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CHAPITRE III

pas en état et ne pouvait avoir dès lors la moindre velléité de s’en prendre à des adversaires aussi redoutables et aussi solidement campés que les Normands de la Loire. Seul le soulèvement général du pays était de force à expulser les conquérants Scandinaves, et un tel soulèvement ce n’était que des princes indigènes, des descendants des anciens rois, soit de Nominoe, comme Juhel Bérenger, soit d’Alain le Grand, comme Alain Barbetorte, qui pouvaient l’entreprendre avec succès.

Et telle fut l’œuvre, en effet, des chefs bretons qu’Athelstan avait accueillis à sa cour et auxquels il prêta pour délivrer leur pays et leur nation l’aide d’une flotte qu’il parvint à équiper (936) 1 . Alain Barbetorte tombe à coups redoublés sur les envahisseurs normands à Dol, à Saint- Brieuc 2, à Nantes, dont il s’empare (937) 3. La victoire décisive, il la remporte à Trans (1er août 939) avec J’aide du comte de Rennes, Juhel Bérenger, et du comte du Mans Hugues4.

1 Flodoard, ad an. 936, p. 63 : « Brittones a transmarinis regionibus Alslani regis præsidio rever tentes terram suam repetunt ».

2 Chrçnique de Nantes, p. 89. Le Baud, lre rédaction, Cronicques et ystoires, III, p. 150. Flodoard, ad an. 937, p. 68 : « Brittones, ad sua loca post diutinamregressi peregrinationem, eum Nordmannis, qui terram ipsorum contiguam sibi pervaserant, frequentibus dimicant prœliis, superiores pluribus existentes et loca pervasa recipientes ».

3 Chronique de Nantes, p. 90 et suiv.

4 Flodoard, ad an. 939, p. 74 : « Brittones, cum Nordmannis contligentes, Victoria potiuntur et quoddam Nordmannorum castellum cepisse feruntur ». La première rédaction de Le Baud se borne à traduire le passage de Flodoard ( Croniques et ystoires, III, p. 153), mais la seconde donne ces détails, que l’on retrouve également dans la Vêtus Collectio MS (La Borderie, II, p. 397, note 2) : « Et de l’expulsion desdits Normans de la région de Rennes, dient aucunes autres chronicques Annaux que Bretagne demoura depopulée et fut en solitude jusqu’à ce que la gent des Bretons en chacun lieu disperse après aucuns ans fut de toutes parts rassemblée par le très noble comte de Rennes , qui avec l’aide des comtes voisins, c’est à sçavoir Allain de

l’occupation SCANDINAVE DE LA BRETAGNE.

Juhel Bérenger et Alain Barbetorte combattent ici côte à côte, comme leurs pères avaient en 890 uni leurs efforts et par une double victoire consommé la délivrance de la Bretagne. Tous deux pouvaient prétendre à la dignité suprême. Le choix populaire décida entre eux. D’après la Chronique de Nantes , il donna la préférence, comme duc des Bretons , au descendant d’Alain le Grand 1 . N’estil pas d’autant plus remarquable que le ducatus ait fini par revenir dans le cours du x° siècle aux descendants du premier roi, à la maison de Rennes qui descendait de Nominoe ?

Le fait paraîtra moins surprenant si l’on ramène à leur juste valeur, sur la base des faits, les affirmations tranchantes des historiens au sujet des rapports de Juhel Bérenger et d’Alain Barbetorte.

Nantes et Hugon du Mans surmonta en publique bataille celle gent barbare des Normans et l’extermina du tout le jour des Kalendes de aoust » (939) (Le Baud, 2e rédaction, Cronicques et ystoires, III, p. 208). On voit que le principal rôle et l’initiative même sont attribués ici au comte de Rennes, que la Vêtus Collectio désigne, du reste, un peu plus loin par son nom Judicaelus Berengarius. Sans doute, avons-nous ici une source d’origine rennoise.

1 La Chronique de Nantes (p. 89) raconte qu’ aussitôt après les combats de Dol et de Saint-Brienc, les Normands évacuèrent la Bretagne proprement dite, que les Bretons dispersés revinrent et élirent duc Alain Barbetorte : « ex totis partibus venientes ad Alanum, ilium super se ducem erexerunt et constituerunt », « l’ establirent, dit Le Baud, seigneur et prince sur eux » (lre rédaction, III, p. 150).

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