CHAPITRE V
aux mains des Normands et de Hugues; reprendre à ce dernier sa capitale, en brisant la nouvelle coalition où Hugues était entré avec Bernard fie Sentis et les fils d’Herbert.
Dès le début des hostilités, Je souverain envahit la Normandie avec ses alliés, se présente même devant Rouen, mais ne parvient qu’à dévaster1. Il échoue donc dans son projet principal et ne réussit qu’à reprendre Laon.
L’échec et la mort prématurée de Louis d’Outremer (10 sept. 954), suivie bientôt de celle de son grand adversaire Hugues (46-17 juin 956), accrurent singulièrement le prestige et la puissance du prince normand.
Un souverain à peine sorti de l’enfance, le jeune Lothaire, se trouvait entre deux rivaux tels que Richard de Normandie et Arnoul de Flandre, dont le premier, Richard, héritait de la domination de Hugues le Grand en devenant le tuteur de ses fils.
Il est inutile de chercher ailleurs les causes de la longue guerre (elle a duré de 959 à 966) qui éclata entre le roi Lothaire et le duc Richard, et qui se termina à l’avantage du Normand. C’est encore, au premier chef, une lutte de deux nationalités, dont chacune vise à la prépondérance, et aucunement une guerre féodale. Très à tort a-t-on invoqué Dudon pour prétendre que Richard avait été sommé par le roi de remplir ses devoirs de vassal2 3. Le chroniqueur normand rapporte, au contraire, que c’est pour lui offrir de contracter une alliance (pie Lothaire avait convoqué le comte normand à un plaid, en se prévalant de la majesté royale* .
1 Flodoard, ad an. 946, p. 103.
2 Lot, Derniers Carolingiens , p. 349.
3 a Norisne me esse regem Francorum ?... Connectamur ad invieem taliter competentiis mutuæ voluntatis, ut... si quispiamin te vel in me rixatus exercuerit jurg-ium, egotuum, tu vero meum contere et dissipa adversarium — Quapropter accéléra venire eontra me velocius ad pla-
LES TENTATIVES RÉITÉRÉES DES FRANCS
Du reste, le caractère national de la lutte éclate partout, dans la composition des deux camps, dans l’ardeur farouche qui anime les combattants.
Les Normands n’ont plus d’alliés franks : Thibaut de Chartres combat aux côtés de Geoffroi d’Anjou et de Baudoin de Flandre, avéc l’appui du Germain Brunon. Hugues Capet se retranche dans une stricte neutralité.
D’autre part, les congénères Scandinaves sont de nouveau appelés à la rescousse en tel nombre et accourent en telle force qu’ils semblent reprendre possession de la France, comme au temps des grandes invasions. Durant près de cinq ans, ils saccagent le pays par des dévastations si atroces qu’un synode d’évêques, convoqué à Laon, députa l’évêque de Chartres auprès de Richard, pour le supplier de sauver la chrétienté en péril.
Dans la description par Dudon de la bataille où Thibaut est défait, on croit entendre le fracas d’une mêlée de races1, et le langage de- haine et d’insolente domination mis dans la bouche des auxiliaires danois, quand, à la sollicitation des évêques, Richard s’efforce de les faire consentir à la paix avec les Francs2, rappelle l’époque de Rollon et des grands vikings du ix* et du début du x° siècle.
C’est avec Thibaud d’abord que Richard traite, puis un accord définitif est conclu à Gisors avec le roi. Richard, pressé par le clergé français, s’engage à faire cesser les dévastations et à éloigner ses féroces alliés, sous la condition que le roi de France renouvelle la renonciation de son prédécesseur Louis d’Outremer à toute suzeraineté effective sur 1a. Normandie, et qu’il s’oblige par serment,
citum, ut colligciti indissoLubili competentia amicitiarum, gaucleamus unanimes, securi liostium et adversariorum » (Dudon, p. 270).
Cela ne rappelle-t-il pas le : « Soyons amis, Cinna, c’est moi qu i t’en convie » ?
1 Voyez Dudon, p. 275-6.
* Dudon, p. 287.
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avec les grands de son royaume, de ne porter aucune atteinte à l’intégrité de l’État normand1. Sur cette double base la paix fut faite à Gisors, et une alliance fut conclue entre le roi des Francs et le duc des Normands2.
Lothaire, comme jadis Louis d’Outremer, n’avait pu soumettre la Normandie.
Le champion actuel le mieux armé de la thèse féodale, M. Ferdinand Lot en fait l’aveu : « 11 est certain, dit-il, que Louis (l’Outremer ne put jusqu’à la fin de ses jours regagner la moindre autorité en Normandie. Lothaire ne fut pas plus heureux — 11 renonçait même à revendiquer la suzeraineté directe de la Normandie »3.
1 « Juravit ipse (rex) et optimates regni Northmannicum regnum ipsi (Piicardo) ejusque posteris, quatenus ipse et nemo, se hortante^ damnum illius regiminis minime faceret illi » (Dudon. p. 287).
s « Fœderatis rege et duce Ricardo » ( ibid .).
8 Fidèles ou vassaux, p. 190-1.