebato... Insulis, Aria, in quibus locis more bonorum predecessorum suorum venerabiiiter susceptus est a clero et populo, et fide et hominio confîrmatus, tandem ad reges Francise et Angliæ ascendit » (Galbert, p. 17G).

2 « Ad reges Francise et Angliæ ascendit, suscepturus ab ipsis feoda et donaria regalia. Complacuit ergo sibi utriusque regni scdicet rex Francise et rex Angliæ super comité nostro Theodorico et investituras feodorum et beneficiorum , quæab ipsis... cornes Karolus obtinuerat, gratanter dederunt » (Galbert, p. 176).

3 « Tibi siquidem ut amico et consanguineo nostro mandamus et monemus... » (H. F., t. XV, p. 342).

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