‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 99 sur 244 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

s’ensuivit, que finit par pacifier leur oncle l’archevêque de Rouen. Nous ne connaissons pas les conditions certaines du traité qui fut conclu. Les écrivains normands disent bien qu’ Alain dut promettre service et fidélité à Robert *. Mais lui fit-iiréellement hommage en qualité de chef des Bretons? Ou ne conclut-il avec lui qu’un pacte d’alliance et d’amitié? Cette dernière hypothèse est d’autant plus plausible que, lors de son départ pour la Terre Sainte (1035), c’est à Alain III que Robert le Diable remet le gouvernement de la Normandie et la garde de son jeune fils Guillaume2. Eût-il osé le faire s’il avait infligé récemment une grave humiliation au duc des Bretons et s’il pouvait craindre que celui-ci cherchât à s’en relever ou à s’en venger?

C’est en s’acquittant avec zèle de ses fonctions de régent de la Normandie, qu’Alain III meurt dans ce pays (1040), empoisonné par les seigneurs normands qui refusent de reconnaître son pupille pour duc et qui livrent le principat à T anarchie3,

1 Guillaume de Jumièges, VI, n : « Mox (Robertus præsul) nimium rigida eorum præcordia, propitiante Christo, eam ad quietem composuit, ut, omni dissensionum motu sedato serena concordia eos uniret, et Alanum in servitio ducis, pacta fidelitate, snpplicem omnino complicaret » (Migne, 149, c. 848). — Wace, Roman de Rou :

Ses dous nevouz fist acorder E pais prometre et pais doner :

Alain fist liomage a Robert,

Veiant la gent, a descouvert.

(Ed. Andresen, II, p. 143).

3 Orderic Vital, II, p. 366 : « Ducatum vero suum Guiilelmo, VIII annorum puero, non rediturus reliquit, ipsumque Alanno consanguineo suo, Britonum comiti commendavit ». Adde, III, p. 224-228. Wace, II, p. 150 :

A Alain, ki estait sis huem,

Par l'arcevesque de Ruem Livra sa terre en cumandise Cume a seneschal e justise.

3 <c Alannum comtem Britonum, suique ducis tutorem, Normanni veneno peremere seseque mutuis certaminibus pene quotidîe in-

l’unification bretonne par la maison de rennes. 251

La Bretagne est menacée d’un sort pareil. Alain n’a laissé qu’un fils de trois mois, Conan, et son frère Eudon, malgré son apanage de Penthièvre, ne cesse de prétendre au duché, pour y avoir été associé du vivant d’Havoise. Il s’empare du pouvoir, et l’exerce pendant quinze ans en pleine indépendance1. Il s’intitule dux Britanniæ sur les monnaies d’argent qu’il fait frapper2. Toutefois le sentiment dynastique de la légitimité est assez énergique et assez vivace déjà en Bretagne pour que des partisans nombreux du jeune Conan le soustraient dès l’âge de sept ans à la dépendance de son oncle 3 et, l’année suivante, l’élèvent solennellement au principat4. Si, en fait, Eudon continue à gouverner, son autorité est ébranlée ou amoindrie. Aussitôt que Conan, de quatorze à quinze ans, devient majeur et apte à porter les armes, il saisit le

credibiliter necaverunt... et confusionem magnam atque mœrorem necessariis orbatæ regioni patronis intulerunt » (Orderic Vital, II, p. 369-370).

1 « In Britannia Eudo fratri suo Alanno successit, et XV annis ita libéré ut sine dominio esset alicujus, principatum exereuit » (Orderie Vital, II, p. 370).

C’est à Eudon comme prince des Bretons ( Britonum principi) (et à Alain Canhiart [Analo [sic] comiti] qui venait de prendre possession du comté de Nantes) que le pape Léon IX notifie les mesures prises contre les évêques bretons simoniaques, et voici en quels termes il l’engage à bien gouverner : « Et hoc te auctoritate bortamur apostolica, ut per totum regnum tibi commissum pacem facias, justitiam diligas, subditos pie regas. Turpe est enim cum tinus ex maximis Galliæ prineipibus habearis, naturalibus sis vitiis subjugatus » (1050. Jafié- Wattenbach, n° 4225; Migne, 143, c. 648-649).

2 EDO DUX BRITANIE (Engel et Serrure, II, p. 384),

3 Chronique de Quimperlé (en tête du Cartulaire), p. 65, ad an. MXLVII : « Conanus puer de custodia patrui sui elabitur Redonis ».

4 Cartul. de Redon (1048, p. 243 et suiv.) : « elevato Conano principe super omne regnum Britannie, dum episcopus Mainus sermonem faceretad populum, inter cetera dixit : « Honoravimus bodie principem terrenum... ».

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