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LA CONQUÊTE DE ROLLON ET LE TRAITÉ DE SAINT -CLAIR- SUR -EPTE

C’est par la vallée de la Seine, en remontant le fleuve, que déferle le flot dévastateur des invasions normandes, c’est par là que pénètre la grande flotte de 700 barques et de 40.000 hommes qui s’empare de Rouen, le 25 juillet 885, et qui met, en novembre, le siège devant Paris. Et quand cette armée se disloque, c’est dans le pays de Cauxet à Rouen, que, de 896 à 900, l’un de ses principaux tronçons s’établit, se fixe, et élit un chef de bande, Rollon, pour chef suprême, pour iar /, un chroniqueur dira pour roi1.

Maître de la métropole rouennaise, ce viking a pu nourrir de bonne heure l’ambition de dominer sur toute l’ancienne province romaine. Il tente môme, en 911, de s’étendre jusqu’à la Loire en s’emparant de Chartres. Sa pointe audacieuse aboutit à une défaite. Elle donne ouverture aux négociations du traité de Saint-Clair-sur- Epte.

Quelles pouvaient être ces négociations, sur quelle base

1 Voyez la tradition rapportée par le moine de Saint-Martial de Limoges qui, au xne siècle, a interpolé la chronique d’Adémar de Chabannes : « Deinde cum alia multitudine Nortmanorum Rodomum urbs, et vicine sibi civitates inventæ vacuæ, vindicate sunt ad habitandum a ducibus eorum, qui elevaverunt super se ex eoram gente regem nomine Rosum. Qui sedem sibi in Rodomo constituit. Et factus Christian u s a sacerdotibusFrancorum...» (Adémar, éd. Chavanon, 1897, p. 139, et SS. IV, 123).

étaient-elles concevables? — C’est un des éléments essentiels du problème que j’ai soulevé.

Rollon, solidement établi depuis plus de dix ans sur le territoire francique, entre la Rille et la Bresle, et jusqu’à l’Epte, y paraissait inexpugnable 1 . Conquérant du pays, il n’était pas disposé certainement à abandonner la moindre parcelle de la domination qu’il y avait implantée. Mais il en allait autrement de l’Evrecin ou du Médresais, du Dreugesin ou du Chartrain. Ici, l’occupation était infiniment plus précaire. Le pays s’y prêtait beaucoup moins soit à la défense, soit au prompt appel des auxiliaires Scandinaves. Par contre, il constituait un point propice de départ et d’appui pour les incursions ou les razzias vers le centre de la Gaule et il permettait de prendre Paris à revers.

L’intérêt manifeste du roi des Francs était de conjurer ce danger permanent en faisant la part du feu. L’intérêt non moins clair des Normands était d’obtenir la garantie du roi qu’on ne chercherait pas à leur reprendre le territoire francique, dont la possession leur serait légitimement acquise, en échange de l’engagement qu’ils prendraient de ne pas franchir, dans leurs incursions sur la rive gauche de la Seine, une limite fixée d’un commun accord. L’abornement naturel semble avoir été, auSud,l’Avre qui sépare l’Évrecin du Dreugesin, à l’Est, l’Eure qui laisse sur sa rive droite les quatre cinquièmes du Médresais et dont le point de confluence avec l’I ton marquait la frontière de la Francie2. De la sorte les comtés de Dreux, de Chartres

1 La conclusion de M. Vogel dans son étude approfondie sur les invasions normandes, de 799-911, est que les Normands occupaient en fait depuis 899 toute la future Normandie : « Die Normandie, wie das Land spater genannt wurde... befand sich von etwa 899 an im t .tsacliliohen Besitze der Normannen » (Vogel, Die ISormannen und das frânkische licich, Heidelberg, 1906, p. 385).

2 Ainsi s’expliquerait sans peine le diplôme souvent cité et discuté de Charles le Simple, i'elatif à l’abbaye de la Croix-Sain t-Leufroy, dont les possessions étaient à cheval sur l’Eure : « donavimus et subjecimus illam abbatiam cujus caput est in Madriacensi pago super

LES ORIGINES DE l’ÉTAT NORMAND.

et la presque totalité du Médresais étaient mis à l’abri des incursions normandes, à la fois par une stipulation expresse et par un pacte général d'alliance et d’amitié conclu avec Rollon, comme jadis avec Hasting i. Telles me paraissent avoir été les données fondamentales de la convention, du traité ( fœdus ) de Saint-Clair-sur-Epte. Seulement ces données furent discutées, et Dudon, si partial qu’on le suppose, nous permet de reconstituer les phases par lesquelles les négociations ont passé.

Je ne veux nullement entreprendre une réhabilitation nouvelle du chanoine de Saint-Quentin, moins encore m’associer à l’apologie outrée de son moderne éditeur, M. Jules Lair. Il manquera toujours à Dudon les deux qualités principales de l’historien, l’impartialité et le naturel. Mais de quel droit récuser un témoin, fût-il le plus intéressé et le plus maniéré du monde, quand les faits qu’il rapporte sont indifférents à sa cause ou à son affectation de plaire, et seraient-ils même favorables à ce double objet., quand ils s’accordent avec les témoignages historiques les

flumen Auluræ Scto Germano ejusque monachis ad eorum jugiter mensam, præter partem ipsius abbcitiæ qnam annuimus Nortmannis Sequanensibus, videlicct Rolloni suisque comitibus, pro tutela rcgni » (14 mars 918. Tardif, Cartons des rois, n° 229, p. 143, et H. F. IX, 536). — Si le roi ne donne à Saint-Germain-des-Prés que la rive droite de l’Eure, cela ne prouve d’aucune manière que la rive gauche était comprise dans la cession de 911. Elle a pu faire partie des territoires où le roi a accepté le statu quo, sans le légaliser, qui étaient consentis {annuere),e t non cédés {concéder e). Un texte très postérieur qui a manifestement suivi Dudon de très près, mais qui a pu recueillir aussi quelques traditions, semble distinguer lui aussi entre la cession de territoire et la fixation de limites qui ne devaient pas être franchies : « Rex Karolus... concedens ei (Rolloni) terram quæ nunc Normannia vocitatur, a fluvio Andellæ usque ad Occeanum mare, eoque ilium secedere compulit, et metas ei Arvam fluviolum posuit »

( Fragm . Hist. Franc, a Ludov. Pio usque ad regem Robertum, Duchesne, Hist. F. Script ., III, p. 339).

1 Annales de Saint-Vast ad an. 882... « volens Alstingum in amicitiam recipere, quocl et fecit ». — Cf. Dudon, éd. Lair, p. 137.

EIVRE IV.

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