Noack, Homer. Pal., frontispice
2. Cf. les ruines élamites exhumées sur l'acropole de Suse (R. de Mecquenem, Vestiges de constr. élamites, Recueil de travaux^ 191 1, p. 38 et suiv.). Le temple de In-Susinek se compose de plusieurs salles beaucoup plus larges que profondes. Cf. aussi la maison du dieu Assur, à Assur (Mitteil. d. deut. Or. GeseUs.,W\\U, p. a/i et suiv., fig. 8).
l'orieist i57
carrée, désignée J sur le plan de Place ' (fig. 53). Le type de la salle profonde avec ouverture au petit côté n'est représenté que par des locaux d'importance secondaire.
Nous retrouvons en Mésopotamie ce hilani syrien dont nous avons fait la connaissance à Sendchirli. Il s'est incorporé tel quel au plan du palais. A Khorsabad, on en lit la forme dans
Fig. 53.
Groupe de salles entourant une cour à Khorsabad.
les ruines du château de Sargona. On admet en général que le modèle du hilani fut introduit chez les Assyriens au viii" siècle, à la suite des conquêtes de Téglat-Phalazar. S'il parvint si facilement à s'y acclimater, c'est que les architectes indigènes ne trouvaient rien en lui qui ne leur fût déjà familier. En Mésopotamie et chez les Hittites de Syrie, l'art monumental s'était développé dans le même sens et montrait la même prédilection pour le plan à front large.
Dans le palais chaldéen ou assyrien, la colonne ne joue jamais qu'un rôle très secondaire. Elle n'apparaît que tardive-
* I. Place-Thomas, Ninive et l'Assyrie, III, p. 65 et suiv.; Perrot-Chipiez, II, p. 4a6, fig. igS; Springer-Michaelis, p. 57, fig. 137, 2. Springer-Michaelis, p. 58, fig. i^o.
ï58 l'édifice hypostyle
ment, en même temps que le hilani. On l'utilise comme motif décoratif dans les façades, non point comme support intérieur i. Le plan hypostyle reste inconnu aux Assyriens et c'est là le point faible de leur architectures. Faute de vouloir ou de savoir employer les points d'appui isolés à l'intérieur des salles, ils n'ont jamais pu donner à celles-ci que des dimensions relativement médiocres. Leurs palais royaux sont immenses par l'étendue de terrain qu'ils recouvrent, et donnent au dehors l'impression de rénormité. Au dedans leur plan complexe, morcelé à l'excès, ne se prête à aucun effet grandiose. Les constructeurs assyriens ont excellé à composer de grands ensembles, à combiner le plan d'une habitation princière vaste comme une cité, mais rien de leurs conceptions monumentales ne leur survivra. Car ce que la grande architecture des siècles suivants retiendra parmi les créations de leur époque, ce sont les types hypostyles, capables de dimensions considérables, comme celui du mégaron hellénique ou de la grande salle égyptienne.
XI 1. La maison et le temple hébraïques. — L'apadana.
En Judée, malgré le petit nombre des monuments connus, se montrent à nous deux types de construction profondément distincts : l'un à front large, l'autre à front étroit. Le premier est représenté par des habitations ; le second par le bâtiment central du temple de Javeh. C'est, on le voit, le même dualisme initial que dans l'architecture égyptienne, et ici encore le plan étroit et profond semble réservé à cette partie de l'édifice sacré qui constitue la maison du dieu. Mais si cette maison était d'abord identique au sékos ou au tabernacle égyptien, elle prend finalement une tout autre importance et ne lui ressemble plus que par le rapport de ses deux dimensions.
L'aspect habituel de l'ancienne habitation hébraïque nous est
1. Perrot-Chipiez, II, p. if\-2, fig, /12; i63, fig. /|3; Springer-Michaelis, p. 58, fig. 189.
a. Aujourd'hui certains paysans de la Mésopotamie savent se servir de colonnes de bois pour soutenir les toitures de leurs maisons, qu'ils recouvrent d'une épaisse couche de terre; il est à remarquer que ces habitations hypostyles gardent le plan à front large et malgré le secours des supports intérieurs s'étirent dans le sens de la façade, tout comme les grandes salles des palais assyriens (cf. Layard, Discoveries, p. 262; Perrot-Chipiez, H, p. 18^, fig. 58, intérieur de maison chez les Yézidis).
l'orient 169
conservé par le célèbre tombeau monolithe de Siloéi, chambre massive et basse, à large façade, à toit plat, dont le plan rappelle exactement le signe hiéroglyphique égyptien, exprimant l'idée maison (fig. W^^). Un seul motif ornemental, d'origine sûrement égyptienne, corrige la nudité du bâtiment : une corniche profilée en gorge, que souligne une épaisse baguette ronde. L'inscription gravée sur la façade du tombeau en reporte la date par delà l'époque de la captivité. Les constructions du village moderne de Siloé ont pour la plupart la même forme. Elles ne se distinguent du monolithe leur voisin que par la nature des matériaux, l'absence de tout décor et l'addition de quelques fenêtres.
Nul doute donc sur ce point: ce que nous trouvons en Judée à l'origine de l'architecture, c'est encore la large bâtisse cubique, à toit plat, commune à toutes les races orientales. Puis viennent, selon la règle, des constructions de plan complexe, faites de plusieurs bâtisses semblables, soudées mur à mur, sans principe de groupement très défini. Les récentes fouilles de Palestine ont exhumé des ruines de cette espèce à Tell-ïaannek2, à Tell-el- Hesy3, à Gezer^.
Les historiens de l'art hébraïque se sont surtout intéressés au grand temple de Jérusalem. Ils n'ont pas reculé devant la tâche, à première vue téméraire, de restituer d'après des documents écrits le célèbre sanctuaire dont pas une pierre n'a subsisté 5. L'examen critique de ces restitutions, sur nombre de points divergentes, nous entraînerait loin de notre route et serait ici hors de propos. Mais nous pouvons retenir des descriptions bibliques certains faits précis, sur lesquels les commentateurs modernes n'ont pas eu de peine à tomber d'accord.
Le temple proprement dit, isolé des enceintes concentriques qui en éloignaient les profanes, consistait en un bâtiment oblong, ouvert à l'Orient, sur l'un de ses petits côtés. C'était un sékos profond, sans colonnes intérieures, précédé d'un
I. Archives des Missions, 3« série, i885, p. 217; Perrot-Chipiez, IV, p. S'mj et suiv.