‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 109 sur 218 · I. Perrot-Chipiez, II, p. 4if · texte numérisé non relu

I. Perrot-Chipiez, II, p. 4if

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d'un animal dont la tête est effacée et qui a sous son ventre un petit suspendu à sa tétine.

Résignons-nous à ignorer ce que le relief ninivite ne peut nous laisser voir, l'aspect latéral et la longueur du bâtiment, mais retenons de cet examen les faits qui sont hors de doute. Le temple ourartien est un naos prostyle, hexastyle, avec une porte unique sur son front. 11 est couronné d'un toit triangulaire, déversé sur les deux côtés; il ne comporte pas d'annexés et se dresse, isolé, sur son podium. On avouera que tous ces caractères sont ceux d'un édifice hellénique, bien plutôt que d'une construction orientale. Parmi les monuments assyriens dont nous connaissons les ruines ou l'image, aucun n'est même vaguement comparable au temple de Mouzazir.

Je m'étonne qu'après avoir noté, comme on ne pouvait manquer de le faire, cette ressemblance et cette dissemblance, on n'en ait pas tiré certaines conclusions fort légitimes, et d'un rare intérêt pour l'histoire de l'architecture, u Ce type, dit M. Perrot, est intéressant par l'analogie qu'il présente avec le temple grec, » mais ce n'est là pour ce savant qu'une rencontre fortuite, u Que le sculpteur, ajoute-t-il, ait voulu reproduire la forme particulière d'un temple ourartien, d'après les indications de ceux qui avaient fait la campagne, ou bien qu'il ait simplement copié un édifice assyrien, dont l'aspect lui était familier, ce type doit être rattaché à l'art de la Mésopotamie.» Les raisons qui sont ensuite invoquées à l'appui de cette opinion ne m'ont pas paru convaincantes, a Tout nous démontre, dit M. Perrot, que les habitants des contrées montagneuses situées au Nord et à l'Est de l'Assyrie n'ont pas eu une civilisation originale et un caractère tranché. De même que l'Ethiopie a tout pris à l'Egypte, les Mèdes et les Arméniens ont tiré de la Chaldée, par l'intermédiaire de T Assyrie, leur écriture et leur art. Tous les objets qu'on trouve autour du lac de Van ont une physionomie purement assyrienne et dans les vitrines de nos musées on n'hésite pas un instant à les ranger parmi les monuments assyriens. S'il y avait en Arménie des temples ainsi disposés, c'est qu'il en existait en Assyrie de tout semblables, qu'avaient imités de leur mieux les architectes de ces peuples à demi barbares. ))

11 est vrai que les menues trouvailles, armes et ustensiles de métal, récoltées en territoire ourartien n'ont pas toujours un caractère original. Mais cette constatation n'autorise pas à

conclure qu'il en allait de même pour l'art monumental. •L'exemple de la Grèce mycénienne nous a montré qu'un peuple peut être tributaire de son voisin dans le domaine des arts plastiques, de la peinture, de la décoration, de la petite industrie, sans renoncer le moins du monde à ses types de construction nationaux et héréditaires. L'architecture est de tous les arts celui que l'exotisme met le plus de temps à conquérir. Les Mycéniens au contact de la culture Cretoise n'ont jamais désappris à construire le mégaron. Ils lui ont donné pour décor des fresques, des sculptures, des colonnes de style Cretois, mais ils n'en ont modifié pour cela ni le plan, ni la structure. Vis-à-vis des Assyriens les tribus arméniennes de rOurartou étaient dans une situation analogue à celle des Grecs du Péloponnèse vis-à-vis des Cretois. Elles appartenaient à une autre race et représentaient en face d'une civilisation déjà très avancée, de caractère méridional, une culture encore primitive, d'origine européenne. Tandis que les sculpteurs et les forgerons ourartiens se perfectionnaient dans leur art par l'imitation des produits importés du Sud, les constructeurs pouvaient tout ignorer de l'architecture assyrienne et persévérer dans leurs méthodes traditionnelles.

Reste d'ailleurs à savoir si les produits de l'industrie ourartienne étaient si parfaitement conformes aux styles et aux types assyriens. Sans discuter longuement cette question, on peut signaler dans le relief qui nous occupe un indice du contraire. J'ai parlé de ces boucliers profonds et coniques, ornés d'une tête de lion en ronde bosse, qu'emportent les pillards^ ou qui sont fixés aux colonnes du temple. Jamais nous ne voyons de telles armes aux bras des soldats assyriens. Ne serait-ce pas là un modèle de bouclier propre aux guerriers d'Ourartou, une sorte d'insigne national aux yeux de leurs ennemis, comme le grand bouclier ovale des Galates? Le soin qu'a mis le sculpteur à en bien montrer l'épisème fait voir en tout cas qu'il attachait quelque importance à ce détail.

« Dans le temple, continue M. Perrot, nous reconnaissons à un trait caractéristique le goût et le faire de l'Assyrie. L'entrée était flanquée de grands lions pareils à ceux qui gardent l'entrée des sanctuaires de Nimroud. Le sculpteur (ceci est ajouté en note) pour aller plus vite n'en a indiqué qu'un, celui qui est à droite de la porte; l'autre est sous-entendu. » 11 me paraît difficile de faire entrer cet argument en ligne de compte. Ce qui est

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précisément singulier et contraire aux usages de la décoration assysienne, c'est que l'on voit ici non pas une paire d'animaux sculptés, mais une seule figure, sans pendant à l'autre côté de la porte. En expliquant l'absence d'une image symétrique par un oubli du sculpteur, ou par une sorte d'abréviation, on ne fait pas autre chose que postuler le caractère assyrien de l'édifice, lequel est précisément à démontrer. Enfin, il ne s'agit pas d'un lion, ni d'un taureau comme à Khorsabad, mais d'une femelle, probablement une vache, allaitant son petit; figure dont le sens était évidemment tout autre et qui ne pouvait jouer un rôle identique dans la décoration monumentale i.

Les deux raisons qu'on a fait valoir ne semblent donc pas suffisantes pour nous décider à reconnaître dans l'édifice de Mouzazir une variété de temple assyrien. Aussi bien, pour nous ranger à cet avis, il nous faudrait admettre que le bâtiment à toit pointu, à prostyle, à porte frontale, en un mot le mégaron, est un type architectonique commun aux Européens et aux peuples de l'Orient. Toutes nos observations précédentes vont à rencontre de celte thèse. En Assyrie spécialement, nous n'avons aperçu ni dans la maison, ni dans le temple, ni dans le palais, aucune affinité notable avec la construction hellénique. Les édicules avec deux colonnes in antis qu'on voit figurés sur certains reliefs rappellent à M. Perrot les façades des petits temples grecs 2. Mais nous savons que l'analogie réside uniquement dans le motif des deux colonnes soutenant le Unteau d'un large portail. Les édicules en question n'ont pas d'autre disposition qui les rapproche du mégaron. Ils supportent, au lieu d'un comble déversé, une lourde toiture horizontale à créneaux. Ce ne sont ni des habitations ni des temples, mais de simples tabernacles sans profondeur, pareils à ceux qui subsistent encore en Phénicie. Au lieu d'être toujours isolés comme le temple grec, ils sont parfois soudés à d'autres bâtisses. Ils n'ont pas plus de rapport avec le mégaron ou le naos in antis que la salle centrale du hilani syrien, laquelle présente un motif de façade à deux colonnes, assez analogue.

Le monument de Mouzazir, avec son comble triangulaire et

1. Ce qui ressemble le plus dans la sculpture antique au groupe de Mouzazir, ce ne sont pas les taureaux assyriens, mais le groupe bien connu d'une chèvre sauvage avec son chevreau, que figure un relief en faïence de Knossos (Springer-Michaelis, p. loi, fig. 222 ; Dussaud, Civil, préhellén., p. 49, fig.Si).

2. Perrot-Ghipiez, II, p. 1^2 et suiv.; Springer-Michaelis, p. 58, fig. 189.

son prostyle, demeure unique dans l'architecture assyrienne. Son cas serait fort embarrassant s'il s'agissait d'un temple élevé en pleine Mésopotamie, dans une des capitales comme Ninive ou Khorsabad. Mais l'inscription qui accompagne ce paysage sculpté nous donne la clef du problème et les singularités de l'édifice s'expliquent à souhait par sa nationalité étrangère. Sous peine de supposer l'art assyrien en possession de types monumentaux parfaitement disparates, et pour ainsi dire contradictoires, ce qui serait sans exemple dans l'histoire de l'architecture ancienne, il faut bien admettre que l'artiste nous a représenté un temple non pas ninivite, mais ourartien. Ce sculpteur se piquait de quelque exactitude; il savait que dans les montagnes, au Nord de son pays, des peuples d'une autre race que la sienne construisaient des édifices d'une autre forme. Il en a tenu compte en dessinant son bas-relief. Nous aurions tort de supposer les imagiers orientaux indifférents aux détails et au réalisme du paysage. En représentant ces scènes de bataille ils écrivaient les annales du royaume; ils étaient les historiographes du souverain. Ils se gardaient donc de négliger les particularités du costume, de l'armement, de l'architecture qui permettaient au spectateur d'identifier les personnages et de localiser les scènes. Qu'on se rappelle, à ce propos, la célèbre fresque égyptienne des Khefti, si souvent citée depuis les découvertes de Knossos. Les objets apportés en tribut par les Peuples de la Mer y étaient si exactement reproduits qu'on a tout de suite reconnu parmi eux des vases étrangers à l'industrie égyptienne et d'origine Cretoise. Qu'un sculpteur assyrien travaillant à Ninive ait connu, au moins dans ses grandes lignes, la forme du temple de Mouzazir, c'est un fait qui ne serait pas autrement remarquable. On peut imaginer, ou bien qu'il avait fait avec Sargon la campagne de rOurartou, ou bien qu'en lui traçant sa tâche les compagnons du roi lui avaient fourni d'après des souvenirs encore frais les quelques indications nécessaires.

La même question se pose d'ailleurs à propos de la fresque de Deir-el-Bahari qui raconte avec tant de détails pittoresques i l'expédition égyptienne au pays de l'encens. Le peintre qui a composé ces paysages exotiques, s'il n'avait pas fait lui-même le voyage du Pouanit, s'était du moins renseigné avec précision auprès des voyageurs. 11 a représenté des villages de huttes

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