‹ Les origines de l'art en Belgique: les ages de la pierreChapitre 20 sur 22 · II. — Région des caveraes · texte numérisé non relu

II. — Région des caveraes

Les stations de la pierre polie, situées à l'air libre dans la région de la Meuse, sont plus nombreuses encore que les stations de la pierre taillée. Seulement les objets que l'on y recueille, abandonnés à la surface du sol et dispersés depuis des siècles par le pied du passant, ne présentent plus ce caractère de concentration et d'ensemble» qui nous faisait surprendre, d'une manière si

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frappante, l'existence des peuplades plus anciennes.

Les cavernes cependant n'étaient pas entièrement délaisse'es. M. Dupont en cite cinq, situe'es sur la Lesse et la Molignée, dans lesquelles on rencontre des traces évidentes de l'homme de la pierre polie.

Cette circonstance a fait croire à l'éminent observateur que l'existence des anciens troglodytes se poursuivait encore à cette époque et il introduisit dans leur histoire un troisième âge, caractérisé par ce fait que les débris s'en retrouvent au-dessus de l'argile jaune et qu'ils portent tous les caractères de l'âge de la pierre polie.

L'auteur suppose que vers l'époque où, par suite de chaleurs trop fortes, certains animaux gagnèrent, soît les régions du Nord, soit tes montagnes du centre de l'Europe, les hommes de ce pays continuèrent à demeurer dans les cavernes ; mais que, subissant des influences, probablement ennemies, ils en vinrent à modifier notablement les objets de leur industrie.

Cette opinion ne me parait pas admissible, malgré la grande autorité du savant qui la propose. Je pense plutôt qu'à un certain moment, avant que se déposât l'argile jaune, il y eut suppression brusque et radicale de la vie des cavernes et que les restes trouvés dans les cinq

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souterrains, dont nous venons de parler, ne proviennent plus des troglodytes, mais d'une tout autre population.

En effet, M. Dupont lui-même est frappé de n'avoir trouvé des traces de la pierre polie que dans cinq cavernes, alors que, normalement, il eût fallu en découvrir dans presque toutes, et cette considération l'amène à convenir déjà que la vie de troglodytes n'était plus le fait que d'une fraction de la population.

L'argument prend bien plus de force encore si l'on examine de plus près à quoi se réduisent les découvertes opérées.

« Le Trou de Pont-à-Lesse est plutôt un abri sous roche qu'une caverne.... La petite quantité de débris montre que la caverne fut habitée temporairement ('). B

D'autre part, M. Dupont est tenté de ne voir dans la caverne de Chauvaux qu'un Heu de sépulture. L'exploration poussée plus avant par M. Soreil a prouvé depuis que cette conjecture était fondée et que si la caverne fut jamais habitée à l'âge de la pierre polie, ce dut être d'une façon tout à fait temporaire et sans doute seulement pendant le mauvais temps.

La même observation se reproduit, mais cette fois sans hésitation, pour la grotte de Gendron.

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Restent les Trous du Sureau et du Chêne à Montaigle, où l'on a trouvé, par-dessus l'argîle jaune, des fragments de poterie gi-ossière, quelques silex taillés et une pointe de flèche à ailerons. Mais, réduite à d'aussi faibles proportions, la présence de vestiges humains dans ces deux cavernes ne doit-elle pas être considérée comme un pur accident? En ressort-il qu'elles aient été le siège d'une véritable habitation?

On a trouvé de la même façon dans le Hainaut, au pied de l'escarpement du bois de Cîply, des ouvertures de galeries, appelées dans le pays Trous de Sarrasins et qui, à en juger par les ustensiles en corne et en silex recueillis sur place, peuvent fort bien avoir servi' momentanément d'habitation à l'âge de la pierre polie. Il ne viendra cependant à l'idée de personne de qualifier pour cela de troglodytes les populations de cette province.

Les découvertes consignées par M. Dupont ne suffisent donc pas pour établir que l'existence des troglodytes se poursuivait dans la région de la Meuse à l'âge de la pierre polie.

Depuis que parurent ces travaux, un assez grand nombre de cavernes ont encore été fouillées dans les environs de Dînant et d'Hastière. Toutes celles qui renfermaient des traces de la pierre polie se sont trouvées être des lieux de sépulture. C'est donc bien exclusivement dans ce dernier

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but que l'on utilisait les cavernes à cette époque.

En tous cas, si troglodytes il y avait, ce ne pouvaient être de simples continuateurs des hommes du mammouth et du renne. Les débris retrouvés sont séparés de ceux de l'âge précédent par l'argile jaune dont il a été question précédemment. L'origine de cette dernière n'est pas nettement déterminée. On l'attribue généralement à l'altération locale des roches par l'infiltration des eaux météoriques. Mais, quoi qu'il en soit, sa formation, qui atteint parfois une grande épaisseur, dut prendre un temps énorme. Il s'ensuit que les vestiges humains des deux âges sont séparés, à leur tour, par une période fort longue.

Les changements considérables survenus dans la faune entre l'âge du renne et l'époque des silex polis conduisent à la même conclusion.

Enfin, pour établir encore la longue durée de cette époque de transition et l'absence complète de pomis de contact entre les deux âges qu'elle sépare, nous ferons observer qu'à l'époque de la pierre polie, non -seulement le travail du silex avait subi une transformation complète, mais que sa provenance même était devenue tout autre : partout le silex du Hainaut remplaçait celui de la Champagne, qui seul avait ré^né dans la vallée de la Meuse durant les deux âges précédents.

Que conclure de tout cela, si ce n'est qu'avant le dépôt de l'argile jaune l'existence des troglo-

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dytes s'est trouvée complètement supprimée dans la Haute Belgique et que si les cavernes vinrent encore à servir d'habitation, ce fut bien longtemps après et à titre tout à fait accidentel.

La vie en plein air était devenue la règle. C'est désormais sur les plateaux élevés, ou parfois dans le voisinage immédiat des rivières, qu'il faut chercher les traces de l'homme.

Celles-ci comprennent, entre autres, des silex de diverses formes, des lames taillées, des pointes de (lèche à ailerons, etc. Au seul camp d'Hastedon on a recueilli plus de 10,000 silex, comprenant des grattoirs, des couteaux, des débris de hache, etc. Plusieurs haches, dont une en jade, étaient entières. La station de Marche-Ies-Dames a fourni également une hache en jade. Les cavernes dont il était question plus haut ont révélé dés débris de poterie grossière, faite à la main et mal cuite, des traces de foyers, de nombreuses coquilles, une défense de sanglier percée d'un trou, etc. Quant aux ossements, ils se rapportaient au bœuf, au sanglier, à la chèvre, au cerf, au campagnol, au coq de bruyères. On les trouva le plus souvent brisés, suivant la méthode des âges précédents. Dans un seul endroit l'on rencontra les restes d'un poisson, qui pourrait être le brochet.

Suivant la remarque de M. Dupont, les silex de cet âge se trouvent surtout dans des endroits possédant trop peu de terre végétale pour être

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susceptibles de culture. C'étaient sans doute des clairières perdues au milieu des bois. On les choisissait de préférence sur des a mamelons, isolés par des vallées ou des ravins et reliés seulement au plateau par un côté » ('), de manière à former une sorte de presqu'île, très favorable à la défense de l'endroit. Tel est le cas à Furfooz, à Chauvaux, au Pont de Bonn sur le Hoyoux, à Sinsin, à HastedoD, près de Namur et, en général, sur toute la rive droite de la Meuse.

Cependant cette règle souffre parfois exception. M. Becquet, l'intelligent conservateur du Musée archéologique de Namur, cite notamment la station de Linciaux, près de Ciney, où le terrain n'offre nulle part d'escarpements. Par contre, "joute-t-il, on y trouve plusieurs belles sources et l'on découvre de cet endroit un horizon extrêmement étendu. Cette remarque ingénieuse ferait croire que la station de Linciaux appartenait à une époquede calme relatif, où, moins préoccupés de leur sécurité personnelle, les habitants avaient, avant toutes choses, recherché les éléments du bien-être ainsi que les satisfactions de la vue.

Nous possédons encore comme renseignements sur cette portion du pays, à l'âge de la pierre polie, diverses sépultures, dont il sera surtout pai-lé quand nous aurons à traiter de la race. Il n'en

sera question ici qu'au point de vue archéologique.

M. Duponr, malgré le puissant témoignage de Spring, fut le premier à pressentir que la caverne de Chauvaux (') n'avait point, en réalité, servi d'habitation, et qu'elle était avant tout un lieu de sépulture.

De nouvelles fouilles, conduites par M. l'ingénieur Soreil, ont achevé de mettre ce fait en pleine lumière. Cet habile explorateur est parvenu notamment à dégager deux squelettes complets, adossés au rocher et entourés de grosses pierres. Ces squelettes « avaient les jambes repliées sous le corps dans une position accroupie. Les têtes, inclinées sur les bras, étaient au-dessus des autres ossements et avaient la face*^

tournée vers la vallée Les deux squelettes

étaient l'un à côté de l'autre et reposaient dans de petites fosses. Les autres ossements étaient disséminés sur le sol. »

Parmi les objets divers que renfermait encore la caverne, et principalement l'abri sous roche qui la précède, il n'y avait de remarquable qu'un « andouiller de cerf, perforé latéralement et portant des entailles faites à l'aide d'un instrument en silex. Un autre morceau du bois du même

1 fcee de Rivière, entre Namur e

animal avait élé façonné en perle, de la grosseur d'une noisette et perforée. »

Pour couronner sa belle découverte, M. Soreil a retrouvé remplacement de la peuplade à laquelle le trou de Chauvaux servait de sépulture. Il se trouve sur le plateau de la montagne qui renferme la caverne. La roche y est presque à nu : ce devait être une clairière. Tout autour, à peu près, se présentent, d'une part les escai-pements de la Meuse, d'autre part de petites vallées secondaires, si bien que le plateau n'est vraiment accessible que d'un côté. Ce sont exactement les conditions ordinaires d'une station de la pierre polie. La découverte de nombreux silex, disse* minés sur le sol, ne laisse du reste aucun doute à cet égard.

Parmi les autres lieux de sépulture, nous citerons encore la caverne de Gendron, sur la Lesse, dans laquelle M. Dupont n'a pas découvert moins de dix-sept squelettes. Le souterrain se compose d'un couloir bas et étroit. C'est dans le sens de sa longueur qu'étaient étendus les cadavres, les pieds dirigés vers le fond, et disposés par "rangées de deux et de trois. Après la première et la deuxième rangée, un squelette, couché en travers, se présentait perpendiculairement aux autres. Le mode d'inhumation était donc très différent de celui de Chauvaux.

M. Arnould a consigné dans les travaux de

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la sixième session du Congrès d'anthropologie préhistorique les résultats d'une exploration qu'il a faite à Sclaigneaux. Il s'agit ici non pas d'une caverne, mais d'une grotte, formée au pied de rochers escarpés par l'éboulement successif d'énormes blocs détachés de la masse. Cette grotte " servit également de sépulture.

M. Arnould y a trouvé des ossements se rapportant à des squelettes dont le nombre pouvait varier de quarante à cinquante-cinq. 11 recueillit en outre des os d'animaux , appartenant aux espèces actuelles, une admirable pointe de flèche ('), des couteaux, une aiguille en os, une pointe en corne évidée, une coquille perforée et des débris de cette poterie peu ou point cuite, avec des grains de spath calcaire, que l'on retrouve partout à cet ége.

Le mode d'inhumation, sans qu'on ait pu bien le déterminer, diffère de nouveau de ce que l'on observe ailleurs. Quatorze têtes notamment se trouvaient disposées en trois rangées successives sur une surface mesurant à peine un mètre carré. D'autres endroits de la sépulture témoignaient du même mode d'accumulation.

A quinze et vingt minutes de la grotte de Sclaigneaux se trouvent deux plateaux, bordés de trois côtés par des escarpements et sur le sommet

(*) Au Musée archéologique de Namur,

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desquels on recueillit uu nombre considérable de silex analogues à ceux d'Hastedon. M. Arnould crut pouvoir y recounaitre les campements des peuplades auxquelles la grotte avait servi de Heu d'inhumation.Gette conclusion nous parait fondée. « Beaucoup d'autres sépultures de cette époque, ajoute encore le même auteur, doivent se trouver dans le pays ; car un très grand nombre de nos plateaux ont servi de campement aux populations primitives. »

m. — Plat pays.

Un autre groupe^ avons-nous vu, peut êlre constitué des peuplades du Brabant, ainsi que des régions limitrophes, notamment vers la partie septentrionale du Hainaut.

Le principe des clairières, pourvues de défenses naturelles, se- montre encore ici. Seulement, à défaut des rochers de la Meuse, les habitants se contentèrent de collines de sable, bordées de chemins creux, fortement encaissés.

Le docteur Cloquet a beaucoup exploré cette partie du pays. Il a trouvé à Arquenaes des silex variés ainsi que des morceaux de « poteries très grossières, faites à la main, tantôt cuites, tantôt simplement durcies au soleil et dont la pâte contient des fragments de quartz, m Le même explorateur signale des restes de stations aux

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environs immédiats de Bruxelles, à Saint-Gilles, à Woluwe-Saiat-Lambert, d'autres à Braînel'AlIeud et à Baulers dans le canton de Nivelles, d'autres encore dans le canton de Soignies, à Ecaussines et à Horrues, pour alxjutir enfin dans le canton de Seneffe, aux stations de Buzet, Obaix, Rêves et, dans le voisinage, à celle de Frasnes-Iez-Gosselîes. C'est encore le docteur Cloquet, qui, suivant la vallée de la Djle sur une certaine longueur, a retrouvé les traces de la pierre polie à la Hutte, à Court-Saint-Etienne, à Wavre et à Gastuche.

Le silex, dont étalent formés la plupart des objets recueillis dans les stations que nous venons d'ënumérer, provenait du bassin de Mons. « Sauf les haches polies, ces instruments sont tous de petites dimensions et contrastent par ce caractère avec ceux de Spiennes qui sont tous de dimensions assez grandes. L'exiguïté de ces objets fut probablement causée par la difficulté avec laquelle ces tribus se procuraient la matière première. En effet, elles employaient, conjointement avec le silex de Mons, les cailloux roulés et les roches qu'elles trouvaient sur les lieux mêmes, bien que parfois ces dernièi-es fussent d'un travail difficile et d'une résistance peu considérable. Nous avons même, ajoute le docteur Cloquet, trouvé des pierres retaillées après la formation d'une première patine, fait que M. Cornet nous dit avoir

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aussi constaté. Des molettes en grès montrent la ressemblance la plus complète avec celles des cités lacustres de la Suisse. »

Ces trouvailles ne sont pas les seules que l'on ait opérées dans ces réglons. On a recueilli du silex poli près de Ninove ainsi qu'à Lembeck. Dans la carrière du moulin de Loo, près de Bruxelles, les fouilles ont amené comme objets les plus remarquables une très belle hache en jade d'un beau vert transparent et des fragmenls de terre cuite pouvant avoir, à la rigueur, figuré dans un collier. Dans une mare, à Maffies, l'on découvrit également une hache en jade, mais moins transparente que la précédente (').

Si nous remontons maintenant vers le Nord, nous trouvons aux environs d'Aerschot une hache emmanchée dans un fragment de bois de cerf, dans les tourbières d'Anvers, uu magnifique couteau (^), dans les fossés de Saint-Trond un couteauhache en serpentine, et nous arrivons ainsi dans le duché de Limbourg aux silex recueillis par M. Uhaghs dans les environs de Maestricht.

L'inventaire que nous venons de dresser n'épuise pas, à beaucoup près, la liste des objets de la pierre polie recueillis en Belgique. Il n'avait

(') Hageuans, Congrès de Bruxelles. — Vo[r pi. i \') Le h on.

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d'autre but que de montrer combien, dès cette époque, le pays était peuplé dans tous les sens et combien il serait intéressant, par un examen plus méthodique et plus général qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, de reconstituer dans la mesure du possible un passé aussi important.

Notre énumération s'est faite un peu pêle-mêle. Mais nous nous hâtons d'ajouter que les objets mentionnés sont loin de se rapporter tous à une même époque. Nous aurions dû, pour être tout à fait exacts, les échelonner chronologiquement, chacun à leur place; mais les données que nous possédons sont encore trop incomplètes pour que nous osions procéder de la sorte.

Tout ce que nous pouvons dire est que la période dont ils relèvent dut être fort longue. En effet, si, comme il est probable, le pays entier cessa d'être habité avant le dépôt de l'argile jaune, il lui fallut beaucoup de temps pour se repeupler au point de nous faire trouver presque partout des stations néolithiques.

L'importance des exploitations de silex montre aussi que la consommation porta sur un temps très long. A Spiennes seulement « des deux côtés de la Trouille, une surface mesurant environ z5 hectares a été sillonnée par les galeries des mineurs de l'âge de la pierre ('). »

{') Bbiabt & Couhbt.

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Le grand nombre de silex réunis à certains endroits témoigne, à son tour, d'un séjour prolongé. Au seul camp d'Hastedon, disions-nous, GO en a recueilli plus de dix mille, sans compter que, là comme ailleurs, depuis des siècles, les « champs de silex » approvisionnent de pien-es à feu les habitants de la contrée.

Nous avons enfin la preuve d'une extrême durée dans ces silex retaillés après la formation d'une première patine, c'est-à-dire après qu'un temps considérable s'était écoulé depuis le moment de leur extraction et de leur première taille.

Néanmoins, malgré sa longueur, l'âge de la pierre polie, que nous n'entreprendrons pas, pour l'instant, de subdiviser autrement, possède des caractères généraux et constants qui suffisent à le caractériser et à lui donner, dans une certaine mesure, un aspect homogène.

Nous avons déjà signalé chez les hommes de cette époque, l'habitude de se fixer sur des « plateaux dénudés, stériles et offrant de vastes clairières ('). » 11 faut en conclure que d'épaisses forêts continuaient à recouvrir le pays tout entier. L'agriculture n'y avait point encore pénétré et les habitants se conrentaient de vivre du ])roduit de leur chasse, comme aux âges précédents. Seulement, le gibier avait fini par se rapprocher com-

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plètement de notre gibier moderne. A part les quelques espèces, telles que l'ours brun, l'aurochs, l'ëlan, le castor, détruites par la main de l'homme depuis les temps historiques, l'on ne trouvait plus dans le pays d'autres animaux que les nôtres. A en juger par les débris de repas, le cerf, le sanglier, le lièvre, le lapin, le coq de bruyères étaient surtout d'une grande consommation. Le cheval devient rare. « Plusieurs auteurs croient même qu'il avait alors entièrement disparu et que le cheval des âges du bronze et du fer aurait été importé à l'état domestique ('). »

La friandise pour la moelle, si générale aux époques antérieures, se remarque encore ici : les os à moelle des grands animaux sont brisés dans le sens de la longueur.

Il est plus difficile d'établir des présomptions sérieuses sur l'existence ou la non-existence d'animaux domestiques. La rareté des pâturages et l'accès difficile, que présentaient d'ordinaire les campements, rendent peu probable la présence d'un bétail nombreux; mais il est très possible que l'on ait entretenu des chèvres, par exemple, qui, par nature, se complaisent dans les rochers, et s'accommodent fort bien de la nourriture assez maigre qu'elles peuvent y rencontrer. Dans ce cas, le laitage aurait, à partir de ce moment, fait

(') l.E HoN, Annotations de M, Dupont,

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partie de l'alimeatation de l'homme, ce qu'il faudrait noter comme une circonstance importante, de nature à influencer notablement les mœurs et les idées.

Nous devons, en ce qui concerne les hommes du Hainaut, rappeler qu'ils n'étaient pas seulement chasseurs ou pasteurs de chèvres, comme les autres. Ils y ajoutaient la profession d'exploitants de carrières, de marchands de silex et de fabricants d'outils.

Le fait d'avoir retrouvé leur silex dans foutes les parties du pays et l'examen de leurs exploitations elles-mêmes doivent nous donner une haute idée de leur degré d'activité ; mais ils ne se bornaient pas à extraire la matière brute et à la vendre au dehors. L'énorme quantité de silex ébauchés, retrouvés à Spiennes, prouve que le travail de fabrication se commençait sur place. On se rappelle que « le silex sortant de la carrière, pénétré d'humidité, offre moins de difficulté à la taille que celui qui a été longtemps sur le sol('). » A cet avantage se joignait celui de n'avoir plus, après l'ébauchage, à transporter au loin de matière inutile. Cette opération laissait, du reste, le consommateur libre de terminer son outil suivant sa fantaisie et de lui donner, à sa guise, le fini qu'il désirait.

(*) BOUCHEB DB PERTHBS, t. I, p. 98.

Nous nous sommes demandé, à propos des importateurs de sîlei de Champagne, ce qu'ils avaient bien pu recevoir des troglodytes en échange de leur marchandise. La réponse est demeurée fort vague. Elle ne serait guère plus claire pour les hommes du Hainaut.

Il est possible que les divers campements d'une région se soient entendus pour envoyer prendre à Spiennes le silex qui leur était nécessaire. On peut même admettre que les messagers aient euxmêmes dégrossi leur silex sur le lieu d'extraction : les dimensions tout à fait locales que revêt l'outillagedans certaines provinces feraient même croire qu'il devait en être ainsi de temps en temps. Le travail des habitants mêmes du Hainaut eût été, dans ce cas, considérablement réduit et la question du prix a recevoir par eux, diminuait d'importance; mais il y avait toujours l'extraction ellemême, qui restait évidemment de leur compétence exclusive. Comment en étaient-ils rémunérés ? Par des peaux de bêtes, de la venaison, des bois de cerf? Les forêts environnantes leur procuraient déjà, sous ce rapport, de quoi suffire à leur consommation. Leur apportait-on d'autres matières échangeables? On se représente difficilement ce qu'elles pouvaient être, à moins de retomber dans l'hypothèse d'une monnaie fiduciaire, consistant en silex, de certaines formes et de certaines dimensions. Nous retrouverons l'occasion de parler

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de ce point dans le coup d'œil rapide que nous aurons à jeter sur les âges de la pierre en dehors de notre pays.

L'isolement que nous avions remarqué entre les tribus belges à l'âge préce'dent n'existe donc plus. Le commerce les réunit. C'est, en effet, dans le pa^fs tout entier que l'on rencontre désormais le silex du Hainaut, dans le Brabant comme dans la Campine, dans les provinces de Liège et de Namur comme dans le Luxembourg.

Dorénavant les Belges se confondent nonseulement dans l'emploi d'une matière première unique, mais aussi dans la façon dont ils travaillent cette matière. On trouve sans doute, suivant les localités, des différences de détail dans la forme et, plus encore, dans la dimension des objets; mais l'harmonie n'en est pas moins générale.

Les pointes de flèches, principalement celles à ailerons ou en aronde, sont caractéristiques de cet âge. On en trouve d'un fini vraiment admirable, comme on en pourra juger par les spécimens reproduits dans les planches ci-contre ('). L'élégance de leurs formes est le plus souvent remarquable. II y aurait donc toute raison d'appliquer à leurs auteurs les conséquences esthétiques que nous avions déduites, pour les âges antérieurs, du perfectionnement de l'outillage.

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AGK 1>E LA l'IERRE l'OLIK.

Planche VI.

Pointes de Hêcliea provenant en grande partitde 1h province de Namur.

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