‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 67 sur 244 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

§ II

arrière-descendants de Guillaume le Conquérant se disputent la Normandie et l’Angleterre. Subitement les hommages, jusque-là introuvables, éclosent, se multiplient, s’entre-choquent ou se poursuivent, comme en une sarabande désordonnée.

Que le prétendant Guillaume Cliton devienne l’homme de Louis VI, Henri 1er s’empressera de faire prêter par son fils Guillaume Adelin, dès qu’il sera en âge, hommage au roi de France (1120). Précaution éphémère, que déjoue, quelques mois plus tard, la mort accidentelle du jeune prince. La même tactique est reprise par Étienne de Blois. Sitôt qu’il eut réussi à succéder à son oncle Henri Ier sur le trône d’Angleterre (1135), il s’efforça d’assurer la Normandie à son fils Eustache en lui faisant faire hommage au roi de France. Cet hommage, quoique renouvelé cinq ans après (1140), n’empêche pas le roi d’appuyer un autre prétendant, Geoffroi Plantagenet, le mari de Mathilde, dans sa conquête momentanée (1144-1146) de la Normandie, sauf à se retourner ensuite contre lui avec une parfaite désinvolture. Et le jeu continue, fastidieusement. Geoffroi Plantagenet provoque une nouvelle volte-face de Louis VII, en faisant prendre un engagement de vassalité par son fils Henri (1151); engagement presque aussitôt rompu à la suite de son mariage avec Eléonore d’Aquitaine, et qu’il a fallu replâtrer par la paix de 1154, quand Etienne de Blois était encore sur le trône.

Ce n’est vraiment qu’en 1156, une fois que Henri II se trouve le maître incontesté de l’Angleterre et de la Normandie, tout comme de l’Aquitaine, qu’un hommage légal prend la place des hommages de prétendants. C’est donc à l’heure même où le duc de Normandie l’emporte infiniment en puissance sur le roi de France qu’il consent enfin à reconnaître sa suzeraineté féodale. Etrange paradoxe de l’histoire et du droit, dont je n’ai pas en ce moment à rechercher la cause et qui met un sceau imprévu aux

rapports du principat normand et du regnum Francorum, tels qu’ils se sont constitués depuis Rollon.

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