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VI. Autres monuments du type oriental en pays grec

Le goût orientalisant, qui s'affirme à Délos dans de nombreuses constructions, a laissé sur d'autres points des traces isolées. Sans quitter les îles de l'Archipel, on peut visiter à Théra un édicule de pur type oriental: c'est le petit temple de

FiG. 67.

Plan du bouleutérion de Notion.

Théa Basiléia, jadis pris à tort pour un hérooni. Rien ne rappelle en lui le sékos grec, si ce n'est le petit fronton qui surmonte la porte d'entrée. Le bâtiment porte une toiture plate, n'a de porte qu'à son grand côté et dessine en plan un rectangle un peu moins profond que large. 11 rappelle fort certaines chapelles égyptiennes ; et il est aussi la copie exacte du tombeau monolithe de Siloé. Ce qu'on peut se demander, c'est s'il faut voir en lui une survivance plutôt qu'une nouveauté. Aux temps préhistoriques, Théra était comprise dans le domaine de l'architecture Cretoise, et l'on y bâtissait d'une tout autre manière que sur le continent grec. Il se peut que les types orientaux de l'époque primitive aient survécu ici, comme ils ont fait parfois en Crète, à l'occupation hellénique et à la diffusion de l'art

1. Hiller von Gârtringen, Thera, I, p. 3o6 et suiv. ; Vidal de la Blache, Rev. archéoL, 1870, II, p. 286 ; G. Fougères, La Grèce (Guide Jeanne, 1910), p. 5o3.

LA GRECE HELLENISTIQUE

septentrional . La mode alexandrine n'aurait fait que leur rendre plus de faveur, sans qu'ils soient jamais tombés dans l'oubli.

En Asie Mineure il faut mentionner le bouleutérion de Notion ffig. 67J^ et Tekklésiastérion de Priène (fig. 68)^, deux monuments du second siècle où a été transportée telle quelle l'ordonnance de l'oikos périptère égyptien. Le parti est exactement le même que dans le symposion-skéné de Ptolémée II ; mais très ingénieusement on l'a su adapter à une destination différente. On a compris que cette colonnade intérieure à trois

FiG. 68.

Plan de l'ekklésiastérion de Priène.

faces cadrait parfaitement avec le plan d'une salle d'assemblée. Les trois rangées de supports se sont placées sur les trois côtés du bâtiment auxquels s'adossent les gradins ; le quatrième côté, occupé par la tribune, n'est masqué par aucun fût de colonne. Ce parti, tout nouveau en pays grec, est évidemment préférable au plan à trois nefs du Phokikon, au plan quadrillé du télestérion d'Eleusis, et à la colonnade rayonnante du Thersilion.

1 . On peut se demander s'il n'y avait pas dans telle maison hellénistique de Théra, une réplique de la salle Cretoise ouverte sur deux côtés consécutifs. Thera, 1, p. i84, fig. 198 (quartier situé au-dessus de la Basiliké stoa, maison A).

2. Athen. Mitteil., 188G, p. 422 et suiv. (Schuchhardt). Etant données ses vastes dimensions, il est très probable que le quadrilatère central, dans l'édifice de Notion, était hypèthre, ce qui n'empêche point qu'il s'agisse ici du même type architectonique que dans l'ekklésiastérion de Priène, lequel

, était complètement couvert.

3. VViegand-Schrader, Priène, p. 219 et suiv,; Durm, Bauk. d. Griechen, p. 5o8, fig. 450 .

26o l'édifice hypostyle

Il réduit au minimum le nombre des supports et met leur disposition en exacte correspondance avec le tracé des gradins. Une colonnade ainsi ordonnée ne pouvait guère s'accommoder d'une toiture grecque à deux pentes. Le toit à quatre pentes est écrit dans son plan.

L'architecte qui construisait vers le même temps le bouleutérion de Milet i s'est décidé pour un parti hybride, à coup sûr bien moins heureux. Il a élevé au-dessus d'un hémicycle de gradins un bâtiment oblong, à deux frontons. Mais ce bâtiment ayant pour façade un de ses longs côtés (celui qui s'oppose aux gradins), les deux frontons sont placés sur les deux faces latérales. Quant aux colonnes intérieures, elles sont au nombre de quatre, et disposées sur deux files parallèles. Deux d'entre elles encadraient la tribune ; les deux autres s'élevaient au milieu de l'amphithéâtre. Il n'y a plus ici nul rapport entre l'emplacement des colonnes et celui des gradins. Ce n'est plus le plan à trois nefs du Phokikon ; et ce n'est pas non plus le système périptère égyptien.

Dans la Grèce propre^ enfin, on connaît un édifice à péristasis intérieure, pareil à l'œcus alexandrin : celui dont M. Legrand a dégagé les ruines à Trézène, et dans lequel M. Studniczka a reconnu un hestiatorlon ^ .

On remarquera que la Grèce des Diadoques emprunte à l'Orient, plus spécialement à l'Egypte, des plans de construction^ non pas des thèmes de décoration monumentale. L'art égyptien et l'art hellénique opèrent encore le même échange, se combinent de la même manière que sur les bords du Nil. L'Egypte donne la forme de l'édifice ; la Grèce lui prête ses ordres et sa décoration sculptée. La salle hypostyle de Délos est un hall égyptien où les colonnes doriques et ioniques ont remplacé les fûts et les chapiteaux lotiformes.

Dans l'état présent des trouvailles, on peut douter que toutes les écoles locales de constructeurs aient fait en Grèce le même accueil à la mode orientalisante. Hormis l'œcus de Trézène, toutes

1. H. Knackfuss, Das Rathaus v. Milet, Berlin, 1908; Durm, Ibid., p. 5o8 et suiv., fig. 'i58, hç)li.

2. Bull. corr. helL, 1898, p. 5/i3 et suiv., pi. Xlll; 1900, p. 292 : 1906, p. 02 et suiv.

les ruines citées plus haut sont situées en Asie ou dans l'Archipel. Apparemment les villes de la Grèce continentale restèrent plus longtemps fidèles à la pure tradition hellénique. Les types monumentaux venus d'Orient eurent quelque peine à s'y faire admettre ; mais leur diffusion vers l'Ouest du monde méditerranéen n'en fut nullement entravée. Dès la même époque où la Grèce leur était partiellement conquise, on les importait en Italie et ils y trouvaient pour s'acclimater un sol bien plus propice. La salle hypostyle de Délos rappelle des constructions égyptiennes, mais elle annonce aussi, et non moins exactement, certaines basiliques romaines. Elle marque ainsi l'étape intermédiaire sur la route que suivent les influences égyptiennes en s'acheminant vers l'Italie.

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