LE PRINCIPAT DE BRETAGNE
Les cinq peuples gaulois qui, lors de l’ arrivée de César, occupaient la péninsule armoricaine, furent, à l’époque romaine, assimilés par la nation conquérante. La langue gauloise fit place au latin vulgaire, la culture romaine fut implantée. Mais le pays resta couvert de vastes et profondes forêts, et dans la période d’anarchie impériale, du iv° au ve siècle, il se dépeupla par l’action simultanée des ravages de brigands, des invasions barbares et des descentes de pirates Scandinaves.
Quand, attirés par les espaces libres, et chassés, par les Saxons, affluèrent aux deux siècles suivants (vie-vue) les immigrants insulaires, les Armoricains romanisés se virent refoulés vers Vannes, Rennes et Nantes, et là se mêlèrent aux Francs qui s’y étaient établis. Il se constitua ainsi deux régions profondément dissemblables, la région bretonne, occupée par les Celtes venus de la Grande- Bretagne, où ne surnagèrent que des îlots romains, et le territoire des Marches de Bretagne, où la population mélangée de Bretons, de Gallo-Francs et de Scandinaves resta imprégnée de culture romaine et entretint des rapports suivis avec la monarchie franque.
La région bretonne fut le foyer d’un esprit national vivace. Sa population, rebelle au joug étranger, avait, pour s’y soustraire, abandonné sa patrie d’origine et l’avait comme transportée avec elle sur le continent. Les légendes mêmes qui naquirent plus tard de l’imagination des clercs, celle du roi Gradlon par exempté1, fortifièrent et exaltèrent le sentiment national par le culte des plus vieilles traditions. Encore au temps de Nominoe, l’on
1 Sur le caractère mythique de ce roi, auquel on aurait attribué les exploits du roi Salomon, voyez Rob. Latouche, Mélanges d’histoire de Cornouaille (Paris, 1911), p. 32 et suiv.