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coup les faits de l’histoire deviennent nécessaires, ce qui s’est accompli a dû être’. Et qui ne sait combien cette tendance à considérer l’histoire comme une philosophie de l’histoire seulement, comme le procès du nécessaire, a produit dans l'école de Hegel peu de goût pour l’histoire même, et souvent substitué à la recherche historique l'affirmation de la nécessité du fait : à faut qu'il en ait été ainsi”.
Qu'est-ce que les données du christianisme, pour cette religion absolue? Il importe de voir en quoi le radicalisme des élèves de Hegel est ou n’est pas la conséquence de ses principes.
Il est une Trinité, elle est nécessaire. Dieu, esprit absolu, éternellement un avec soi-même, se distingue aussi éternellement de soi-même en même temps qu'il rentre en lui, et à ce titre il est essentiellement le Dieu-Trinité. Par suite, la révélation divine se présente sous trois formes : le rêgne du Péêre, ou le domaine de l’idée absolue en soi et pour soi, qui est Dieu avant la création; puis le régne du Fils, dans lequel Dieu, pour la pensée, se sépare de lui-même, devient un autre; Dieu produit ou tire de soi la nature et l’esprit, il produit son Fils, et ce Fils est là pour lever l’antithèse produite par cette séparation nécessaire (nous disons nécessaire, parce que la conscience du mal est au-dessus de l'innocence, il faut que esprit ait conscience de sa contradiction avec l'être divin). Le rêgne de l'Esprit est la conscience de cette réconciliation avec Dieu. Comment s’accomplit cette expiation, pour lappeler ainsi? Dans le
1. D'où aussi l'optimisme conservateur : «A chaque nation peut suffire la forme sous laquelle elle se fait sa situation et son univers.»
2. Cela est vrai même de la remarquable Histoire de la philosophie de Hegel, ouvrage aussi arbitraire et exclusif que profond et élevé. Voy. l'excellente critique qu'en donne Willm (vol. IT, IV).
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sentiment de la réconciliation, d’abord en soi, dans la conscience que l’opposition contre Dieu, que la séparation n’est pas ce qui doit être, qu’elle est l’inconvénience, c’est là la première condition. Mais il faut qu’à cette conscience de l'inconvénience des deux éléments humain et divin, s'ajoute celle de leur unité, ou de l'identité des deux natures en son: ces deux natures sont distinctes et sont identiques. Il faut enfin, puisque cette certitude est un procès de la conscience, il faut pour la conscience même que cette conscience de l'identité dans la distinction se manifeste et se réalise dans une personnalité humaine, apparaisse comme homme sensible (immédiat). L'Homme-Dieu, dans son apparition historique, est donc à considérer de deux manières : d’abord comme homme ordinaire, tel qu'il a été, puis dans la conlemplalion en esprit et par l'esprit. Dans le premier sens, «Christ n’est pas plus que le maître de humanité et le martyr de la vérité». Voilà le Christ historique. Quelle est sa doctrine? c’est la conscience de la réconciliation de l’homme avec Dieu, et cette réconciliation exprimée comme élat est le royaume de Dieu, abstraction de la réalité présente; mais cette doctrine, cette abstraction est complétée par la représentation de l’idée de Dieu dans sa vie et sa destinée; c’est par lui que le royaume de Dieu pénètre dans la réalité. Jésus mort, sa mort est la mort de la mort: Dieu même est mort, voilà la première impression produite : ainsi la négation est en Dieu même! Mais Dieu (la notion de Dieu dans la conscience) traverse victorieux ce combat (ce procès) et subsiste malgré la mort. La résurrection appartient ainsi essentiellement à la foi; l'esprit n’est esprit que par la négation de la négation. Du non-être de cet individu (comme tel), la mort devient, transfigurée, l’universalité de l'esprit, qui vit dans sa communion, et tous les jours meurt en lui et ressuscite en lui. «Cest là l'amour éternel, que Dieu se
ARE soit fait identique avec ce qui lui était étranger, pour le tuer. Cest là la signification de la mort du Christ.»
Voyons maintenant à quelle réalité ce Christ historique a droit de prétendre: «On peut dire de l’esprit qu’il a quitté la forme de la substance et a pénétré dans l'existence sous la forme de la conscience de soi (comme homme), si l’on veut se servir des termes usités, par la naissance naturelle, qu'il à une mère réelle et un père transcendant (einen an sich seyenden), car la réalité ou la conscience, et l'être en soi comme substance sont ses deux éléments, par l'échange réciproque desquels, chacun devenant l’autre, il entre dans l'existence comme unité commune de tous deux.» Voilà ce qu'il est comme idée; mais comme réalité historique? — l'étre en soi immédiat de l'esprit, sous la forme de la conscience propre, n’est pas autre chose que ce fait, que Le véritable esprit du monde est arrivé à la connaissance de lui-même; alors seulement cette connaissance pénélre aussi dans sa conscience, et apparaît comme vérité. «Le fait que l'esprit absolu a pris la forme de la conscience de soi, en soi, et qu'il en a conscience (pour soi), apparaît maintenant sous une forme nouvelle : c’est La croyance qu'a le monde, que l'esprit absolu est là comme conscience de soi, c’est-àdire comme homme véritable, qu'il est pour la certitude immédiate, c’est la persuasion que la conscience croyante voit, pense et entend cette divinité. Ge n’est donc plus une imagination, mais le fait est réellement là. Dieu n’est conscience de soi que lorsqu'il est contemplé par les sens, immédiatement, comme être conscient, comme un véritable individu humain. C’est cette incarnation (Menschwerdung) de l'être divin, c’est-à-dire le fait que l’être divin a essentiellement et immédiatement la forme de la conscience de soi, qu'il est conscient, c’est elle qui est le contenu de la religion absolue. La religion absolue, c’est pour le sujet la
Lie.
connaissance du fait qu'il est esprit, et la révélation, c’est la notion de ce qu’est l'esprit : esprit est conscience de soi, l’objet de la conscience (Dieu) n’est autre que cette conscience même,» — et nous allons voir ce que vaut le Christ historique, jusqu’à quel point il est Dieu plus qu'un autre homme: «en cet mdividu humain, sous la forme duquel se manifeste l'esprit absolu, l'être absolu accomplit l’évolution de V'étre sensible (c'est-à-dire il vit), tl est le Dieu présent immédialement — et, par cela même, son ére devient un avoir été. La conscience l’a vu et entendu, et par ce fait qu’elle l’a vu et entendu (et ne le voit ni ne l’entend plus), elle devient conscience spirituelle ; comme il lui est apparu comme existence sensible, il apparaît maintenant en esprit» (en d’autres termes, l'esprit est apparu comme homme pour nous apprendre qu'il est homme, et maintenant qu'il a fait entrer l'esprit dans la conscience de l'humanité, je ne vois plus l'esprit sous la forme de cet homme, cet homme a élé Dieu, ou: Dieu & été cet homme, et Dieu esé moi, et je suis Dieu). Hegel continue: «Dans la disparition de l’existence immédiate (sensible) de celui en qui l’on a vu l'être absolu (dans sa mort), limmédiateté reçoit son élément négatif (c’est-à-dire celui de l’immanence, la négation que Dieu soit dans tel ou tel sujet historique, plus particulièrement que dans l’homme en général). L'esprit demeure dans la réalité, mais comme conscience universelle (conscience de soi) de la communauté, ce n’est plus le sujet isolé, mais celui-ci compris dans le grand ensemble de tous, qui est l'esprit.» Nous voyons par là quelle est la valeur des faits, une valeur pour la conscience seulement, leur réalité historique ne nous touche pas : la mort de Christ (ainsi Baur analyse Hegel) est la pierre de touche à laquelle s’éprouve la foi de l'humanité. Christ n’est Dieu-homme que par l’intermédiaire de la foi; quant à ce qui est derrière la foi,