Lemaire, Ibid.^ chap. IV et V
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Pour M. Lemaire, ala transformation de la première disposition en la seconde s'explique aisément; les colonnades transversales compliquaient le problème de la couverture; elles empêchaient de donner au chœur une hauteur suffisante. Rien d'étonnant à ce qu'on les ait bientôt supprimées * . » Dire que pour des inconvénients d'ordre pratique, les architectes chrétiens ont renoncé au péristyle et l'ont remplacé par deux files de colonnes, c'est dire qu'ils n'ont rien conservé du plan de la maison et qu'ils ont fini par aller chercher ailleurs le modèle de leurs basiliques. On n'a dès lors nul besoin de faire intervenir le souvenir des églises domestiques, pour expliquer l'origine du type basilical chrétien, puisque rien d'elles ne subsiste en lui. 11 reste à trouver les monuments auxquels ce type emprunte sa forme oblongue et son ordonnance à trois vaisseaux. M. Lemaire ne les a point cherchés, mais nous les avons reconnus dans les basiliques païennes de la série B.
B. Le plan de la basilique créé et développé peu à peu par les chrétiens pour les besoins de la liturgie.
Telle est l'opinion énoncée jadis par Zestermann ^, et récemment encore par M . F . Witting 3 . Dans la préface et dans la conclusion de son livre, ce dernier savant laisse apparaître l'intention qui est à la base de sa théorie. Il voudrait pouvoir démontrer l'indépendance de l'architecture chrétienne vis-à-vis des œuvres antérieures et mettre en lumière son génie créateur en réduisant à peu de chose l'influence des modèles païens^. Dans la genèi-e de la basilique, trois phases, selon lui, se sont succédé. Au début
1. Ibid., p. loo. M. Lemaire cite un exemple, et un seul, d'église où les colonnades sont disposées comme dans un péristyle, sur quatre faces; c'est la basilique syrienne de Qennaouat, qui est un apax dans l'histoire de l'architecture chrétienne. M. Lemaire reproche à beaucoup de savants de fonder leurs théories uniquement sur des ressemblances architectoniques. On voit qu'il s'est gardé de ce défaut, et qu'il n'hésite pas à supposer une filiation entre deux types hypostyles parfaitement divers.
2. Zestermann, Die antlken und die christlichen Basiliken, Leipzig, i8^0; l'idée fondamentale de la théorie est énoncée p. 171 et suiv.
3. Witting, Die Anfànge christlicher Architektur, p. 69 et suiv.
4. Et cependant M. Witting passe en revue la plupart des monuments païens du type B, depuis les basiliques privées jusqu'au mithraeum. Il admet qu'ils ont pu exercer une certaine influence sur les débuts de l'architecture chrétienne, mais seulement une influence indirecte {Ihid., p. 56). On
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les fidèles avaient librement accès dans la salle où se célébrait le repas eucharistique. Ils pouvaient, comme le prêtre, s'approcher de l'autel et y déposer leurs offrandes. Ce qui tenait alors lieu d'église, c'était une grande salle quelconque de la maison, sans colonnes, sans divisions intérieures. Vient ensuite, dans les cérémonies du culte, une séparation plus nette des prêtres et des fidèles . A ce second moment correspond un type de chapelle plus développé, avec double file de colonnes, où les officiants occupent le vaisseau médian, tandis que la foule est maintenue dans les nefs latérales. Finalement, la liturgie prend le caractère d'un spectacle sacré ; les fidèles sont réduits au rôle passif de spectateurs. Alors intervient comme moyen de mise en scène le surélèvement du vaisseau central. Par lui disparaît dans le type basilical ce que M. Witting appelle Visocéphalie. La partie de l'édifice où se déroule l'acte religieux est inondée de lumière, tandis que l'assistance reste dans l'ombre, sous les galeries moins hautes des bas-côtés .
Il n'est pas absurde de supposer un développement progressif de l'église, en rapport avec celui de la liturgie. Mais cela n'implique nullement que l'art chrétien ait introduit dans la grande architecture un schéma nouveau. Il reste toujours vrai que le type de l'édifice oblong, à trois vaisseaux, était depuis longtemps constitué. Sans doute le besoin ne s'est pas fait sentir dès le début d'une vaste salle hypostyle, à nef centrale surélevée. Mais le jour où cet édifice devenait indispensable, les architectes chrétiens n'avaient plus à l'inventer. Les exemples en étaient partout sous leurs yeux.
Nous ne voulons pas discuter ici la question de savoir si la liturgie réclamait nécessairement un bâtiment ainsi ordonné. M. Witting semble le croire, mais il est clair qu'on aurait vite fait de lui donner tort sur ce point. 11 suffirait de rappeler que les mêmes cérémonies chrétiennes ont été bien souvent célébrées dans des édifices d'une tout autre forme, comme Saint-Étiennele-Rond, ou comme les églises byzantines à coupole centrale».
comprend mal comment se peut concilier cette imitation, même indirecte, des édifices païens avec la thèse propre de l'auteur qu'il résume dans ce titre : Zar innern Genesis der Basilika (Ibid., p, 69). On comprend encore bien moins la distinction qu'il fait entre le triple vaisseau chrétien et le triple vaisseau païen {Ibid., p. 19). Il n'y a, dans Tagencement des colonnades, aucune différence même minime entre le Bacchéion, la basilique du Palatin, le Pythion, d'une part, et, de l'autre, les églises chrétiennes.
I. On notera que l'opinion de M. Witting est, là-dessus, en contradiction
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G. Influence supposée des monuments Judaïques. — Le temple de Jérusalem et les synagogues.
D'après la description de l'Ancien Testament, on devine une certaine analogie de forme entre le Temple de Javeh et les églises chrétiennes. Le Temple proprement dit se composait d'une cella profonde, éclairée par le haut et précédée d'un pronaos comparable au narthex. Là s'arrêtent les ressemblances, et il faut convenir que c'est fort peu. Ni le réduit sacré appelé Débir, ni les alignements de cellules entourant la cella ou Hékal, ni la disposition des portiques concentriques autour de l'édifice central n'ont leur équivalent dans aucun monument du culte chrétien (fig. 5U).
Quelques archéologues ont cependant cherché dans la Maison de Javeh le prototype de la basilique latine * . En l'absence de données plus précises sur le Temple de Jérusalem, leur hypothèse ne peut être discutée en détail. Mais il y a bien des objections à faire valoir contre elle. La liturgie chrétienne n'avait que de lointains rapports avec le culte hébraïque. Lorsqu'elle fut instituée, longtemps après la rupture entre juifs et chrétiens, le Temple était ruiné; la grande majorité parmi les adeptes de la foi nouvelle n'avait de lui nulle idée et n'attachait nulle pensée pieuse à son souvenir. Enfin ce sanctuaire et l'église chrétienne répondaient à deux conceptions très diverses de l'édifice religieux. Le premier représentait, comme le naos grec, la maison du dieu ; l'accès n'en était permis qu'à un petit nombre et dans très peu d'occasions; un seul homme, le grand prêtre, pouvait à certains jours pénétrer jusqu'au fond du sanc-
formelle avec celle de Dehio, résumée dans cette formule : « Nicht die Bedingungen des Kultus haben das christliche Gotteshaus in seiner Formation bestimmt, sondern umgekehrt die vorgefundene Konfiguration des antikrômischen Haus hat den Kultus bestimmt.» Par beaucoup d'exemples antérieurs au christianisme nous avons pu vérifier le fait général qu'énonce Dehio dans la première partie de sa phrase. La forme de l'édifice, déterminée par la tradition, est bien moins capable de s'adapter à la liturgie que la liturgie de s'adapter à la forme de l'édifice. La preuve en est que le même type monu mental a été reproduit dans des temples païens, des églises chrétiennes et des synagogues.
I. Kreuzer,C/iris(/.A'trc/ie/ifcau, Leipzig, 1860; O.Mothes,/6i(i.,p. igelsuiv.; A. Kempeneers, Le type des églises construites par l'empereur Constantin, Liège, 1881 ; Puchstein, Die Saiile in der assyr. Archilektur, Arch. Jahrb., 1892, i. Pour la critique de cette hypottièsc, cf. VVitling, Jhid., p. A8 et suiv.
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tuaire. Tout autre est le caractère de l'église, faite pour abriter la foule des fidèles.
Si l'on veut retrouver en elle un souvenir de l'architecture judaïque, c'est plutôt des synagogues qu'il conviendrait de la rapprocher I. Mais il apparaît aujourd'hui que ces édifices affectaient les formes les plus diverses 2. Aucun texte talmudique ne fait allusion à un type traditionnel et fixe de synagogue. Comme le laisse supposer la maison sacrée de Priène, il est possible que les juifs aient parfois adopté pour leurs salles de réunion le plan à trois vaisseaux. Mais ce fait accidentel ne pouvait en tout cas suffire à motiver le choix exclusif des architectes chrétiens.
D. L'hypothèse de M, K. Lange ^. Le souvenir des scholae.
Visiblement influencé par les recherches de Dehio, M. K. Lange convient que le modèle de la basilique a dû être tiré de l'habitation. Mais au lieu de considérer le bâtiment dans son ensemble, il en isole la schola^ cette salle souvent terminée par une abside, qu'on rencontre à l'époque impériale dans certaines maisons. Un texte des Actes des Apôtres, un seul, parle d'une prédication faite à Éphèse dans une schola ^. M. K. Lange suppose qu'en construisant les premières églises on s'inspira des basiliques civiles, pour la disposition des colonnades, mais surtout des scholae pour la forme générale et le dessin de l'abside. Cette
1. L'hypothèse qui rattache la basilique chrétienne à la synagogue a été brièvement proposée par Mgr Duchesne, Comptes rendus d. Acad. d. Inscr.^ 1893, p. 66.
2. Renan, Mission de Phénicie^ Paris, 186/1, p, 780 et suiv.; H. Kitchener, Synagogues of Galilea (Palest. Explor. Fund, 1878, p. i25); G. Baldwin Brown, From the schola to the cathedral, Edimbourg, 1886, p. 97 et suiv. ; Revue archéol.y 1884, I, p. 278 et suiv. (Renan); Revue des études juives, 1886, p. 236 et suiv. (S. Reinach); Prestel, Die Baugeschichte des jiïd. Heiligthums, Strasbourg^ 1902 ; Leclercq, Manuel, I, p. 335 et suiv. (on ne tiendra pas compte de la reconstruction du Diapleuston d'Alexandrie, d'après BaldAAin Brown (p. 344), laquelle est une pure fantaisie); Mitteilungen d. deutsch. Orienlgeselischaft, Heft 29, décembre 1908; von Sybel, Ibid., 11, p. 286; de Lasteyrie, L'archit. religieuse en France, p. 62 et suiv.; la présence d'un vaisseau central surélevé, formant lanterneau, dans certaines synagogues de Palestine récemment étudiées n'apporte pas, comme le croit ce savant, un argument nouveau à la thèse de Kreuzer; le lanterneau ne suffit pas à définir un type monumental et n'est qu'un élément secondaire dans la basilique latine.
3. K. Lange, Haas u. Halle, p. 370 et suiv. h. Act. Apost., 19, 9.