‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 7 sur 244 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

certain, à mes yeux, que, sous ses successeurs, celle vassalité est devenue une dépendance ethnique. La Flandre a cessé d’être un bénéfice en devenant un Étal. Ce n’est que par un mouvement inverse qu’elle deviendra, deux siècles plus tard, un grand fief de la couronne. Disloquée à l'intérieur par l'insoumission des châtelains, arrêtée dans son expansion au dehors, à l’ouest par la Normandie, à l'est par les maisons féodales de Brabant, Hainaut et Hollande, dominée par les progrès croissants de la royauté française, elle sera menacée d'une absorption complète par Philippe-Auguste et finalement englobée par lui, comme grand fief et pairie, dans la hiérarchie féodale qu’il a constituée.

De cette alternance de phases est née une illusion d’optique pareille à celle qui déforma les origines de la féodalité. Le point de départ et le point d’arrivée ont accaparé toute l’attention de l’observateur et fait faire table rase des degrés intermédiaires. Les historiens ont reporté, en bloc, dans le passé la « résultante » d'une longue évolution. Ils ont en même temps réuni, sous le litre de comté, des éléments hétérogènes: l’État flamand proprement dit, c’està-dire la Flandre flamingante, qui comprit le pays de Wæs, quand les comtes l’eurent récupéré, au xie siècle, sur ceux de Frise; — les conquêtes faites sur la Francie occidentale, villes, châteaux, populations ou territoires, cette Flandre wallone, dont une notable partie fit, sous Philippe-Auguste, retour à la couronne; — les conquêtes faites sur la Francie médiane (Lotharingie) de populations mi-flamingantes, mi-wallones.

L’Etat flamand proprement dit forma, du x* au xn° siècle, un principat soumis à la suprématie de la Francie occidentale. Son chef devait donc fidélité et sécurité, mais non pas hommage-lige; secours militaire en cas de danger public (levée en masse, landwer), mais non service féodal .

Les conquêtes opérées soit sur la Francie occidentale.

LA GENÈSE DE LA NATIONALITÉ FLAMANDE

soit sur la Francie médiane ou orientale ont été régularisées de gré ou de force, par accord ou traité, et. ont pu être assimilées ainsi, selon les circonstances, à des bénéfices ou des fiefs emportant hommage. Mais ce sont alors des hommages particuliers, comme on le voit très bien pour la Germanie, et encore pour la France, après 1 128, lors de la reconnaissance de Thierry d’Alsace.

Et c’est pourquoi le comte de Flandre a pu être, pour certaines villes ou certains pays, feudataire soit du roi de France, soit du roi de Germanie, mais il n’a jamais été que fidèle pour l’État flamand, et seulement du roi de la Francie occidentale (jamais du roi de Germanie), jusqu’à ce que la transformation de son principal en grand fief eût été opérée du xne au xme siècle.

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