‹ Les origines de l'école de Tubingue et ses principesChapitre 12 sur 28 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Le développement de Baur.

1) Premiers essais. Le dualisme des partis.

Bengel était mort en 1526. La Faculté, consultée sur son remplacement, avait désigné au ministère, à côté de plusieurs étrangers devenus depuis illustres, comme Ullmann et Neander, et entre autres enfants du pays, Baur, sur lequel ses travaux attiraient l'attention, mais non moins la défiance, et Kern, son collègue et ami. En même temps le ministre avait décidé la réforme de la Faculté : deux maïtres, non-valeurs évidentes, avaient été écartés. Baur, Schmid et Kern avaient été nommés; le premier, malgré les craintes de tous et à cause de ces craintes, n’avait pas reçu la chaire de dogmatique, mais celle d'histoire ecclésiastique et d'histoire des dogmes. L'intérêt du moment, c'était la théologie schleiermacherienne; chacun s’en pénétrait ou cherchait à se l’approprier; Baur, en inaugurant son enseignement, avait brûlé un cierge sur l'autel du maître, non toutefois sans faire ses réserves. Steudel, dans sa dogmatique, le discutait et s’en inspirait pourtant. Schleiermacher, après quelques discussions, se fiant à l’effet de sa présence, s'était rendu à Tubingue pour rallier les derniers opposants (1830); devenu ami de Steudel, qu'il

DR" n'avait pas converti, il avait acquis par ce voyage des adhérents nombreux et enthousiastes. Mais déjà l'hégélianisme était entré au camp, et l'un des premiers transfuges avait été le nouveau professeur d'histoire. Dès cette époque, Baur s’essayait à comprendre Hegel, et pénétrant lentement mais sûrement dans cette voie, il y avait vu satisfaite la tendance de son propre esprit. Ces premières années d’enseignement sont une période de tâtonnements et de recherches. Strauss nous a conservé le souvenir de ce qu’étaient les cours de son maître avant qu'il eût trouvé son fil conducteur. (étaient des aperçus et des doutes; à propos du miracle de la Pentecôte, ou des partis à Corinthe, il laissait entrevoir la lueur de la critique, mais lueur encore lointaine; «il était bien loin de l’assaut d'ensemble que devait tenter l’auteur de la Vie de Jésus contre les murs de Sion; il posait les premières attaques d’un siége régulier». Cest ce caractère de décousu, de défaut d'ensemble, qui caractérise les premiers travaux de Baur, avant qu'il ne se fût donné comme base d'opérations Ja dialectique hégélienne; il entrevoit et il cherche, mais sans savoir où il arrive; la tendance se trahit partout, le résultat est absent. Déjà le choix de ses cours indique la direction de son esprit. A côté de l’histoire ecclésiastique qu’il enseignait alternativement avec l’histoire des dogmes, Baur donnait en hiver un . cours de mythologie ou de symbolique comparée des cultes protestant et catholique, et en été un cours d’exégèse. Dès 1830, il commença à expliquer la première épître aux Corinthiens; l'été suivant, il inaugura cette série de cours sur les Actes, déjà pleins de ces doutes hardis dont ses anciens auditeurs ont gardé Ja mémoire’, et pour lesquels Schneckenburger lui avait frayé hardiment le chemin.

1. Le programme de 1829 sur Étienne est encore dépourvu de cri-

tiques et de doutes.

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Baur ne chercha pas longtemps l'étoile directrice de ses recherches, le 5ds or rod octo avec lequel il devait soulever le monde de l'histoire, il le trouva dans l’antagonisme du judéo-christianisme et du paulinisme, et celui-ci, 1l le découvrit dans les Homélies Clémentines. Ses cours sur l’histoire de l'Église lui ouvrirent les veux. Mais c’est, paraît-il, à un jeune élève‘ que l’on doit de lui avoir montré pour la première fois, dans un travail couronné sur les Clémentines (1830), le parti que l’histoire pouvait en tirer, et d’avoir révélé Baur à lui-même: et, dès lors, l’état de déchirement des deux partis extrêmes au second siècle devient la mesure de l'état de l'Église primitive. Le programme de 1831 (Pâques) sur les esséniens nous dit peu de chose, mais c’est déjà beaucoup d'identifier les ébionites, secte chrétienne, avec le parti juif des esséniens. Le premier grand travail de Baur, dans la Revue de 1831, sur le parti dit de Christ à Corinthe, indique déjà des vues bien plus nettes : étant données les relations pénibles, réelles ou supposées par les parüs, entre Paul et Pierre, apôtres des Gentils et de la circoncision, on ne saurait douter que les deux sectes qui se réclamaient de leurs noms ne formassent les partis extrêmes; Apollos, c'était le paulinisme avec quelque tendance de philosophie : copiax vob xoomod; devant une autre scission si profonde, ce léger désaccord disparaît. D’où nous pouvons supposer qu'il n’en est pas autrement des partis de Pierre et du Christ, car l’hérésie se complaît dans la mulüplicité des dénominations. Demandons-nous donc quelle était pour Paul l’hérésie des pétriniens, cherchonsen les traces dans les épîtres de l’apôtre : c’est la négation de son autorité apostolique. Il n’était pas, comme Pierre,

1. M. Weitzel, actuellement doyen de Kirchheim et adversaire de Baur,

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