Perrot-Ghipiez, VI, p. 348, fig. iiG
LE MEGARON MYCENIEN
soutiennent le plafond s'annoncent au dehors par les deux colonnes in antis du prostyle.
Même disposition à Tirynthe^ dans le plus vaste des mégarons (fig. 17), à ce détail près que le prodomos n'est pas séparé
FiG. 17.
Grand mégaron de Tiryntlie.
du prostyle par un mur plein, mais seulement par deux piliers carrés, symétriques aux colonnes de la salle principale et de la façade. Le second mégaron de Tirynthe, comme aussi ceux d'Ame, n'a ni colonnes, ni prodomos fermé. La Troie mycénienne (VI) comprenait dans son enceinte un mégaron à double vaisseau et à colonnade médiane, précédé d'un portique sans colonnes, très peu profond (fig. 18). La même division en deux nefs reparaît dans une salle étroite et longue à Arné.
Fig. 18.
Mégaron troyen d'époque mycénienne.
En décrivant les mégarons de Mycènes et de Tirynthe, on dit parfois que les colonnes sont disposées autour du foyer. Gela n'est sans doute pas inexact, mais cela peut donner une idée
î. Perrot-Chipiez, VI, pi. II.
OO L EDIFICE HIPOSTYLE
fausse de l'ordonnance intérieure de ces édifices, ou du moins du principe sur lequel elle repose. Le foyer, devant occuper le milieu de la salle, s'est trouvé naturellement encadré par quatre colonnes, mais ce n'est pas à cause de lui qu'on a donné cette place à ces quatre supports. Ils ne sont pas dressés là comme les piliers d'un baldaquin ; ils font partie des deux alignements de supports qui se prolongent dans toute la longueur de la bâtisse et aboutissent en avant aux deux colonnes in antis de la façade. Le mégaron hypostyle du type le plus simple est une construction à deux nefs, avec une seule file de colonnes dans l'axe de l'entrée (Sesklo, Arné, Troie Vi). Le grand mégaron mycénien s'est élargi en doublant cette file unique, mais le principe de l'ordonnance hypostyle reste le même. Les supports se groupent toujours par files, parallèlement aux murs latéraux et non pas autour d'un point centraL On remarquera d'ailleurs que les quatre colonnes entourant le foyer ne forment pas un carré exact, mais un rectangle plus profond que large; ce qui ne devrait point être le cas si leur fonction était d'encadrer, comme une péristasis, le foyer central et de soutenir un baldaquin ou un lanterneau placé au-dessus de lui.
Aucun des édifices mycéniens qu'on vient d'énumérer ne nous montre un plan vraiment nouveau. La salle sans colonnes de Tirynthe et d'Arné avait déjà son modèle dans les longues bâtisses de la seconde Troie. Les ruines de Sesklo nous ont déjà fait connaître une construction oblongue à deux nefs. Les grands mégarons thessaliens offraient déjà l'exemple de la triple division dans le sens de la largeur et de la double colonnade qui caractérisent ceux de Mycènes et de Tirynthe. La technique de la construction s'est notablement perfectionnée ; le type de l'édifice n'a pas varié ; à tout prendre, il ne s'est même enrichi d'aucun organe nouveau.
Je n'ai rien dit encore du second mégaron de Mycènes, celui qui s'élevait sur le flanc Sud-Ouest de la citadelle, près du rempart. C'est le moins bien conservé, le plus modeste, mais non le moins intéressant pour nous des bâtiments de l'acropole ». Le plan en est rendu peu distinct par des remaniements successifs, des constructions récentes et des éboulis qui se sont superposés à la ruine. M. Tsountas n'a pas entièrement dégagé, mais a pu reconnaître le corps principal du logis. Vu du dehors, il ne
1, Tsountas, 'Ava(Txacpa\ Muxy)và)v toj 1886, dans llpaxxtxa, i88fi, pi. [V, V; Perrot-Chipiez, VI,p. 3/i4,rig. ii/i; Noack, Homer. Pal.,\). 19. fi?. t).
LE MÉGARON MYCÉNIEN 5l
devait pas différer des autres mégarons, mais son aménagement intérieur appelle l'attention. L'ensemble n'est ni très grand, ni d'un travail très soigné. Un seul des murs latéraux est entièrement découvert. L'autre reste engagé sous la terre et l'asymétrie générale du plan ne permet pas de restituer avec toute certitude la partie invisible identique à la partie déblayée. Quoi qu'il en soit, les dispositions suivantes sont certaines et intéressantes à constater. En façade, un prostyle in antis, de deux colonnes, semble-t-il, dont une seule a laissé en place la dalle qui lui servait de base; en arrière, une large baie, bien construite, qui conduit dans un prodomos; au fond, enfin, une salle plus vaste où se trouvait un foyer. Mais ces deux pièces qui se font suite n'occupent pas toute la largeur du mégaron, et c'est là que réside la nouveauté. Elles sont l'une et l'autre flanquées adroite de deux chambres moins larges, mais de même longueur. Il est fort possible que ces sortes d'alcôves aient eu leur pendant au côté gauche du bâtiment, dans la partie non encore déblayée. Nous n'avions trouvé jusqu'ici que des mégarons à deux salles (prodomos non compris), et toujours divisés intérieurement par des cloisons transversales. La ruine fouillée par M. Tsountas nous fait connaître un autre mode de cloisonnement, où des parois intérieures sont disposées et dans le sens transversal et parallèlement aux murs latéraux. Remarquons ce fait qui met l'architecture continentale en désaccord avec celle de la Crète et de l'Orient. L'habitation à chambres multiples peut résulter du morcellement, par un réseau de cloisons, de la salle unique qui constituait le logis primitif. En Crète et en Orient, elle résultera de la juxtaposition de plusieurs bâtisses. Les constructeurs hellènes tendent à diviser l'intérieur de la maison primitive ; les Orientaux, à composer un seul édifice compact, à l'aide de plusieurs maisons. Nous verrons bientôt ce qui motivait cette divergence de méthode.
11. L'élévation du mégaron. Le problème de la toiture. Les indices d'un comble à deux versants.
Tels sont, en ce qui touche au plan de l'édifice mycénien, les faits essentiels. Reste l'élévation, dont il ne faut pas se résigner à tout ignorer. L'aspect général de la masure curviligne se laissait assez facilement restituer d'après les urnes-cabanes. Dans les
52 l'édifice hypostyle
ruines rectilignes prémycéniennes, nous n'avons guère étudié que le tracé des murs et les dispositions intérieures. De fait, les indices pouvant nous révéler la forme des parties hautes et le système des toitures étaient presque insignifiants. Nous n'avons cependant pas négligé, mais ajourné le problème. Il se pose maintenant à propos des mégarons mycéniens et nous ne pouvons plus nous y dérober. Entre ces monuments et ceux de l'époque antérieure l'identité de plan est telle, qu'on a droit de les supposer au moins fort semblables dans leurs diverses parties. 11 n'y avait donc pas lieu de traiter deux fois la question. Les deux séries de ruines peuvent être considérées sous ce rapport comme n'en faisant qu'une, et l'on parlera ici en bloc des mégarons prémycéniens et mycéniens.
Dans l'élévation de ces monuments, ce qui nous intéresse, ce n'est ni le décor architectural ni la modénature, mais la forme et la structure du toit. N'eût-on pas d'autre curiosité, le premier coup d'œil jeté sur les ruines n'est rien moins qu'encourageant. Quelques mottes d'argile, recueillies parmi les décombres des sables, et sur lesquelles on distingue des empreintes de roseaux, telles sont les seules traces matérielles du haut et large comble qui couronnait le mégaron. Il faut donc chercher ailleurs et demander soit aux fondations encore intactes, soit à d'autres monuments plus indemnes, un témoignage indirect sur l'aspect primitif de l'édifice.
Rappelons d'abord quelques faits antérieurs, dont on a tort de ne pas tenir compte en traitant du mégaron mycénien. En élévation non plus qu'en plan, l'architecture primitive ne connaissait que des formes curvilignes. La hutte circulaire est couverte d'une coupole ; la hutte absidiale dessine en élévation comme en plan une ellipse coupée ou un fer à cheval. Aucune construction grecque de ce type n'a été assez épargnée pour nous laisser apercevoir la silhouette de ce dôme effondré. Mais nous avons trouvé en Sardaigne, dans les Tombes des Géants, une image en pierre de sa façade. De ce toit en forme de demi-coupole au toit angulaire à deux versants la transition était facile. Pour peu que la maison absidiale prolongeât ses murs latéraux, comme c'est le cas pour certaines ruines de l'Altis, le demidôme devenait un berceau. Ce berceau prenait lui-même l'aspect d'un comble à pignon, quand on apprenait à le couvrir non plus d'un entassement de branchages et de terre, mais d'une véritable charpente, avec faîtière et chevrons. Des urnes-cabanes,
LE MEGARON MYCENIEN
trouvées dans des nécropoles italiennes, montrent déjà sur leur toit, encore arrondi, l'ossature d'une telle charpente». La coupole oblongue évoluait naturellement vers le comble à versants, bien avant la fin de la construction curviligne. Dans cet ossuaire de Mélos, souvent reproduit, qui figure un groupe de sept cabanes
FlG. I<).
Ossuaire en forme de maison trouvé à Mélos,
rondes, réunies sur une même plate-forme, la porte de l'enclos est déjà protégée par un auvent à deux pentes 2 (fig. 19).
Le principe du toit brisé étant connu dès la période curviligne, il n'y avait pas de raison urgente pour qu'on y renonçât lorsque l'habitation prit la forme rectangulaire. On admet généralement que la maison prémycénienne et mycénienne supportait un toit en terrasse^. Si répandue que soit cette opinion, elle ne résiste pas à une étude approfondie des monuments.