Gieseler
2. Voy. Glaubensichre, ? 14, Zusatz : «Il n'y a lieu de parler d’inspiration que si l'on veut imposer la foi par une démonstration. »
3. On sait que, sur le terrain même de la critique philosophique, Schleiermacher avait de même montré son génie critique par ses importantes recherches sur les dialogues de Platon.
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l’auteur. Aucune tradition n'empêche le critique de contester à l'apôtre une de ses épîtres les plus consacrées par la piété des siècles; et pourtant, quelle incertitude encore dans les jugements! Montrer dans les idiotismes de la première épître des incompatibilités avec la deuxième, et, dans les locutions communes des plagiats, relever des erreurs et des contre-sens, qu'est-ce autre chose que ce qu'a fait Baur? Mais dans ces mots sur lesquels il a bâti un système, Schleiermacher ne trouve que des sujets de doute. Sa critique est encore une critique de oui et de non, pas encore une critique historique; il frise l’idée des hérésies combattues dans l’épître, idée si riche pour Baur, mais sans y rien pressentir; puis viennent de nombreuses critiques, toutes pénétrantes, mais sans ensemble. Pas même un rapprochement avec le cercle d'idées paulinien, ce qui serait du moins la partie négative d’une conception historique. La critique formelle est là tout entière, mais elle est seule encore. Ainsi du cours d'introduction que Strauss a dû entendre à Berlin en 1831. Est-il rien de plus contraire à tout ce qui s’est fait plus tard que de classer les épîtres pauliniennes, pour leur authenticité relative, d’après le plus ou moins de rapprochements qu’elles présentent avec l’histoire de l’apôtre, attestée par les Actes? Sans doute, les Actes ne sont pas en accord parfait avec les Galates, mais le désaccord ne porte «que sur des circonstances extérieures». Et pourtant, cette critique si consérvatrice à des traits pénétrants. Les Actes mêmes en sont l’objet et le but, mais la conclusion du tout, c’est la division du livre entre un assez grand nombre de sources et de fragments primitifs. Mais que dire des évangiles et de l’histoire évangélique? C’est dans son étrange Vie de Jésus et dans le remarquable travail de 4817 sur Luc qu'il faut aller chercher la matière à tous les doutes, et pourtant la conclusion en est si différente des conséquences
ER CA qu'en a tirées Strauss, son élève, si l’on peut l'appeler ainsi"! La Vie de Jésus des deux auteurs mérite une comparaison.
Et d’abord, quelles sont pour Schleiermacher les sources de la vie de Jésus? comment s’est formée l’histoire évangélique ? (Quel a dû être le premier, un récit suivi, mais maigre, ou plusieurs esquisses développées touchant des faits isolés? Nous ne pourrons nous décider que pour la dernière hypothèse. Le désir bien juste, de la part des nouveaux chrétiens, de connaître l’histoire et la doctrine de Jésus, est à la base du tout. La rédaction des récits partiels, tant par les narrateurs que par leurs auditeurs, voilà l’origine des évangiles. Une masse de récits partiels, sans autorité ni consécration officielles, voilà l’état primitif» De là trois évangiles-aggrégats, trois synoptiques sur lesquels l’auteur exerce toute l’acuité de sa critique, un Matthieu qui est un commentaire (opyvevoesv Ékaoros) du recueil primitif de discours hébreux, un évangile d’après Marc, xata Maoxov, ouvrage composé sur la base des récits recueillis de la bouche de Pierre par son compagnon, mais déjà fort éloigné de l'original, puis le travail critique d’un éclecticien qui prend, ici et là, un morceau de chaque espèce, c’est l’évangile de Luc. Quelle confiance attacher à de tels récits, surtout lorsque tel d’entre eux n’est qu'un «charmant petit morceau de poésie aramaïque», que Luc a si bien, par exemple, retravaillé l'histoire de la tentation, donnée plus pure par Matthieu et Marc, qu’il n’en reste que la forme, et ainsi de suite? Mais à côté de toutes ces chroniques de cré-
1. En 1831, Strauss était à Berlin. Il y lut le cours de Schleiermacher sur la vie de Jésus dans des cahiers d'élèves qu'il s'était procurés. (Voy. sa critique incisive et pénétrante du cours de Schleiermacher, Berlin, 1865, et Hilgenfeld’'s Zeitschrift, 1863, IN.)
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dibilité incertaine, Schleiermacher reconnaît un écrit original au nom duquel il les juge, ce sont les mémoires authentiques d’un témoin, de saint Jean, et cet ouvrage est authentique au nom de l'impression d'ensemble qu'il produit sur le lecteur : «c’est manquer de toute espèce de sens pour le principe du christianisme et pour la personne de Jésus, pour l’histoire, pour la manière dont les grands événements voient le jour, que d'admettre que Jean ait pu falsifier les discours de Jésus ou qu'on ait pu en inventer l’histoire.» Aussi la critique est-elle maîtresse souveraine du récit des synoptiques; quant à Jean, noli me tangere! le sentiment est juge de l’histoire.
Dans ces limites, quelle liberté! Appuyé sur le quatrième évangile, Schleiermacher abandonne à sa critique tout ce qu'il ne couvre pas de son inviolabilité. Comme il montre, dans Luc et Matthieu, par exemple, «deux files parallèles de récits vraiment parallèles dans le sens strict du mot, car ils n’ont rien de commun, pas un seul point. Bien au contraire , ils s’excluent réciproquement; si un point est exact dans un évangile, le récit de l’autre sur ce point ne peut être juste!» Il relève si finement les moindres différences, que Strauss lui-même ne fera pas mieux. On pourrait ajouter qu'à comparer la critique de faits comme la tentation, comme la différence du théâtre d'activité de Jésus dans les deux ouvrages, on ne peut méconnaître souvent dans Strauss limitation et le souvenir des critiques de son devancier. Surtout c’est l’antithèse inconciliable de Jean et des synoptiques qui est accentuée avec une force qui fait craindre des résultats tout différents, si l’on retourne le dilemme : «Sans doute, dit-il, on pourrait retourner l'argument, mais l'évangile de Jean porte un tel caractère d'originalité, que jamais un tel retour n’aura lieu.» Cette assurance est dangereuse. Et combien, toujours pour les synoptiques, il est
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souvent près du mythe! Il retrouve dans l'histoire de Ja naissance un petit ouvrage épique, dans les événements qui entourent la mort de Jésus, les traces de productions hymniques ou rhétoriques, fréquentes dans les premiers temps de la communauté chrétienne. Est-ce autre chose que Pexplication de Strauss? Pour Gethsémané, c’est en partant du point de vue psychologique et moral que Schleiermacher nie le récit des synoptiques, dans la situation d’esprit que peint l'évangile de Jean; en général, partout, s’il accepte et discerne avec pénétration les grandes et petites différences entre les évangiles, c’est toujours pour en sacrifier trois au quatrième. Que dire lorsque, par une hardiesse qui n’a d’égale que celle de Baur, dans l'histoire de la jeunesse de Jésus, par exemple, après avoir montré comment les moindres détails sont accumulés contre la vraisemblance pour faire rendre par le Baptiste un hommage à Jésus", il laisse apercevoir les traces de l’intention falsificatrice, et trouve à l’auteur de «ce récit épique» l'intention (die Absicht) «d'attirer les disciples non convertis de Jean, en appuyant sur une légende très-répandue la preuve de la grandeur de Jésus et les espérances de gloire extérieure du peuple» ? Que fera l’école de Tubingue, sinon d'étendre et d'appliquer ces principes ?
Schleiermacher fait plus. Nous savons qu’il ne veut pas d’un miracle contraire à la raison. Que fera-t-il donc des récits miraculeux du Nouveau Testament? Il faudra, et il le fait, qu'il pose une limite absolument arbitraire entre les miracles qui, d’après lui, ont un but moral et ceux qu’il appelle magiques; et envers ces derniers, qu'il lui faut supprimer, il exerce une critique sans réserves. Que devra faire après lui un auteur qui ne croira pas pouvoir faire cette