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remment pourquoi. D'une part, les spécialistes de l'art chrétien ont trop souvent le tort de limiter leurs recherches aux seuls monuments de l'époque chrétienne, sans remonter aux causes lointaines qui en déterminent les caractères depuis les origines mêmes de l'art antique. Ils penchent à considérer l'architecture chrétienne comme un art autonome, sans attaches avec le passé, qui se développerait par son propre effort, comme avait pu faire jadis l'architecture primitive de la Grèce. On doit à M. von Sybel d'avoir dénoncé cette grave erreur de principe, par laquelle tant de conclusions peuvent être faussées. Nous aurons à insister sur ce point à propos de la théorie de Dehio. L'art appelé chrétien n'est somme toute que l'art romain impérial au service de la religion et de la société chrétiennes. A ce titre, on ne peut l'isoler de l'art profane son contemporain, ni l'étudier sans tenir compte de sa longue ascendance. Une connaissance plus précise de la genèse des types monumentaux en Grèce, en Orient et à Rome, eût évité bien des méprises aux historiens de l'église constantinienne, et débarrassé notre bibliographie de plusieurs hypothèses aussi ingénieuses qu'inutiles.
Une autre cause d'erreur vient du désir, qui perce chez plusieurs, de mettre en lumière le génie inventif et créateur du christianisme. De là une tendance à contester plus ou moins l'imitation des œuvres profanes. Cette tendance étonne d'autant plus qu'au moins dans le domaine de l'architecture l'heureuse impulsion donnée à l'art par le triomphe du christianisme est unanimement reconnue. Peu importe que les premières églises se rattachent même étroitement à des modèles profanes; il restera toujours vrai que le règne de Constantin, où surgissent d'un seul coup des centaines de grandes basiliques, marque un glorieux moment dans l'histoire de l'art monumental. Aussi bien, les plus beaux ouvrages de l'architecture ne sont-ils pas ceux qu'on peut considérer comme de pures créations. La beauté et l'importance historique du temple dorique ne sont nullement diminuées parce qu'il dérive du mégaron mycénien.
Le problème de la basilique chrétienne a parfois été mal posé ; parfois traité avec des idées préconçues; souvent, après une étude insuffisante et un classement défectueux des monuments similaires de l'architecture païenne. Si nous osons l'aborder ici, après tant d'autres, et le résoudre en très peu de pages, c'est que toutes nos recherches précédentes nous ont mis sur le chemin de sa solution. Grâce à l'étude qu'on a faite des basi-
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liques civiles, nous sommes maintenant en mesure de dire d'où vient le type de l'église chrétienne et nous nous expliquerons aussi pourquoi la question, en réalité fort simple, s'est trouvée obscurcie dès le début. Ajoutons que des découvertes encore récentes, comme celle du Bacchéion d'Athènes et du sanctuaire du Janicule, ont apporté au débat des faits nouveaux d'une importance décisive.
I. Les caractères de la basilique chrétienne latine. Uniformité des monuments.
Les édifices chrétiens qu'on englobe sous le nom de basiliques latines, sont tous conçus d'après un modèle invariable et se prêtent à une très précise définition i. En voici les caractères essentiels : ce sont des salles rectangulaires, beaucoup plus profondes que larges ; l'entrée principale occupe l'un des petits côtés; deux rangées de colonnes courent à l'intérieur dans le sens du grand axes; le vaisseau central, dont la toiture est surélevée, se prolonge en arrière par une grande niche, habituellement circulaire, qu'on nomme le presbytérium.
A ces éléments permanents-^ s'en ajoutent quelques autres qui ont un caractère facultatif: l'atrium, grande cour péristyle construite devant l'édifice; le pronaos à colonnes, appelé narthex, qui s'intercale entre la façade et les trois vaisseaux; les deux chambres rectangulaires symétriques (TraaTOçopsTa), ou les deux absides secondaires qui flanquent la niche principale, dans le prolongement des bas-côtés ; enfin le transept, vaisseau transversal qui s'interpose parfois entre l'extrémité des trois
1. Ils comprennent en somme toutes les églises chrétiennes des premiers siècles, moins celles du type oriental de Voctogone et moins les cellae memoriae sur plan tréllé, qui constituent deux groupes à part. La cella sur plan tréflé a certainement pour prototype une chapelle funéraire souterraine, avec trois niches pour des tombeaux.
2. Les basiliques à quatre rangées de colonnes et à cinq nefs (Saint-Pierre du Vatican, Saint-Paul hors-les-Murs, église de la Nativité à Bethléem, etc.) ne forment pas une catégorie distincte. Le dédoublement des bas-côtés est un fait secondaire qui ne modifie en rien le caractère du type basilical.
3. 11 va sans dire qu'il exista toujours des églises peu spacieuses où faisaient défaut la colonnade intérieure et le lanterneau (cf. von Sybel, Christliche Anlilte, 11, p. 27(1 et fig. 83, petite basilique figurée sur un sarcophage du ivp siècle). INous considérons ici la basilique latine sous sa forme normale et développée, laquelle comporte toujours trois nefs ot doux étages de toiture.
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nefs et l'abside et qui déborde à l'extérieur sur les murs latéraux'. Parmi ces éléments facultatifs seul le transept apparaît comme une nouveauté et comme spécial aux édifices chrétiens.
On nous dispensera de passer en revue tous les monuments conservés, et surtout les vieilles basiliques de Rome, dont l'aspect est assez connue. Il suffira de rappeler, en citant des exemples, que des églises du même type étaient construites vers le même temps en Grèce, en Orient, en Afrique. A Athènes la petite basilique du Lycabète est un bon spécimen du plan normal avec abside et double colonnade^. L'église aménagée à Olympie, dans les ruines du soi-disant atelier de Phidias, possède en outre un large narthex; mais en revanche, par une disposition fort rare, elle n'a point d'abside à l'extrémité de son grand vaisseau^. On notera que le transept reste inconnu en Grèce pendant toute la période ancienne du christianisme.
En Syrie 5, l'abside est souvent flanquée de ces deux sacristies déjà mentionnées, qui la rendent invisible au dehors 6. Un portique a colonnes précède parfois la façade; derrière celle-ci s'intercale un pronaos composé d'une ou de plusieurs chambres. Rarement apparaît Tatrium, plus rarement encore le transept. Gomme singularité locale il faut signaler le vieux motif syrien du porche encadré de deux tours. Le manque de bois de charpente dans la région du Haouran n'apporte aucun
1. Sur le schéma de la basilique latine et l'usage de ses diverses parties, cf. surtout Holtzinger, Altchristl. Baukunst, 3° éd., 1909, p. 26 et suiv., H. Leclercq, dans le Dictionnaire d'archéologie et de liturgie, s. v. Basilica; col, 58/i et suiv. ; von Sybel, Ibid., Il, p. 290 et suiv,
2. Un inventaire complet des basiliques a été dressé en 1907 par D. H. Leclercq, dans son Manuel d'archéologie chrétienne, I, p. A3/j et suiv. On trouvera aussi un examen rapide des principaux monuments dans von Sybel, 76td., Il, p. 281 et suiv., p. 820 et suiv. ; pour les basiliques de Rome, cf. surtout Holtzinger, Ibid., p. 3o et suiv.; R. Lemaire, L'origine de la basilique, Bruxelles, 191 1, p. 7 et suiv.
3. Néroutsos, dans As/Ttov -r^ç i(7ropixr,(; xai èôvoXoyixriÇ ixâtpîaç, 1889, p. 19 et suiv.; Strzygowski, Hôm. Qaartalschrift, 1890, p. 3, pi, i.
4. Olympia, 11, p, 95, pi. 68-70; Strzygowski, Ibid., p. 7, pi. 2; Holtzinger, Ibid., p. 1 10.
5. Pour l'ensemble des monuments syriens, c'est encore l'ouvrage de de Vogiié, Syrie centrale, Paris, \S6ù, qui sert de base à toutes les recherches; cf. aussi H. C. Butler, Architecture and other arts, New-York, 190/1; et le chapitre abondamment illustré de Holtzinger, Ibid., p. 11/4.
G. Le modèle de cette disposition semble bien devoir être cherché dans des constructions païennes de Syrie. 11 se trouve déjà très exactement dans le ïychaion de Is-Sanamen, construit en 192 ap. J,-C. Cf. Hev. archéoL, 1907, I, p. /ii3 et suiv. (H. C. Butler), cf. ci-dessus, p. 288.
changement notable à la forme de la basilique chrétienne. C'est la technique indigène qui s'adapte au type architectural, et non celui-ci à la technique i .
Les mêmes remarques valent pour l'Asie Mineure, où la liste des monuments conservés s'est considérablement augmentée depuis les recherches de M. Growfoot, de Miss G.-L. Bell et de M. Hans Rott». L'abside est partout de règle; des niches moins spacieuses s'ouvrent fréquemment à l'extrémité des nefs latérales. Les exemples du transept et de l'atrium sont beaucoup plus rares qu'en Italie. C'est à la voûte en berceau qu'on a le plus souvent recours pour couvrir les nefs.
Les basiliques africaines ont été étudiées dans leur ensemble par M. Gsell3. J'emprunte à son livre sur les monuments antiques de l'Algérie la liste des dispositions architecturales qui les distinguent: i° absence de transept^; 2° extrême rareté de l'atrium; 3° addition fréquente d'un vestibule fermé (narthex) sur le front du bâtiment ; 4° l'abside semi-circulaire est souvent inscrite entre trois murs droits; souvent aussi, elle prend la forme d'une simple niche carrée; ô*' presque toujours elle est encadrée par les deux TrasTsçopsta.
Cette comparaison des églises romaines, orientales et africaines met en évidence un fait sur lequel il convient d'insister parce qu'il est fréquemment méconnu. C'est que ni le transept ni l'atrium ne sont des parties essentielles, indispensables de la basilique chrétienne. On s'y est trompé pour avoir considéré de
1. Quelques églises syriennes du iv' et du v* siècles, au lieu d'une porte unique sur le front, ont deux portes dans le mur latéral du Sud (Butler, Archit. and other arts, p. 92, g3, io3, i3i, 187, 199; Amer. Journ. oj archaeoL, 1908, p. 77 (Frotingham) ; Leclercq, dans Dict. d'archéol. et de liturgie, s. v. Basilica, col. 548 et suiv.). Ce déplacement de l'entrée principale, et par suite du côté jouant le rôle de façade, est sans doute une concession au goût oriental. Les architectes syriens ont adopté le type occidental et grec de la basilique oblongue, avec abside, mais en ouvrant des portes sur son long côté ils en ont fait un édifice à large front. M. Frotingham et D. Leclercq ont certainement tort de voir dans ce plan syrien exceptionnel un type très ancien de basilique autrefois répandu dans toute la chrétienté.
2. Cf. von Sybel, Ibid., II, p. 821 et suiv., pour l'ensemble des monuments. L'inventaire de D. Leclercq est à compléter avec les travaux de Strzygowski, Kleinasien (explorations de Growfoot et von Smirnow); G. L. Bell,/?eu. archéoL^ 1906, I, p. I et suiv.; II, p. 7 et suiv.; 1907, 1, p. 18 et suiv.; Hans Rott, Kleinasiatische Denkmàler, 1908 (J. Fickers Studien Uber christl. Denhm., V-VI).
3. Gsell, Monum. ant. de VAlgérie, observations générales, II, p. 1/19. Cf. aussi, pour la Tunisie, Kraus, Geschichte der christl, Kiinst, I, p. 274 et suiv. ; Holtzinger, Ibid., p. 1 10 et suiv.
4. Sur les exceptions à cette règle, cf. Massigli, dans Mélanges d'archéol. et d'hist.^ Ï912, p. 3 et suiv.
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préférence les vieilles églises de Rome et non l'ensemble des monuments conservés. Ce qui caractérise avant tout la basilique latine, c'est la salle oblongue partagée en trois longs vaisseaux, le portail et l'abside placés sur le grand axe. Il faut ensuite citer, sinon comme des traits constants, du moins comme des additions fréquentes, le narthex et le portique extérieur précédant la façade. Le transept et l'atrium ne viennent qu'en dernier lieu, parmi les éléments facultatifs de l'édifice. Ils n'entrent pas dans la définition la plus générale, dans le schéma de la basilique chrétienne.