CHAPITRE IV
LES PRÉTENDUS AGRANDISSEMENTS OU RENOUVELLEMENTS DE FIEF, SOUS ROLLON ET GUILLAUME LONGUE ÉPÉE.
La série des événements historiques qui se sont déroulés dans les trente ans qui séparent le traité de Saint-Clairsur-Epte de l’assassinat de Guillaume Longue Épée permet de reconstituer d’une manière concrète le canevas juridique et national que je viens d’esquisser.
A vrai dire, nous nous trouvons dans les ténèbres pendant les dix premières années (911-921), puisque les Annales de Flodoard ne débutent qu’en 919 et ne s’occupent de façon suivie des Normands que depuis 921. Cela nous réduit presque à l’écheveau terriblement embrouillé du récit de Dudon. Nous savons pourtant qu’après l’espèce d’anarchie qui a suivi, en Bretagne, la mort d’Alain le Grand, les Normands de la Loire s’étaient, emparés de ce pays et que le duc Robert, à la veille d’être élu roi, les avait assiégés en vain pendant cinq mois dans la cité de Nantes, puis, en désespoir de cause, leur avait abandonné le pays breton, contre remise d’otages1, — qui sans doute devaient garantir la marche de Bretagne (Maine) contre leurs incursions 2. Il était fatal, sous l’empire des théories régnantes, que le moderne
1 « Rotbertus cornes Nordmannos qui Ligerim fluvium occupaverant per quinque menses obsedit, acceptisque ab eis obsidibus, Britanniam ipsis, quam vastaverant, cum Namnetico pago concessit » (Flodoard, ad an. 921, p. 6).
2 Cf. t. III, p. 543 et Favre, Eudes, p. 96.