‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 69 sur 244 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

F1 ante de preuves d’hommage ou d’investiture, les érudits que hante l’idée de fief se sont alors rejetés sur l’exercice prétendu des droits de suzeraineté par le roi, et l’accomplissement par le duc des devoirs de vassal. Faibles retranchements, dont la confusion relativement facile de la suzeraineté avec la majesté royale est la seule défense.

Le soi-disant exercice des droits de suzeraineté se réduit au droit de garde et de tutelle, que j’ai dit être une prérogative de la royauté, et à la pacification, en 1013, par le roi Robert, de la querelle qui divisait Richard 1 1 et Eudes de Chartres : acte d’amiable composition du souverain et non pas acte de justice féodale comme on l’a représenté b Que nous dit le seul chroniqueur original qui rapporte le fait, Guillaume de Jumièges? que le roi a mandé les deux adversaires à une assemblée des grands convoquée à Coudres, et les a accordés ( concordes fecit ) moyennant des concessions réciproques2. 11 n’est

tutoribus et auctoribus usque ad legilimam ætatem subegit... » (Ibid., VI, 11, c. 846). — <c Cui (filio) antequam proficisceretur, universos sui ducaminis principes adstrinxit militaribus sacramentis, qualiter ilium in principem pro se, si non rediret, eligerent. Quod etiain statim, ex consensu regis Francorum Heinrici, unanimiter po-stmodum firmaverunt » (Raoul Glaber, IV, 6, 20, éd. Prou, p. 108).

Guillaume le Conquérant concéda le duché à son Ris aîné, Robert Courte lieuse, dès avant la conquête de l’Angleterre. Orderic Vital lui fait dire sur son lit de mort : « Ducatum Normanniæ, antequam... contra Heraldum certassem, Roberto filio meo concessi quia primogenitus est. Hominium pene omnium lnijus patriæ baronum jam recepit. Concessus honor nequit abstrahi » (fil, p. 242, éd. Le Prévost).

1 Lot, Fidèles ou vassaux : « Robert II impose sa médiation à l’assemblée de Coudres et départage ses vassaux en adjugeant Dreux à Eudes et Tillières à Richard » (p. 143) (de même, p. 195).

3 « Robertus... verens ne ab eis (paganis) Francia demoliretur, salrapas regiminis sui convocavit, ambosque discordes ad se apud Coldras convenire mandavit. Ubi dura causas dissensionum utraque in parte audisset, sopitis eorum animis, protinus illos concordes reddidit, eo quidem tenore ut (etc.) (Guill. de Jumièges, V. 12, c. 830).

absence de suzeraineté et suprématie royale. 165

donc question ni de sentence, ni de « médiation imposée ». L’assemblée des grands c’est une des cours du roi où les principes Ga/liæ pouvaient être appelés ou cités comme les simples vassaux1 2 ; ce n’est pas une cour féodale. Dans le cas particulier, il semble que le roi n’ait pas même rempli Je rôle d’arbitre, mais simplement usé de son prestige moral % dans l’intérêt du royaume. Pour délivrer la France des pirates, auxiliaires de Richard, le roi Robert a négocié une transaction acceptable par les deux parties.

11 n’en va pas mieux des devoirs de vassalité. Le secours militaire porté au roi de France, dans diverses circonstances, qu’on s’est complu à mettre en relief, n’est pas un service d’ost féodale, mais la suite de l’amitié Ç amicitia ) qu’en plus du devoir de participer aux levées en masse pour la défense du pays, la suprématie royale impliquait, ou de l’alliance ( fœdns ) que nous avons vu alternativement se nouer et se rompre entre le roi et le prince, et qui n’aurait été qu’un vain simulacre si elle n’avait pas comporté une assistance armée lors de grandes guerres comme celle de Hugues Capet contre Eudes de Chartres ou comme la conquête de la Bourgogne par le roi Robert. Dans ces deux cas, au surplus, ce sont des armées distinctes, ayant chacune son prince ou son roi à sa tète, qui opèrent de concert ; — exactement comme dans la campagne de Flandre où le duc était allé au secours, non pas du roi de France, mais du roi de Germanie3, et où la légende a pu faire de lui un troisième roi.

Voyez aussi en quels termes Hugues Capet avait fait appel à l’assistance de Richard II, et comme il le « bénit », après le succès, du service rendu4.

1 Voy. t. III, p. 366, p. 455, etc.

2 Pfister, Robert le Pieux, p. 215.

3 Suprà (Flandre).

4 « Rex... Nortmannorum ducem ad colloqium accersivit, eique

Page 1