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LES ORIGINES DE LA NATION NORMANDE

la future Transséquanie, où le fond celtique a dû garder la prépondérance.

A ce fond s’est mêlé dans la région transséquane dès le ive ou v° siècle, une population nordique ou saxonne, comme l’attestent la mention d’un littus saxonicum dans la Notitia dignilatum , et surtout, au ixe siècle, l’existence, entre l’Orne et la Dive, d’un territoire occupé par une population de ce nom, Y Otlinga Scixonia' .

Arrivent les Francs, qui se rendent maîtres de toute la deuxième Lyonnaise et colonisent avec intensité la vallée de la Seine, la région qui fut comprise dans la Francie, vers 843. C’est là que la renaissance religieuse fut la plus vive, là que les grandes abbayes de Jumièges et de Saint- Wandrille1 2 furent fondées et acquirent une prospérité et une richesse qui devaient servir d’appât aux Scandinaves.

Tandis que la francisation s’opérait dans la partie orientale de l’ancienne Neustrie, sa partie la plus occidentale, la région au delà de la Dive, échappa de plus en plus à l’influence franque. Occupée en partie par des Saxons, elle fut conquise par les Bretons qui, sous Nominoe, s’emparèrent du pays jusqu’à Bayeux, et, sous Salomon, s’en firent reconnaître la possession par Charles le Chauve. En outre, les confins plus spécialement saxons, entre l’Orne et la Dive, où Caen allait se développer, accentuèrent par contraste leur caractère nordique, soit saxon soit Scandinave.

Ainsi se dessine la distinction entre la Haute Normandie, franque proprement dite, le Roumois, le pays de Caux, le Talou, et la région neustrienne de population mixte ou

1 Le problème de l 'Otlinga Saxonia n’est, pas près d’être résolu. Voyez en dernier lieu sur ce sujet l’appendice d’une étude de M. Charles Joret : « Les noms de lieu d'origine non romane et la colonisation germanique et Scandinave en Normandie » (Rouen et Paris, 1913), p. 66-67.

2 M. Ferdinand Lot vient de publier de précieuses Études critiques sur l'abbaye de Saint- Wandrille (Paris, 1913), suivies d’un véritable Cartulaire de l’abbaye, du vu® au xne siècle.

F. — Tome IV

mélangée, l’Évrecin, le Lieuvin, — porte ouverte vers le centre de la Gaule, — enfin la Basse Normandie colonisée, dans le Bessin et le Cotentin, par des Saxons et des Danois, dans l’Avranchin, par des Bretons. Telles sont les divisions, non pas de races mais de nations, qu’il faut avoir présentes à l’esprit, si l’on veut se faire une idée juste de la formation d’un État normand aux dépens et à l’encontre de l’État franc.

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