‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 144 sur 218 · Fougères-Hulot, Sélinonte, p. 208 et suiv · texte numérisé non relu

Fougères-Hulot, Sélinonte, p. 208 et suiv

LA GREGE HELLEMSTIQUE

servant de docks sont elles-mêmes bâties sur le même plan que les grandes habitations.

Ce qui caractérise la maison à péristyle, c'est d'abord, mais ce n'est pas uniquement sa colonnade centrale. Il importe fort de remarquer qu'elle diffère aussi de la maison priénienne par la forme de ses chambres principales et par son système de toiture. Pour ce qui est du péristyle, on observera qu'il dessine presque toujours un carré parfait, là même où l'ensemble du logis couvre une aire irrégulicre, trapézoïdale (fig. 65). La

FiG. 05.

Plan de la maison du Trident, à Délos.

colonnade centrale est donc bien conçue comme un ensemble symétrique et rigoureusement ordonné. Sauf un cas unique où la dissymétrie est un perfectionnement apporté au modèle primitif, les colonnes sont toujours de mêmes dimensions et de même module sur les quatre faces i. En un mot, la présence de ce promenoir continu sur les quatre côtés de la cour ne semble pas résulter du fait qu'on a finalement réuni des appentis jadis distincts et de types divers, comme ceux qui entourent l'aulé du palais mycénien. Le péristyle est donné d'un seul coup, comme un tout dont les parties sont intimement liées, et comme un seul motif d'architecture.

Les chambres que l'on dispose autour de lui sont, ainsi qu'à Priène, de dimensions et de formes variables, mais constituent elles aussi un ensemble plus homogène. Aucune ne se détache nettement des autres, comme fait l'œcus-mégaron dans la maison priénienne à prostas, et ne supporte une toiture

I. Vitruv., VI, 7, i3 : « ...peristyla, in quibus pares sunt qualtuor porticus altitudinibus, aut una quae ad meridieni spectat excclsioribus columnis conslituitur, id autem peristylon quod unam altiorcm habet porticum, rhodiacum dicitUD). Un spécimen de ce péristyle rhodien semble avoir été retrouvé à Délos.

2^0 l'Édifice hypostyle

indépendante. Au dehors, le logis a l'apparence d'un massif compact, creusé d'une large cavité médiane qui est sa cour. Autre dissemblance: la chambre principale, celle qui par sa situation et ses dimensions correspond à l'œcus priénien, est toujours une salle plus large que profonde, ou pour le moins carrée. Elle se développe, non pas normalement, mais parallèlement à la colonnade qui la précède. Enfin, sur cette habitation qui comprend à l'ordinaire deux étages, repose une toiture plate. A Délos, il n'y a pas de doute que la très grande majorité des maisons ne fussent couronnées par une terrasse. Dans toute rétendue de la ville, on ne recueille des débris de tuiles qu'assez rarement. Sur beaucoup de points les maisons se pressent en si grand nombre les unes contre les autres, qu'il eût été impossible d'établir des toits à versants sur le vaste et complexe réseau des murs. Malgré les puits assez nombreux qu'on avait creusés dans maints quartiers de la ville, ou que possédaient les plus riches habitations, l'eau était rare à Délos et l'on ne laissait rien perdre de celle qui tombait sur les toits. Par des conduits dont les traces sont partout visibles, on la canalisait vers des citernes creusées sous le pavé des cours. Or, terrasse et citerne vont toujours de pair. Seul le toit plat permet de recueillir sans peine et sans pertes l'eau des pluies qu'on veut mettre en réserve pour les mois d'été.

On s'est demandé quel rapport il pouvait y avoir entre la maison à prostas et la maison à péristyle. A vrai dire il n'y en a aucun, sinon que l'une et l'autre comprennent, comme toute habitation un peu spacieuse, des chambres, une colonnade et une cour. M. Jardé incline à croire que le type à péristyle dérive du type à prostas i, et il cite à l'appui de cette opinion le cas d'une maison de Priène où, par un remaniement du plan primitif, on a fait disparaître la façade in antis de l'œcus et bordé d'une colonnade continue les quatre côtés de la cour 2. Ce fait, d'ailleurs isolé, me semble un bien faible indice. Nous pouvons aujourd'hui, dans un édifice, remplacer par exemple un comble à pignon par une voûte en berceau. Il n'en faudra pas déduire que le second type de couverture dérive du premier. L'exemple de la maison citée autorise seulement à croire que la mode architecturale évoluait dans les villes d'Asie Mineure et que le péristyle, d'abord inconnu à Priène, y obtint

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