CHAPITRE Ill
Les principes de Baur.
1) L’hégélianisme de Baur.
C’est en 1835 que Baur s’exprima pour la première fois sur Hegel, et il le fait d’une manière tout à fait caractéristique pour son propre point de vue, et qui marque , on ne peut mieux, d’où Baur partait et où il devait arriver.
Baur analyse la doctrine de Hegel et en aperçoit d’un œil pénétrant la tendance ; dès l’abord il met le doigt sur le point saillant de cette philosophie religieuse, c’est la séparation du Christ historique et du Christ idéal, conséquence nécessaire de la conception spéculative du christianisme : Christ n’est, pour Hegel, Dieu-homme que par l'intermédiaire de la foi, quant à ce qui est derrière la foi, cela demeure enveloppé d’un mystère où nous ne devons pas pénétrer. Car la question n’est pas de savoir si Christ a été de fait lhomme-Dieu, mais de savoir qu’il est devenu par la foi lhomme-Dieu. La foi, pour Hegel, fait l’œuvre de l'éon Christ s’abaissant sur l’homme Jésus. «Ce que l'esprit est el ce qu'il fait, ce n’est pas de l'histoire. » On a discuté
cs ea
beaucoup pour savoir si Baur s’approprie ces mots dangereux; sans doute, il paraît réprouver l'excès de hardiesses semblables; mais quand nous le voyons ensuite, dans son exposé critique, approuver toujours celte tendance, nous devons en conclure que, sans suivre Hegel dans son docétisme extrême, il s’est approprié l’idéalisation de l'apparition de Jésus. Au reste, cette proposition ne fait qu'énoncer les principes de l'Histoire des trois premiers siècles. Baur rejette le gnosticisme de Hegel , il en accepte les bases néanmoins. Et voici comment Baur corrige Hegel : « Comment, dit-il, la foi en Christ, comme en l’homme-Dieu , auraitelle pu prendre naissance sans qu’il fût lui-même, en quelque chose, ce que la foi a fait de lui? La foi en Jésus, lhomme-Dieu, présuppose le fait que cette unité a été, pour lui le premier, vérité concrète, qu’elle a été conscience (savoir conscient — voilà la christologie de Baur), et a été prêchée et annoncée par lui.» Et passant à l'apologie d'une telle méthode, le critique revendique hautement pour le philosophe le droit de construire, sans choquer la religion, un Christ idéal, purement idéal, pour la science. (Nous reverrons ce que Baur entend par le Christ idéal et le Christ historique.)
En effet, Baur était hégélien et panthéiste, et, dès l’abord, il acceptait ce reproche. (est lorsqu'il examine le droit où l’on est de dire Hegel panthéiste : «Il ne s’agit pas ici, ditil, de lâcher un gros mot, il faudrait plutôt montrer qu’il y à une solution plus satisfaisante des deux intérêts également justifiés et légitimes, l'intérêt de la spéculation, et l'intérêt de la religion et du christianisme.» L’accord de la spéculation avec le christianisme, donné comme fait historique , l'a gagné à la philosophie de la nécessité ; on reprochait à tel de ses arguments de n'être qu’une catégorie abstraite: «J'ai besoin, alléguait Baur, de catégories et
de spéculation.» Le christianisme est pour lui, comme dogmatique, un phénomêne philosophique, et comme histoire, encore un objet de la spéculation; d'une part, c’est (l'unité de la subjectivité avec la notionv', de l'autre, c’est «la série des efforts faits, dès l’origine, pour introduire (vermitleln) dans la conscience cette vérité objective du chrislianisme », c’est-à-dire pour unir le sujet et lobjet*. Il faut au christianisme une philosophie de la religion, et c'est en cela que Hegel a mené la religion à bon port, et une semblable philosophie, c’est-à-dire le panthéisme spéculatif, est la seule possible. «Ou bien il n’y a rien absolument qui mérite le nom d’une philosophie chrétienne de la religion , où bien une telle philosophie ne peut, à moins d’abdiquer entièrement son caractère, poursuivre son but autrement que dans la voie où elle est une fois entrée », c'est-à-dire par la gnose des gnostiques et de Hegel *. Et si Baur est conservateur et défend l’orthodoxie par la spéculation, c’est qu'il trouve le déterminisme philosophique et le supralapsarisme conséquent. Qui ne sait que l’hégélianisme a une formule pour tout, etque, vis-à-vis de tout ce qui peut se mettre en formule et qui, par suite, est raisonnable à sa manière, il est optimiste et conservateur ?
2) L'histoire évolution.
L'histore, domaine de la libre recherche, sera-t-elle soustraite à ce procès philosophique ? nous l’apprendrons de la définition qu’il en donne : «L'histoire de l'Église chrétienne west autre chose que l’évolution de l'idée de l'Église. Si l'on parle, avec raison, d’une idée de l'Église, cette idée