Cf. ci-dessous, p. 33i
3. Wiegand-Schrader, Priène, p. 48o et suiv., fîg. 585 (Haus-Kirche in der Westthorstrasse) ; von Sybel, Ibid., Il, p. 285. Ce savant a contesté qu'il s'agît d'un édifice chrétien.
li, Wiegand-Schrader, Ibid., fii?. 586.
LA BAS[LIQUE CHRÉTIENNE SaS
ques et juives. Il faut sans nul doute tenir compte de ce fait quand on écrit l'histoire des premiers édifices chrétiens. Les conditions du nouveau culte ne réclamaient pas un temple proprement dit, mais une salle d'assemblée. Les cérémonies publiques se déroulaient dans une forme analogue à celle de ces religions orientales dont les adeptes voisinaient dans toutes les provinces de l'Empire avec les chrétiens. Les fidèles étaient tenus de se réunir dans un lieu clos pour assister à la liturgie et entendre la prédication. Pendant les premiers siècles, après leur expulsion des synagogues, ils se donnèrent rendez-vous dans des maisons particulières. Mais le besoin devait bientôt se faire sentir d'un édifice plus vaste, spécialement affecté à sa fonction d'église. Car bien peu d'habitations comprenaient des locaux couverts capables d'abriter tous les membres d'une communauté. Les architectes du ii° ou du in* siècle auxquels on commanda les premières basiliques, les prêtres qui en fixèrent les dispositions connaissaient ces églises des confréries païennes. Ils savaient déjà qu'une salle oblongue à triple vaisseau se prêtait pour le mieux à l'exercice d'un culte public.
Enfin, le nom même de basilique semble bien avoir été pris par les chrétiens, non pas aux grandes constructions des forums, mais plutôt à des lieux de culte païens. C'est ce qu'autorise à penser une trouvaille faite à Rome sur le Gœlius ' . Dans les ruines d'une bâtisse incomplètement déblayée, dont on n'a reconnu jusqu'ici que l'atrium, se lit cette inscription, encore in situ : « Intrantibus hic deos propitios et Basilicae Hilarianae «. Une autre formule, gravée sur le socle d'une statue, nous apprend que cette Basilique Hilarienne avait été consacrée à Attis et à la Mère des dieux par le collège des Dendrophores. La paléographie de la dédicace et le style des sculptures retrouvées classent le monument parmi ceux du second siècle après J.-C. Un texte talmudique déjà cités nous a montré que les Juifs donnaient parfois le même nom de basiliques à leurs synagogues. 11 est donc certain que les églises chrétiennes n'ont pas été les premiers édilices religieux ainsi désignés-^.
1. Notizie d. scavi, 1889, p. 898 et suiv. ; 1890, p. 79, 1 13 ; Bull. comm.. 1889, p. 483; 1890, p. 18 et suiv. ; Rom. Mitteil., 1890, p. 109 et suiv.
2. Schwab, Talmud de Jérusalem, vi, p. 42; Hamburger, dans Real-Encycl. f. Hibel u. Talmud, s. v. Alexandrien.
3. Sur les premiers exemples du mot basilica appliqué à une église chrétienne, cf. Leclercq, dans le Dict. d'archéol. et de liturgie, s. v., col. 543 et von Sybel, Ibid., Il, p. 280. Cet emploi du mot n'apparaît pas avant la célèbre
324 l'édifice hypostyle
Pour résumer ce qui précède, voici les deux faits que nous croyons avoir mis en évidence et qui semblent propres à éclairer les origines de l'architecture constantinienne :
1" Le plan de la basilique latine n'est pas une création de l'art chrétien. Il se trouve déjà, trait pour trait, non pas dans la basilique civile en général, laquelle n'est pas d'un modèle uniforme, mais dans ce type de basilique civile que nous avons appelé grec et qui s'oppose au type oriental.
2° En outre des basiliques civiles publiques ou privées construites sur ce plan, il existait des salles toutes pareilles auxquelles on donnait aussi le nom de hasilicay et qui servaient aux réunions religieuses des confréries païennes. Ce sont elles qui ont dû suggérer aux chrétiens la forme et le nom de leurs premières églises.
IV. Les théories relatives à l'origine de la basilique latine.
Nous avons réservé pour ces dernières pages l'examen des théories, car la critique en sera rendue plus facile, après l'exposé de notre point de vue personnel et des faits en partie nouveaux qui le justifient. Il n'y a d'ailleurs pas lieu de dresser ici une bibliographie complète de la question. Ce travail a été fait par 0. Mothes en i865 ' , par Kraus en 1896 3, par D. Leclercq en 1907 3. Plus récemment encore, en 191 1, une analyse des ouvrages et des articles essentiels était donnée par M. R. Lemaire, dans le dernier livre écrit sur la question ^. En fin de compte le problème ne comporte qu'un nombre de solutions assez limité et toutes les opinions émises se ramènent à cinq ou six thèses fondamentales, souvent reprises avec des variantes de détail. C'est de ces thèses qu'on fera brièvement l'examen, La plupart
lettre de Constantin à Macaire, prescrivant la construction d'une église sur le lieu du Saint-Sépulcre. Il est cependant très possible que les édifices chrétiens aient déjà reçu ce nom longtemps avant la Paix de l'Église.
1. 0. Mothes, Die Basilikenform bei den Christen der ersten Jahrhunderte, Leipzig, i865.
2. F. X. Kraus, Geschichte dcr christlichen Kunst, Fribourg, 1896, 1, p. 266.
3. Dom H, Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, 1, Paris, 1907 ; les indications bibliographiques sont éparses dans tout le chapitre III; de nombreux renvois se trouvent p. 378. On voudrait dans l'exposé de la question un peu plus d'ordre et de critique, ce qui n'empêche l'ouvrage de D. Leclercq d'être un très précieux instrument de travail.
4 . R. Lemaire, L'origine de la basilique latine, Bruxelles, 191 1.
LA BASILIQUE CHRÉTlLNlMi SaÔ
se heurtent dans leur principe même à de si fortes objections, qu'il est superflu de discuter un à un tous les arguments qu'on a fait valoir en leur faveur.
A. La maison romaine modèle de la basilique.
Bien que n'étant pas la plus ancienne, cette théorie mérite d'être considérée la première, comme étant celle qu'on a le plus ingénieusement développée et qui semble rallier aujourd'hui la majorité des suffrages. Elle fut soutenue en premier lieu par G. Dehioi. Ce savant apportait à l'étude du problème une connaissance des ruines antiques assez rare chez les historiens de l'architecture chrétienne. Son hypothèse avait ceci de séduisant qu'elle tenait compte, bien mieux que les précédentes, des conditions historiques dans lesquelles s'était organisé le culte chrétien. De là vient sans doute qu'elle rencontra dès l'abord de très nombreux partisans. En voici dans peu de mots la substance.
D'un très grand nombre de témoignages, il ressort que les premières églises ont été des habitations soit momentanément, soit spécialement affectées au culte. Dans une maison romaine ordinaire, qui ne comprenait point de basilique privée pareille à celle des palais impériaux, une seule salle était assez grande pour contenir le groupe des fidèles assistant à la liturgie. C'était l'atrium. Or l'atrium, si l'on y joint quelques-unes des pièces avoisinantes, présente en plan la même forme qu'une basilique à transept. Le tabUnum, grande niche carrée ouverte dans le fond de la salle et dans l'axe de la porte, figure l'abside; les deux alae symétriques correspondent aux deux bras du transept ; l'atrium proprement dit, au corps principal de l'église. De fait, cette similitude de plan est assez frappante dans certaines maisons pompéiennes, comme celles de Salluste2 et de
1. G. Dchio, Die Genesis der christlichen Basilika, Munich, i885 ; Dcliio-Bczold, Die kirchliche liaukunst des Abendlandes, StuUgart, 1892, t. 1, p. 03 et suiv. Pour la criliquc de celle Ihéorie, cf. Hollzinger, Kunsthist. Studieii, ïubingen, i88(j, p. 3o elsuiv.; K. Lange, flaus u. Halle, p. 55 et sniv. ; VVilting, Anfùnge christl. Archit., Strasbourg, 1902, p. 3o.
2. Cf. Sitzungsbericide der bayer. Akad. d. Wissensch. :u Miinchen; histor. KlasSf 1882, t. il, p. 3or, fig. C); Lcclcrcq^ Manuel A, p- 3O7; dessin isolant par des hachures Tatrium et ses dépendances du reste de l'habitation.
Pansai. Il est vrai que l'atrium restait en général découvert, ce qui n'arrive point pour la basilique; mais Dehio suppose que dans beaucoup de maisons patriciennes l'ouverture primitive de l'impluvium était remplacée par un lanterneau. L'habitation romaine, d'un type presque invariable, se prêtait le plus facilement du monde à la célébration de la liturgie. Le tablinum était tout désigné pour servir de presbytérium. C'est là que se plaçaient le ou les prêtres. On réservait les alae aux diacres, aux diaconesses, aux vierges et aux veuves, l'atrium étant occupé par le reste des fidèles. La table de pierre qui se dresse souvent devant le tablinum pouvait tenir lieu d'autel.
Lorsque, au m* ou au iV siècle, on voulut élever des églises plus vastes et d'un caractère plus monumental, on y transporta, avec la liturgie déjà constituée, les dispositions de ces anciennes maisons du culte. La basilique constantinienne a ainsi pour prototype l'habitation romaine privée, tout comme le temple grec dérive du mégaron. Dehio écrivait dans un temps où l'origine du temple grec n'était pas encore éclaircie, mais la comparaison a souvent été faite après lui par ceux que ses arguments ont . convaincus.
On peut faire à cette hypothèse des objections de deux sortes : les unes de principe ou de méthode, les autres portant sur des points de détail. Parmi les secondes on retiendra surtout les suivantes. Dans la basilique constantinienne le transept a toujours de moindres dimensions par rapport à l'ensemble de la bâtisse que les alae par rapport à l'atrium 2. Le tablinum est toujours carré, tandis que l'abside est presque toujours semicirculaire. L'atrium n'a jamais la forme très allongée des basiliques, et quoi qu'en dise Dehio 3, il est bien par définition un lieu découvert. Le rapprochement le plus ingénieux dans la thèse en question est celui du transept avec les alae. Or, le transept ne compte pas parmi les éléments indispensables du plan basilical. Il n'est qu'une addition facultative au type normal,