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CHAPITRE II

au sujet du supplément de terre promis à titre de subside1, mais il passe sous silence la dation de mains, qu’il n’aurait certainement pas manqué de relever si, au lieu d’être une simple forme de conclusion du traité, elle avait constitué un hommage de service.

La concordance est donc frappante et elle s’éclaire par les précédents historiques.

Vers la fin du ixe siècle, vers 897, Charles le Simple avait tenté de s’allier avec un corps de Normands qui avaient remonté la Seine. Il comptait, avec leur aide, vaincre Eudes et récupérer son royaume. C’était bien — comme, du reste, en 882 déjà — un traité de paix et d’alliance ( fœdiis amiciliæ , societas ) qu’il avait en vue, et si ce projet échoua c’est que l’Église protesta avec horreur contre une alliance avec des païens2. On s’explique très bien ainsi que, négociant quelques années plus tard un traité analogue, Charles le Simple ait fait de la conversion au christianisme une stipulation essentielle. On le comprend d’autant mieux que les invasions et les ravages des Vikings étaient étroitement solidaires de leur fanatisme religieux3.

1 « Nordmanni pacem quatn pepigerant, propler promissiones

Karoli, qui eis latitudincm tcrræ pollicitus fuerat , infregere » (éd. Lauer, p. 16-17).

3 Lettre de l’archevêque de Rouen, Foulques : « Quis enim qui vobis sicut oportet fidelis est non expavescat , vos inimicorum Dei amicitiam velle... et fœdera detestanda suscipere? Nihil enim distat utrum quis se paganis societ , an abnegato Deo idola adoret... Deum relinquitis, cum vos ejus hostibus socicitis — Sciatis quia si hoc feceretis... cum omnibus coepiscopis meis vos et omnes vestros excommunicans, æterno anathemate condemnabo » (Lettre citée par Flodoard, Historia Rem., IV, 5, Migne, 135, c. 276-7).

3 « Les courses des Vikings... avaient, entre autres buts, celui de combattre en faveur du vieux paganisme contre le christianisme qui menaçait son existence: aussi étaient-elles ordinairement dirigées par des hommes de grande famille ou des chefs qui ne recherchaient pas seulement le butin, mais encore l’honneur » (Worsaae, De Danskes Kulturi Vihingetiden, 1873, p. 17-18, cité par Favre, Eudes , p. 213).

LES ORIGINES DE l’ÉTAT NORMAND.

Ajoutez que le caractère du pacte se détermine par la nature même des choses. Les chefs vikings qui avaient quitté le sol natal pour se dérober à l’autorité envahissante de leurs rois1, et qui, depuis de longues années, avaient laissé libre cours à leur passion d’indépendance personnelle, exaltée par la soif de conquête, pouvaient-ils plier le cou à un vasselage féodal des Francs ? Et à supposer que Rollon s’y fût résigné, comment aurait-il pu, par un acte individuel d’hommage, engager les services de ses compagnons, lier la bande armée dont iln’étaitque le chef militaire2, et atout jamais la nation normande (: gens normannica ) ? — Aussi Flodoard ne nomme-t-il même pas Rollon et ne parle-t-il que d’un traité conclu avec les « Normands de Rouen » (Nordtnanni de Rodomo) . Et Charles le Simple lui-même, dans un diplôme de l’an 918, dit en termes positifs que la cession a été consentie « Normannis Sequanensibus, videlicet Rolloni suisque comitibus ». Il ajoute « pour la sécurité du royaume » ( pro tntela regni ) 3.

Dira-t-on que les Francs ne pouvaient renoncer à 1 ’ hommage-lige pour un territoire et des populations

1 « Ils voulaient se dédommager de la perte de souveraineté et de puissance que leur faisait subir de plus en plus le pouvoir grandissant des monarques » ( ibicl. ). — Adde Prentout, p. 156.

2 Voyez Favre, Eudes. Appendice, p. 216. — M. Eckel remarque avec parfaite raison : « Il ne faut pas oublier que la situation toute particulière de Rollon vis-à-vis de ses compagnons d’armes mettait un obstacle à une cession à titre de bénéfice, avec des droits et des obligations pleinement réciproques. A tout prendre Rollon n’était que le primus inter pares et ne pouvait prendre aucune résolution tant soit peu importante sans le consentement des guerriers qui l’accompagnaient » ( Charles le Simple, p. 88).

3 Donation à Saint-Germain-des-Prés, 14 mars 918 (Tardif, Cartons

des rois, n° 229, p. 143) : « Donavimus et subjecimus illam abbatiam cujus caput est in Madriacensi pago, super flumén Auture, sancto Germano præter partem ipsius abbatie quam annuimus Norman-

nis Sequanensibus, videlicet Rolloni suisque comitibus, pro tutela regni. Ideirco autem res prædictæ abbatiæ — excepta portione Nortmannorum, tradere... decrevimus ».

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