‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 70 sur 244 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Il est manifeste, d’autre part, que si Robert le Magnifique a donné asile à Henri 1er et l’a aidé à monter sur le trône, la vassalité féodale n’a rien à voir dans sa conduite, mais seule la fidélité et la sécurité qu’il devait à l’héritier légitime (naturalis) du regnum Francorum 1 . Le prix meme dont ce couronnement fut payé le prouverait au besoin. Ce fut, non pas la concession à titre de fief du Vexin français, mais le détachement de ce pays de la Francie pour être incorporé à l’État normand2.

Enfin ce n’est pas en qualité de vassal mais à titre de réciprocité , pour le secours qu’il avait reçu du roi au Val des Dunes, que Guillaume le Bâtard se mit à ses côtés dans sa lutte contre Geofïroi Martel3.

Si nous passons au service de conseil ou de cour, nous ne trouvons rien encore qui ne soit en parfaite harmonie tant avec le caractère de grand fidèle ou de pair qu’avec

ruboris sui dedecus deposuit, orans gratissimam ejus fidelitatem subventuram sibi, ne tanto præsumptionum ludibrio premeretur a suis. Dux autem opprobrium pii regis non ferens , congregato mine multitudinis exercitu quantocius Milidunum venit, et illud ex una flutninis parte obsedit, et rex in altéra parte constitit .... Post haec Richardus dux, rebus decenter expletis, cum benedictione regali ad propria remeavit » (G. de Jumièges, V, 14, Migne, 149, c. 831).

1 C’est à cette fidélité que Guillaume de Jumièges fait allusion dans le récit de la fuite du roi Henri auprès de Robert de Normandie : « Consultu suorum ad Robertum Northrnannorum ducem cum duodecim clientulis confugium fecit, ac apud Fiscannum per fidei debitum sibi ab eo subeviri petiit » (G. de Jumièges, VI, 7, Migne, 149, 837).

Il est à noter que dans une charte de concession accordée par le duc Robert à l’abbaye de Saint-Wandrille, où la présence du fugitif est signalée, celui-ci ne figure que comme simple témoin, entre l’abbé de Cluny et deux autres exilés, Édouard le Confesseur et son frère Alfred : « S. Odiloni abbatis, S. Henrici regis qui tune temporibus profugus habebatur in supradicta terra . S. Hetunacdi, S. Alureth fratris E. » (Ch. de Saint-Wandrille, n° A3, éd. Lot, p. 54).

2 T. III, p. 528 et suiv.

3 « Vicissitudinem post hæc ipse régi fide studiosissima reddidit, rogatus ab eo auxilium quosdam inimicissimos ei atque potentissimos ad officiendum » (Guillaume de Poitiers, Migne 149, c. 1221).

la suprématie royale. Je crois avoir démontré dans le tome III (p. 424 et suiv.) que le rôle judiciaire joué par Richard II dans le conflit du roi Robert et d’Eudes 11 de Chartres, au sujet de la Champagne, met en éclatante lumière la qualité de pair du duc normand, par opposition à la qualité de vassal. Et quant aux actes de courtoisie ou de solennisation qui ont été relevés, avec un soin aussi minutieux que jaloux, — tels que le cadeau par Richard II d’une coupe d'argent ciselé, à l’occasion du sacre de Hugues II, auquel il assiste, tels que la réception du roi dans une abbaye ducale, à Féeamp (1006) ou à Jumièges (1024), lors des grandes fêtes de l’Ascension ou de Noël, et la confirmation d’un diplôme en échange de l’hospitalité monacale, — à peine est-il besoin de remarquer que c’est là monnaie courante des relations entre princes et souverains.

Il me suffirait de dire aussi que le respect de la majesté royale explique amplement que dans ses combats contre Henri 1er, Guillaume le Bâtard ait évité, autant que possible l, de s’attaquer directement à la personne du roi, mais je puis ajouter qu’il était tenu envers lui à des égards exceptionnels, a raison des liens réputés sacrés qu’avait établis entre eux le parrainage d'armes : c’était par Henri Ier que Guillaume avait été armé chevalier.

Le point d’honneur militaire ou chevaleresque venait renforcer ici la suprématie royale — la regia dignitas, le decus regium — que très justement Guillaume de Poitiers rapproche, à ce propos, de Vamicitia* . Rien en

1 « Quantum necessitudo sinebat » (voy. note suivante).

3 « Diram inimicitiam suscepit rex Henricus... contraibat ad quem Willelmus, multum tamen veteri amicitiæ tribuens et regiæ dignitati. Confligere cum ejus exercitu, eo præsente, studio, quantum necessitudo sinebat, extremo cavebat. Et Northmannos cohibebat sæpenumero, nec jussu modo (sed) quasi oratu, quam maxime concupientes prælii contumelia decus regiam fœdare » (Guill. de Poitiers, Migne, 149, c. 1222). — L’expression « pro sacramento et pro

e.iïet ne résume et ne caractérise mieux que ces deux termes, amitié et dignité , alliance et suprématie , les rapports légaux du duc des Normands avec la couronne de France, au x6 et au xie siècle.

suffi dgw obnoxius », employée à la même occasion par Guill. deâmes ury (Migne, 1 9, c. 1216) a le même sens, si suffragium comme il est possible, doit s’entendre de l’opinion publique ou du prestige. Mais le terme peut vouloir dire secours (Cf. Guill. de Jumieges, VI, 6, c. 836) et faire allusion à la bataille du Val des Dunes.

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