‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 95 sur 244 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tudes ne me paraissent pas avoir été mises en assez claire lumière, et je ne m’étonne pas que les historiens aient eu peine à se reconnaître dans l’enchevêtrement apparent auquel elles ont donné naissance.

La mouvance temporaire de Normandie ne remonte pas yjlus haut que le premier tiers du xie siècle, et quant aux deux autres leur précarité ressort de leur origine. Celle de Blois n’a d’autre base que la gérance d’une tutelle dative, celle d’Anjou procède du douaire d’une veuve remariée.

L’une et l’autre sont donc limitées dans leur principe et dans leur durée. Les bornes furent même plus étroites. Thibaut de Blois, à qui Alain Barbetorte avait confié la garde de son jeune Ois Drogon, concéda ou reconnut à Juhel Bérenger, de compte à demi avec l’archevêque de Dol, Wicohen, la moitié du principat breton1. C’était en réalité une confirmation qui ne pouvait devenir caduque par la mort du pupille, comme le devint la suzeraineté que Thibaut exerçait en qualité de tuteur. Celle-ci ne put se prolonger que par des pactes, des traités, des actes d’hommage consentis sous la poussée de l’intérêt ou de la crainte et, par cela même, intermittents.

De même en arriva-t-il pour la maison d’Anjou. Quand Foulque le Bon, qui avait épousé la veuve d’Alain Barbetorte, mourut en 960, les droits qu’il tenait de sa femme2 et que Thibaut son beau-frère lui avait reconnus3 ne passèrent pas à ses successeurs, issus de sa première femme Gerberge. Geoffroi Grisegonnelle, et après lui Foulque Nerra, ne pouvaient donc prétendre à d’autre suzeraineté qu’à celle qu’ils parviendraient à imposer pour

1 «Residuam partem (medietatem) Britanniæ quam Jubael Berengarii cornes, et Wicohenus arcbiepiscopus Dolensis de illo receperunt » ( Chronique de Nantes , p. 108).

2 « Fulconi comiti, qui tune ratione dotalitii uxoris suæ Jevabat emolumenta Namnetis » {Ibid., p. 111).

un temps aux chefs bretons ou que ces chefs leur consentiraient en échange de leur assistance.

De 960 à 970 (entre la mort de Foulque le Bon et la mort de Juhel Bérenger), le principat reste partagé entre les deux dynasties nationales, et l’on ne voit pas qu’elles aient eu à subir, durant cette période, une suzeraineté étrangère, qu’elles aient eu besoin du recours qui leur était ouvert : à l’une, auprès de la maison de Blois, à l’autre auprès de la maison d’Anjou. Mais après la disparition du vieux comte de Bennes, Juhel Bérenger, un conflit violent éclate entre ces dynasties et amène l’intervention des protecteurs intéressés qui guettent leurs dépouilles.

Hoel, l’un des deux bâtards d’Alain Barbetorte, que, peu de mois avant la mort de Foulque, les citoyens de Nantes s’étaient jugé en droit d’élire pour chef1, non content de la légitimation dont il bénéficiait ainsi pour la cité de Nantes, prétendit l’étendre au principat de la Bretagne entière et obliger le fils de Juhel Bérenger, Conan le Tort, à lui faire hommage.

Conan s’y refuse, ravage le Nantais (vers 975) et, d’après la chronique de Nantes, se débarrasse de son rival en le faisant assassiner (vers 981). Le frère de Hoel, Guerech, est élu à sa place 2 et la lutte devient de plus en plus ardente. Les Normands soutiennent Conan, les Angevins soutiennent Guerech. Une bataille se livre à Conquereuil où la victoire reste indécise (982).

Que Guerech ait, dans ces circonstances, cherché d’autres alliés, rien n’est plus naturel, et je tiens très volontiers pour vraisemblable que tel fut son but quand il se rendit à la cour de Lothaire, comme aussi que cette visite a pu porter ombrage à Geoffroi Grisegonnelle.

1 Chronique de Nantes, p. 112-113.

3 « Namnetenses Guerech... in loco Hoeli, fratris sui, comitem super se constituerunt » ( Chronique de Nantes, p. 118).

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