‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 196 sur 218 · Rev. archéol., 1906, II, p. 8, i · texte numérisé non relu

Rev. archéol., 1906, II, p. 8, i

3. Holtzinger, Ibid., p. ii(), fig. 1/17 (Tourmanin); p. 117, fig. i5o (Kalb- Luseh).

4. Kraus, Ibid., I, p. •Î76 (basilique chrétienne de Hidra en Tunisie); Tliera, I, p. 255; des églises Cretoises de même plan non encore étudiées m'ont été signalées par M. Millet.

LA BASILIQUE GHRÉTIEN>E 32 1

L'édifice s'éleva dans les dernières années du m* siècle, ou les premiers temps du Iv^ Nous avons donc en lui une église païenne, datant précisément de l'époque où l'art monumental chrétien cherche et choisit sa voie. C'est en effet au m' siècle, dans la trêve plus ou moins longue qui précéda l'édit de Milan, que dut se préciser le type de la basilique latine, lequel se montre au iv° siècle définitivement arrêté.

Entre les monuments qu'on vient de voir et la basilique chrétienne, la ressemblance saute aux yeux. Pour être un peu moins frappante, elle n'est pas moins réelle entre celle-ci et le mithraeum. Dans sa forme normale le mithraeum ne comprend qu'une chambre, développée en profondeur, avec une niche dans son mur de fond. La colonnade intérieure y fait défaut pour des raisons qu'on aperçoit aisément. Le sanctuaire de Mithra, presque toujours souterrain, toujours peu spacieux, n'a pas besoin de soutenir par des colonnes la faible portée de son plafond. La règle n'est cependant pas absolue et dans un des plus beaux mithraeums découverts jusqu'à ce jour, celui de PetronnelP, se dressait, en avant, une triple arcade posée sur deux piliers. Le plan à trois nefs n'était pas développé ici dans toute la longueur de la salle, mais seulement indiqué par ce portail à trois baies. C'est ainsi que dans le naos grec de petites dimensions, la maison de Thétis peinte sur le vase François, ou le mégaron des maisons de Priène, la double colonnade intérieure est supprimée comme inutile, mais non les deux colonnes in antis qui l'annonçaient dans l'ordonnance de la façade. On voit clairement que si le mithraeum élargi devenait hypostyle, il comporterait deux files de supports.

D'ailleurs, en l'absence même de toute colonne, il rappelle encore l'édifice à trois nefs, à cause de ses deux podiums latéraux. Ces plates-formes, que sépare un espace médian en contre-bas, jouent le même rôle que les bas-côtés dans la basilique chrétienne. C'est là que se groupent les assistants pendant la cérémonie, tandis que la travée centrale reste réservée aux ministres du culte. La niche, creusée dans le mur postérieur, est, comme dans l'église primitive, un élément presque indispensable : elle abrite l'image sculptée du dieu immolant le taureau. Les deux podiums, arrêtés à quelque distance du front, déhmitent en avant de la salle une sorte de vestibule

1. Cumont, Textes et ,\[onurnents relatifs au culte de Mithra, II, p. '192.

L EDIFICE IIYPOSTÏLE

comparable au narthex. En un mot, le mithraeum normal ressemble à une petite basilique latine dont on aurait supprimé la colonnade et relevé le sol dans les deux bas-côtés > .

On a plus d'une fois supposé que dans leurs premières basiliques les chrétiens avaient reproduit les dispositions des synagogues juives 2. Cette hypothèse, dont on n'a d'ailleurs jamais fourni aucune preuve, ne peut être acceptée sans restrictions, étant donné qu'il n'y a jamais eu de type très défini, officiel, pour cette catégorie d'édifices. Nous connaissons aujourd'hui plusieurs synagogues antiques, nettement désignées comme telles ; aucune n'est exactement comparable à une église chrétienne. Il reste cependant fort possible que les Juifs aient parfois élevé leurs salles de réunion et de prières sur le même modèle que les basiliques du type B. Une découverte faite à Priène tendrait à le prouver. Non loin du Théâtre, les fouilles allemandes ont dégagé un bâtiment de date tardive, composé d'une salle rectangulaire, un peu plus large que longue, avec double file de colonnes intérieures, et d'une niche carrée dans l'axe du vaisseau central 3. Un bas-relief qu'on y a recueilli apparemment in situ représente le chandelier sacré à sept branches ^. Malgré cette importante trouvaille, M. Wiegand veut faire de cette salle une église chrétienne, précisément à cause de la division en trois vaisseaux et de la niche postérieure. C'est supposer que ce plan appartient en propre aux édifices chrétiens ; or le Bacchéion d'Athènes et le temple syrien du Janicule nous ont fourni la preuve du contraire. Le cas de la maison sacrée de Priène n'est pas encore éclairci et l'on peut se demander si ses ruines ne sont point celles d'une synagogue.

Les monuments romains du type B, avec abside, front étroit et triple vaisseau, comprennent donc, en outre des basiliques civiles et privées, des églises, au sens primitif du mot, c'est-àdire des salles pour réunions religieuses. On construisait sur ce modèle des églises dionysiaques, des églises syriennes, mithria-

1 . Cf., entre beaucoup d'autres monuments, le mithraeum retrouvé à Rome sous Saint-Clément (Cumont, Ibid., p. 20^), et ceux d'Heddernheim (Ibid., p. 362 et 370).

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