Leonhard, Ibid., p
de l'Asie Mineure, le temple dorique d'un type plus méridional, dont l'image nous est conservée par les tombeaux lyciens.
Si l'on se souvient des conclusions de notre premier chapitre, on apercevra vite les points faibles de cette théorie. Le mégaron n'est nullement étranger à l'art proprement hellénique, comme l'affirme M. Leonhard. Rien ne laisse supposer qu'il ait brusquement disparu, comme forme de logis, pendant la période qui suit immédiatement l'arrivée des Doriens. On voit par les peintures de vases mentionnées plus haut que la maison grecque archaïque est encore identique au mégaron mycénien. D'ailleurs si l'habitation dorienne n'était pas le mégaron, en quoi donc consisterait- elle .^ Les envahisseurs une fois établis dans la péninsule auraient-ils attendu pour construire les leçons des Asiatiques? Avant et après l'époque des invasions, nous ne trouvons jamais, à divers degrés de développement, qu'un même type de construction. Le vieux temple de Sparte, plus antique sans doute que la plupart des tombes paphlagoniennes, pourrait être pris pour un bâtiment mycénien. Les tribus doriennes n'avaient nul besoin qu'on leur apportât d'x\sie le modèle du mégaron; elles l'avaient sous les yeux dans les cités conquises; elles savaient déjà bâtir des cabanes d'une forme très voisine. Le mégaron, type européen d'habitation, commun aux divers peuples qui vinrent du Nord occuper la péninsule hellénique, n'avait en Grèce aucune raison de disparaître. Ce n'était pas à l'Asie d'enseigner à la Grèce un mode de construction qu'elle tenait d'elle, le seul que les tribus hellènes et tous les peuples balkaniques eussent jusqu'alors pratiqué.
L'étude des tombeaux phrygiens et paphlagoniens n'est rien moins que négligeable pour l'histoire de l'architecture grecque primitive. Jusqu'à présent du moins elle ne justifie pas la thèse quelque peu imprévue de M. Leonhard. Sur un point, elle confirme les conclusions formulées dans un précédent chapitre. A l'appui de notre hypothèse sur l'origine souterraine du mégaron elle apporte un sérieux argument. Les façades des tombeaux asiatiques imitent apparemment des façades de maisons rupestres. L'idée ne fût pas venue de donner aux grottes sépulcrales l'aspect d'une habitation construite s'il n'eût existé vers le même temps ou à une époque un peu plus haute des maisons entièrement ou à demi souterraines. Ce genre d'habitation est d'ailleurs resté en usage dans toute la région pontique.
Il faut admettre, et M. Leonhard admet en effet, que le mégaron primitif a été dans bien des cas une salle souterraine, creusée au moins en partie dans le flanc d'un talus. Après le temple-caverne de Délos, les tombeaux rupestres de Paphlagonie mettent ce fait à peu près hors de doute.
III. V architecture européenne au Nord de l'Assyrie. Un temple de type grec au pays d' Ourartou.
Nous avons compris dans l'aire géographique du mégaron tout le Nord de l'Asie Mineure. Il y faut ajouter une région bien plus éloignée encore de la Grèce et qui, par sa situation, semblerait au premier abord dans la dépendance exclusive de la culture orientale. C'est le pays d'Ourartou. Les textes assyriens donnent ce nom à un royaume qui occupait la vallée de l'Araxe,, à l'Ouest de la mer Caspienne et au Sud-Est du Caucase. La même région est appelée Ararat dans les livres hébreux, et chez Hérodote pays des Alarodiensi. On n'y a pas encore découvert de ruines importantes et il y a peu d'espoir que des fouilles méthodiques y fassent bientôt apparaître des édifices comparables à ceux de la Mésopotamie. Mais à défaut de ce témoignage direct, l'art assyrien nous fournit un curieux et précieux renseignement sur son architecture disparue.
Une série de reliefs ninivites raconte par l'image la campagne victorieuse que conduisit Sargon à travers le pays d'Ourartou, dans la huitième année de son règne. Au premier coup d'oeil jeté sur ces sculptures, l'attention est fixée par un édifice d'un aspect inattendu, sans nul rapport avec ceux qu'on a coutume de voir représentés dans les paysages assyriens 2. C'est un temple ourartien, que l'artiste a figuré au moment où les soldats de Sargon le mettent au pillage. Une inscription nous fait savoir que la ville dont les maisons l'entourent s'appelait Mouzazir et qu'il était consacré au dieu Khaldi. On n'est pas médiocrement surpris de retrouver dans ce temple de Mouzazir la silhouette exacte et même la façade du naos grec. Sans doute une telle
I. A.-H. Sayce, The cuneif. inscript, of Van, dans Journ. of Asiatic Soc, XIV,
nouvelle série, p. 877 et suiv. ; Rawlinson, Herod., V, p. 2o3-6; Maspero,
Hist. anc. d. peuples de l'Orient, III, p. 108 et suiv. ; De Morgan, Les premières
'civilisations, p. ib'4 et suiv. ; iio3 et suiv. ; Miss, seientif. au Caucase, II, chap. V.
3. Botta, Monum. de Ninive, t. II, pi. i^o, ilxi ; Maspero, Ibid., III, p. 69 ; Perrot-Chipiez, II, p. ^409 et suiv., fîg. 190.
L EDIFICE IIYPOSTYLE
représentation ne peut donner qu'une idée douteuse du monument tout entier, surtout de son plan et de ses dispositions intérieures. Sans doute aussi l'on ne peut interroger comme un dessin d'architecte l'œuvre inhabile d'un sculpteur ninivite, qui certainement n'avait plus son modèle sous les yeux. Ce
FM
FiG. 55, Temple oiirartien figuré sur un relief de Ninive.
document néanmoins est d'un tel intérêt pour l'histoire de l'architecture qu'il faut l'examiner de très près fjlg. 55J.
Le temple de Mouzazir est vu de plein front. A droite et à gauche, sur un sol accidenté comme était tout le pays d'Ourartou, s'élèvent des maisonnettes carrées, à terrasses, pareilles à celles qu'on voit représentées sur bien des reliefs assyriens. L'édifice n'est pas construit au ras du sol, mais élevé sur une sorte de grand podium. 11 présente en façade six colonnes ou six piliers massifs, sans bases ni chapiteaux. L'entraxe est notablement plus grand entre les deux colonnes médianes qu'entre les autres. Les fûts sont cerclés à des hauteurs variables de bracelets épais, un peu comparables par leur profil aux tores des bases ioniques. Entre ces anneaux s'appliquent sur les colonnes des
LtS» FRONTIERES I7
boucliers, ou de grands objets circulaires qui en imitent la forme. Sur deux des colonnes de droite, ces boucliers sont figurés de profil et l'on voit saillir une tête de lion qui en orne le centre. Ce détail est à remarquer, car il indique que les fûts se détachent nettement du mur le long duquel ils s'alignent ; il s'agit bien d'une vraie colonnade, non pas de pilastres engagés. Le mur plein qu'on aperçoit entre ces supports se prolonge à droite et à gauche, jusqu'aux deux fûts extrêmes. Le temple est donc prostyle, sans ptéron sur les faces latérales. Sur ce mur se détachent encore, comme sur les colonnes du portique, des bandes horizontales et des boucliers. La porte de l'édifice s'ouvre au milieu de la façade et correspond à l'entraxe des deux colonnes médianes. La toiture dessine en élévation un grand triangle, pareil au tympan d'un fronton grec. A son sommet se dresse en guise d'acrotère un gigantesque fer de lance.
Tout l'espace triangulaire qui figure dans le relief la face antérieure du comble est rempli de hachures quadrillées. Il est impossible de savoir si le sculpteur a voulu représenter de la sorte un véritable fronton avec tympan vertical, ou bien le pan antérieur, incliné, d'une toiture à quatre versants. Autrement dit, il se peut agir soit d'un toit à deux pentes, identique à celui du temple grec, soit d'un comble en croupe, à quatre faces.
Sur ce toit marchent des soldats assyriens chargés des dépouilles du sanctuaire, notamment de grands boucliers coniques. On remarquera que l'un des soldats, le premier en commençant par la gauche, porte par la courroie intérieure un bouclier orné d'une tête de lion, semblable à ceux qui ornent deux des colonnes du prostyle. Ce détail suffit à prouver que les têtes de lion vues de profil ne sont pas, comme on l'a pensé, des figures sculptées dans les colonnes pour symboliser la puissance du dieu i.
Devant les deux colonnes médianes, se dressent deux statues d'hommes qui se font face. Derrière elles, s'élèvent deux longues piques, et l'on ne peut dire si les statues les tiennent en main, ou si ce sont des ornements appliqués sur la façade du temple, comme les mâts à oriflammes sur les pylônes égyptiens. A droite de l'entrée, sur le même plan que les deux statues symétriques, on distingue l'image, en ronde bosse semble-t-il,