LA RIVALITÉ DES MAISONS DE NANTES ET DE RENNES
Cette réconciliation ne prouve d’aucune sorte que Juhel Bérenger était devenu le vassal d’Alain. Il a pu s’accorder avec lui sans pour cela se soumettre à lui. L’indépendance de son pouvoir est visible quand s’ouvre la succession du duc (952).
C’est lui qui va se faire concéder, à prix d’argent, par Thibaut le Tricheur, tuteur du jeune Drogon, (en participation avec l’archevêque de Dol, Wicohen) la moitié du principat breton1.
Dans la lettre adressée par le pape Jean XIII à tous les évêques de la Bretagne (965-972) Juhel Bérenger et son fils Conan sont cités avec les fils survivants de Barbetorte, Hoel et Guerech, comme les principaux des Bretons ( maxime nobiliores ) et c’est en tète que leur nom figure 2 .
On peut donc dire que, depuis la disparition de Gourmaëlon, il n’a cessé d’y avoir rivalité ouverte entre les deux dynasties nationales de la Bretagne. La lutte se poursuivra entre elles jusqu’à la fin du xe siècle et se clora par le triomphe de la dynastie de Nominoe, représentée par les comtes de Rennes, sur la dynastie d’Alain le Grand, représentée par les comtes de Nantes.
Rennes et Nantes sont comme les deux foyers générateurs d’une ellipse qui englobe l’Armorique à l’ouest, et à l’est les pays gallo-bretons entre la Vilaine, la Sarthe et la Mayenne :
1 Chronique de Nantes, p. 108 : « Theobaldus, cornes Blesensis, Fulconi, comiti Andegavensi, tradens sororem suam, relictam Alani Barbætortæ ducis, ei dimisit... totius Britanniæ medietatem ; et residuam partem Britanniæ, quam Juhael Berengarii cornes et Wicohenus archiepiscopus Dolensis* de illo receperunt, in sua potestate retinuit. Et de expletis quæ inde habuit, Carnoti turrem et Blesii et Cainonis perfecit ».
2 « Joannes... universis episcopis citerions Britanniæ... Interea sciant regni vestri homines maxime nobiliores, nominatim Berengarius, et filius suus Conanus, et Hoel cum fratre suo Guerech cum cæteris majoribus... » (Mansi, XVII, 258, H. F., IX, 238). (JatTé, n° 3756).