‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 64 sur 244 · LIVRE IV. § II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. § II

nullis nisi Deo servitium ipse et successio ejus reddat 1 , affirme Dudon.

Ap rès celte cérémonie, Richard fait son entrée solennelle à Rouen, où il est acclamé à nouveau par le peuple, qui se presse dans les rues, et reçu en grande pompe par le clergé, qui le- conduit processionnellement à l’église Sainte-Marie2.

On voit combien nous sommes loin d’une concession de fief. Les otages, que la reine Gerberge avait constitués, à la demande des négociateurs, le roi les a rachetés en renonçant à la pleine souveraineté qu’il avait revendiquée sur les Normands et en payant, sous cette forme, le prix de la cession qui avait été faite à Hugues de sa personne royale.

Un intervalle maintenant s’écoule où Richard prend en mains les rênes du pouvoir et au bout duquel Dudon nous montre Hugues le Grand faisant valoir la nécessité pour chacun, faible ou puissant, serf ou césar, d'avoir un protecteur ou un auxiliaire3 * * * * * * * il. Il aurait décidé ainsi Richard

1 « Rex... fecit securitatem regni Ricardojpuero, qùod suus avus Rollo vi ac potestate, armis et præliis sibi acquisivit... ut teneat et possideat, et nullis nisi Deo serviùum ipse et successio ejus reddat » (P- 247).

2 Dudon, loc. cit.

3 C’est le très curieux passage où Dudon met en si claire lumière le besoin de sécurité : « Non est quippe mos Francise ut quislibet

princeps, duxve... perseveret cunctis diebus taliter in dominio ditionis suai, ut non, aut famulatu voluntatis suæ, aut coactus vi et

potestate, incumbat acclivius imperatori, vel régi dueive; et si forte

perséveraverit in temeritate audaciæ suai ut non famularetur alicui...

soient ei rixæ dissensionesque atque casus innumerabilis detrimenti

sæpissime accidere » (Dudon, p. 230). — Nous avons là le principe de protection que je me suis attaché, dans les précédents volumes, à

faire apparaître comme un ressort essentiel de la société du xe et du

xie siècle (Voyez notamment le t. I). Mais, ainsi que je l’ai montré,

il est loin de n’avoir donné naissance qu’à la hiérarchie féodale. Compagnonnage et mundium, sauvegarde et souveraineté en procèdent.

LES TENTATIVES RÉITÉRÉES DES FRANCS. 1 55

à lui prêter serment de fidélité ou d’hommage, en échange de la main qu’il lui promettait de sa fille1.

Les historiens modernes n’ont fait aucune difficulté pour admettre ici le témoignage de Dudon : « Ce qu’il faut retenir à coup sûr du récit de Dudon, dit M. Lot, c’est le fait de la vassalité de Richard vis-à-vis de Hugues le Grand2. » — Flodoard pourtant n’en parle pas, bien que l’acte fût important. — De toute manière, cette vassalité condamne la théorie du « grand fief », puisque ce n’est pas du roi, mais de Hugues que Richard serait devenu le vassal, et pas même de celui-ci en sa qualité de duxFrancorum , mais à titre de protecteur ou d’allié et de futur beau-père.

M. Lot laisse même entendre que c’est l’hommage rendu à Hugues le Grand qui a, presque aussitôt, déchaîné une nouvelle guerre. 11 le place, en effet, dès 946, date qui ne s’accorde guère avec le très jeune âge de Richard.

En réalité, Louis, remis en liberté (avant le 1er juillet 946) et rétabli sur le trône, grâce probablement au roi de Germanie, Otton, et en échange de Laon, cédé par lui à Hugues puis confié par celui-ci à Thibaut le Tricheur (comme lui avait été confiée la garde du roi), Louis dut succomber à une double tentation : reconquérir avec l’aide d’Otton et d’ Arnoul (que Dudon présente de nouveau ■comme son âme damnée) la Normandie dont il avait été contraint de reconnaître l’indépendance, alors qu’il était

Un poète normand de la fin du moyen âge a traduit le même sentiment que Dudon dans une forme pleine de grâce :

« Arbre, seulet partant de terre,

Bestes et vent, tout luy fait guerre,

Tant que s’il n’a qui le sequeure;

C’est grand merveille s’il demeure ».

(Guillaume Alexis, Œuvres poétiques, éd. Piaget et Picot, t. II, ,p. 9. Paris, 1899).

1 « Si fîliani dederis uxorem illi ut militet tibi » (Dudon, p. 251). Le mariage n'a eu lieu qu’en 960, après la mort de Hugues le Grand.

2 Lot, Fidèles ou vassaux, p. 190.

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