Cf. ci-dessous, p. l^^J, fîgf. i
2. Bull. corr. helL, 1894, p. 298; Noack, Homer. Paluste, p. 220.
3. Koldewey j Neandria, 5i Berl. WincJselmanns Progr., p. 28; Durm, Bauk. d. Griechen, 3' éd., p. /i25, fig. 388 d.
'a. Gh. Picard, dans Comptes rendus d. Acad. d. Inscr., 1912, p. 212 et suiv.
24 l'édifice hypostyle
une portée plus générale. Ce mot, d'origine orientales qu'IIésychius traduit encore « maison souterraine 2» désigne spécialement à l'époque classique les temples de Déméter.Mais dans Hérodote il s'applique indifféremment aux temples de tous les dieux 3. Et plus anciennement encore, chez Homère, il s'entend de la salle principale du logis. Le mot et la chose n'ont pris qu'à la longue un usage restreint et un caractère religieux. L'édificecaverne appelé mégaron finit par être un temple, mais commence par être tout simplement la maison^.
Dans un livre récent sur l'origine du temple grec, M. Muchau soutient par contre une thèse qui a le tort d'être beaucoup trop générale^. Selon lui, tous les types primitifs de construction auraient pour modèle l'abri rupestre. La cabane exactement circulaire serait l'image bâtie d'une caverne ronde. Les objections à cette théorie se présentent d'elles-mêmes. Du moment que la cabane circulaire offre une forme géométrique régulière, suggérée par une tendance instinctive, elle ne suppose aucune expérience préalable et n'a besoin d'aucun modèle.
La hutte en coupole est commune à toutes les races dans l'enfance et même à celles que les conditions du climat ou la nature du sol détournent du troglodytisme. Les animaux qui bâtissent des nids circulaires ne sont pas non plus d'anciens troglodytes. Il ressort de leur exemple que cette manière de bâtir est un fait de la nature qui échappe à l'analyse et qui doit se passer d'explication. M. Muchau observe que les tombes souterraines des Mycéniens ont la forme ronde. Mais il est trop évident que ces tombes empruntent leur forme à des bâtiments construits à l'air libre. C'est uniquement en tant que sépultures qu'elles ont été enfouies sous la terre. 11 existe aussi des caveaux funéraires mycéniens dont le plafond reproduit l'aspect d'une charpente à deux versants. On n'en conclura point que
1. Sur l'étymologie de jj.£yapov, cf. Lewy, Fremdwôrt, p. gS etsiiiv.; l'origine sémitique est contestée sans raisons suffisantes par Boisacq (Dict. étym., s. v.), qui suppose deux racines distinctes pour le mot homérique et pour l'attique Ta [xéyapa (Arist., Ach., 747, 7<J/i), gouff're, caverne, le second étant certainement sémitique. Il va de soi que l'origine orientale du mot n'indique point celle de la chose. Cf. aussi Muss-Arnolt, Semit.Words in greek, p. 70.
2. Hesych. s. v. ij.iyxpy.: xàç -/.aTwysiov; o'.y.-^^aci; v.oti pâpa6pa.
3. Herod., II, 169; I,' 47, 65; V, 72 ; VIll, 53; cf. Fougères, Ibid., p. 27G.
4. Conformément à l'étymologie, nous réserverons ici le terme mégaron pour la maison grecque primitive, image de la caverne, et pour le bâtiment central du palais mycénien qui en procède. On évitera d'appliquer le même nom à la maison crétoise, qui est essentiellement différente du logis grec.
5. H. Muchau, Pfahlhausbau und Griechentempel, p. )46 et suiv.
LE MÉGARON PRÉMYGÉNIE^ 2 5
les logis rupestres primitifs avaient des plafonds boisés. Les grandes tholoi royales sont des maisons rondes, agrandies, qu'on a rendues souterraines pour en faire des tombeaux. Ce n'est plus ici l'habitation qui imite la caverne, mais, par un retour d'influence, la caverne qui imite l'habitation. Dans l'histoire du logis humain, la hutte ronde est un fait primitif, un point de départ. 11 est exact que les troglodytes devenus bâtisseurs n'ont pas toujours perdu la mémoire de leur ancien logis rupestre. Mais ce n'est pas la cabane circulaire qui nous en donne la preuve. C'est cette autre forme d'abri, également ancienne, que nous avons étudiée plus haut et que nous appelons la cabane absidiale.
Ajoutons que M. Muchau se donne beaucoup trop de peine pour démontrer un fait incontesté : la fréquence du troglodytisme dans la Grèce primitive '. On y peut trouver des allusions dans maintes légendes et maintes traditions religieuses. Aussi bien cette coutume est-elle la loi de tous les peuples habitant sous d'autres climats que les climats tropicaux. La caverne de Choirospilia, que M. Dôrpfeld a fouillée à Leukas, près du village d'Eugyros, paraît bien avoir servi d'habitation et non de sanctuaire^. Le très grand nombre des temples rupestres est d'ailleurs une autre preuve en faveur du troglodytisme^. La grotte a pu devenir la maison du dieu parce qu'elle avait d'abord été la maison des mortels. La légende du Cyclope témoigne aussi qu'à l'époque historique on conservait encore le souvenir assez précis de races incultes qui avaient habité les cavernes^. Peut-être faudrait-il faire remonter jusqu'à la même origine la tradition suivant laquelle on adorait le serpent comme le protecteur du logis. Le serpent ne se montre pas partout où l'homme pose la pierre de son foyer. 11 est surtout l'habitant du rocher, le premier occupant de la caverne, qu'il a fallu déloger ou se concilier pour y éUre domicile. Enfm dans l'antiquité, aussi bien les poètes, comme Ovide 5, que les théoriciens de l'art,