LIVRE IV
§ en-
verra confondre les rois anciens de la Grande-Bretagne avec les chefs des Bretons immigrés1, et justifier par là les prétentions de ces chefs à la dignité royale. Uès le vu0 siècle, le pseudo-Frédégaire qualifie rex Britannorum le chef de la Domnoé, Judicael2.
C’est cette nationalité, transplantée du dehors, trempée et fanatisée par les luttes pour l’existence qu’elle eut à soutenir, qui triomphera jusqu’au xn° siècle de tous les efforts que tenteront contre elle, pour la subjuguer, et les rois de France et les autres princes de la Gaule.
Elle ne s’en tiendra pas là. Spectacle inattendu et d’un puissant intérêt historique, la voilà qu’ayant débordé de ses frontières, elle reçoit l’empreinte chaque jour plus profonde de la civilisation gallo-franque, et, grâce à elle, dans les régions fraîchement conquises, dans les Marches de Bretagne, assoit son pouvoir autonome, accomplit son évolution décisive.
La Bretagne nous présente, de la sorte, un exemple typique de l’élaboration d’une nationalité par la fusion, sous une influence civilisatrice, des éléments ethniques les plus hétérogènes.
1 Cf. Ferd. Lot, Le règne de Charles le Chauve (Paris, 1909), p. 216, note 1 .
2 « Judacaile rex Brittanorum, corso veluci Clippiaco cum multis munerebus ad Dagoberlum perrexit... semper se et regnum quem regibat Brittaniæ subjectum dicione Dagoberti et Francorum regibus esse promisit » (SS. rer. meroving., II, p. 160).