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CHAPITRE IV

§ II

Ces événements, s’ils n’ont pas été, nous le verrons, limités à la Cornouailles, ont dû, en tout cas, se restreindre à la péninsule britannique, ne s’étendre ni à l’Avranchin qui a pu servir de refuge à des Bretons exilés, ni au Cotentin où s’étaient maintenus des Normands fixés de longue date1, sans doute accrus des 'compagnons de Rôgnwald. Il y avait donc pour les Normands de la Seine une conquête qui s’offrait ou s’imposait, soit en vue de prévenir une prise de possession par l’armée d’Incon, soit pour se prémunir contre un retour offensif des Bretons réfugiés en Angleterre.

Ce retour offensif des Bretons se produisit réellement, à très brève échéance (937). Leur chef Alain Babetorte réussit à arracher le pays aux Normands de la Loire et à fonder ainsi l’indépendance de la Bretagne. Nous ignorons où en était, à ce moment, la conquête par Guillaume Longue Epée du Cotentin et de l’Avranchin, mais la victoire décisive des Bretons, remportée par eux sur les frontières mêmes de ce dernier pays, entre Dol et Rennes (1er août 939) -, a dû lui faire craindre qu’ils franchissent le Couesnon3. Dès 940 on le voit se rapprocher momentanément de Louis d’Outremer, et renouveler avec lui le pacte d’alliance que Rollon avait conclu avec Charles le Simple4. Il s’accordera ou s’accommodera avec les Bretons eux-mêmes, quand, deux ans plus tard, il recevra royalement ( regaliler ) à Rouen le roi de France 5, — j’ai dit plus haut, en quelles conjonctures 6 —

et verra arriver en même temps à sa cour son beau-

tanniam pervadit, victisque et pervasis et cæsis vel ejectis Brittonibu’s, regione potitur » ( ibid ., p. 51-52).

1 Cf. Livre noir de Coutances, Gallia Christ. XI, Instr. 217.

8 Flodoard, ad an. 939, p. 74.

3 Voyez sur tous ces événements, infrà, § III, Bretagne.

4 Flodoard, ad an. 940, p. 75. Suprà, p. 48.

5 Flodoard, ad an. 942, p. 84. — Richer II, 28.

6 Suprà, p. 49.

frère Guillaume Tête d’Étoupe et les chefs des Bretons.

Il semble aisé de juger maintenant si l’interprétation qui a été donnée de ces faits 1 est acceptable, s’il est légitime d’introduire l’idée de /?e/dans des textes d’où elle est totalement absente, si l’on ne commet pas un anachronisme de langage et une déformation d’actes en appelant agrandissement de fief le pacte de 933 avec Raoul, renouvellement de fief (pourquoi du fief originaire seulement, et non du fief agrandi ?) le pacte de 940 avec Louis d’Outremer, si enfin il est permis de qualifier « fidèle et même dévoué au roi , sauf une interruption » un prince qui dès le début du règne de Louis s’est allié à ses pires adversaires, qui a été excommunié en 939 par les évêques de l’entourage du roi, et a, la même année, engagé sa foi jurée au roi de Germanie Otton ; qui n’a donné en définitive d’autres marques de fidélité qu’un serment, presque immédiatement trahi, prêté sous la menace d’une invasion bretonne, et qu’une réconciliation consentie par déférence pour une injonction du pape2.

Quant à cette fidélité poussée jusqu’à un dévouement épique qui aurait été la cause de l’assassinat de Guillaume Longue Épée, M. Lot lui-même reconnaît que c’est une pure légende. Mais ce qu’on oublie de remarquer, c’est que le rôle attribué par la légende à Guillaume n’est pas celui d’un vassal, soucieux de l’honneur de son seigneur féodal, mais d’un prince férocement jaloux de la dignité et du prestige de la couronne de France, dont il relève, c’est aussi que la complainte en vers du x° siècle, qui est une des sources de la légende, ne fait à Guillaume d’autre mérite, au regard du roi, que d’avoir contribué à le mettre sur le trône (donc d’avoir été de ceux qui l’ont rappelé d’Angleterre), afin de pouvoir, grâce à lui, l’emporter sur

1 Lot, Fidèles ou vassaux , p. I8i-185.

2 Voyez s uprà, p. 49 .

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