‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 78 sur 244 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

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temps qu’elle y dépose des sédiments étrangers. La frontière même de la langue celtique va commencer à reculer vers l’Ouest. Quand, en effet, les Normands sont chassés parle retour triomphant d’Alain Barbetorte, les vainqueurs eux-mêmes et les chefs bretons revenus de l’exil, — où ils se sont, en partie au moins, romanisés, — ne peuvent plus se comporter en oppresseurs. Ils doivent compter avec la population gallo-franque, avec ses mœurs, sa langue, lui faire sa place légitime et s’accorder avec elle. Celle-ci, de son côté, devient « bretonne de cœur » par la reconnaissance qu’elle doit aux auteurs de sa délivrance, par le rapprochement qu’effectue entre eux l’action commune de la civilisation de l’Aquitaine et de la Francie.

Nous avons, dans ce coup d’œil rapide, anticipé sur les événements. Il importe maintenant d’observer la phase préparatoire puis d’assister à la naissance, vers le milieu du ixe siècle, de la première monarchie nationale des Bretons.

La soumission générale de la Bretagne aux Francs ne fut obtenue que sous Charlemagne, en 799, grâce h une expédition conduite clans l’intérieur du pays par le préfet de la Marche bretonne Q præfectus lirnitis Britannici ), le comte Wido ou Guy 1 2. Le texte qui nous l’apprend mentionne un rite en apparence étrange. C’est en livrant leurs armes où leur nom était gravé que les chefs bretons opérèrent leur soumission. Je croirais volontiers à une sorte de personnification des armes, plus ou moins analogue à celle qui se retrouve dans les chansons de geste, et il

1 Expression de M. J. Loth, Émigration bretonne, p. 240.

2 Annales dites d’Eginhard (éd. Teulet, I, p. 242) : « Wido cornes ac præfectus Brittanici limitis, qui, eodem anno (799) cum sociis comitibus totam Brittonum provinciam perlustraverat, arma ducum qui se dediderunt, inscriptis singulorurn nominibus, detulit ».

Annales royales (H. F. V, p. 52) : « Nam his se et terram et populum uniuscujusque illorum tradidit, et tota Brittanniorum provincia, quod numquam antea a Francis fuerat, a Francis subjugata est ».

me semble fort douteux que le nom ait été apposé spécialement en signe de reddition.

Quoi qu’il en soit, les Francs qui s’applaudissaient déjà de leur conquête ne tardèrent pas à se convaincre à quel point elle était illusoire. Du vivant même de Charlemagne, une révolte éclata et nécessita une expédition nouvelle (811). Quand le grand empereur eut disparu, les insurrections se succédèrent coup sur coup. La plus redoutable fut celle de Morvan. Nous lui devons le tableau si coloré de la Bretagne celtique qu’a peint, non sans partialité, le poète Ermoldus Nigellus.

Morvan est qualifié par Reginon rex Brittonum *, et Louis le Débonnaire mena en personne campagne contre lui. Il l’investit dans ses retranchements à la tête d’une armée nombreuse, mais il n’en eut raison que grâce à la témérité du cbeT breton, qui péril en tentant un audacieux coup de main. Dans le récit de ces événements nulle trace du comte Guy, tandis que le comte de Nantes, Lambert, y apparaît au premier plan. Nous pouvons, je crois, en tirer certains indices au sujet de la réorganisation que va essayer le roi des Francs, et qui, trompant ses desseins, aboutira à l’indépendance de l’Etat breton.

Guy, comme préfet de la Marche de Bretagne, adù avoir, dans le principe, sous ses ordres un comte du Vannetais oriental, Frodoald, qu’on voit figurer, en 801, dans une charte du Cartulaire de Redon1 2. Peut-être aussi y a-t-il eu des comtes particuliers des pays de Rennes et de Nantes. Mais à partir du ix° siècle, c’est Guy seul que les actes mentionnent dans le Vannetais, en qualité de comte, audessus des machtiern locaux, de Jarnhitin notamment3. Et

1 Reginon, éd. Kurze, p. 74.

5 Charte 191, p. 147-148 (datée à tort de 797 par l’érliteur).

* Ce Jarnhitin paraît dans diverses chartes de Redon du début du îx* siècle (ch. 168, p. 130 : «. ex verbo Jarnhitin machtiern, régnante Kar. imperatore ». — Ch. 166, p. 129 : « de verbo Jarnhitin... in tempore Kar. imperatoris et in tempore Widonis comitis »). Il devait être le

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