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L EDIFICE IIYPOSTYLE
tout pareil. Le bâtiment central, auquel ses cloisons intérieures donnent une physionomie particulière, n'a pas de contact avec les dépendances du logis. Les chambres carrées qui s'alignent parallèlement à son mur latéral en sont séparées par un mince corridor.
A Tirynthe (fig. 20) la même disposition est surtout frappante pour le second mégaron, celui dont on a voulu faire un gynécée. Un étroit corridor découvert en fait complètement le tour. Si l'on examine le plan d'ensemble du palais, on peut se convaincre que ce passage n'était nullement nécessaire pour faire communiquer entre elles les diverses parties de l'habitation. Il n'a d'autre raison d'être que d'assurer l'isolement du pavillon qu'il entoure. Le grand mégaron qui s'ouvre sur la cour principale est moins nettement séparé des constructions voisines. Quelques bâtisses secondaires s'appuient contre son mur de gauche, mais ce n'étaient que des chambres basses, dont le toit, à cause de sa faible largeur, pouvait être ou plat, ou déversé d'un seul côté vers le dehors. Il ne formait pas une vallée avec celui du pavillon principal. On n'a pas lieu de croire, en effet, que les constructeurs de Tirynthe et de Mycènes s'interdissent tout autre système de couverture que le comble à pignon. Des toits plats, ou d'une seule pente, pouvaient recouvrir les chambres peu spacieuses groupées autour du mégaron. Sur des poutres de courte portée, il était aisé et peu coûteux de poser des terrasses en terre pilonnée assez épaisses pour résister à l'infiltration des eaux. Ce qui est certain, c'est que l'isolement méthodique du grand mégaron indique pour lui une autre forme de toiture.
La même remarque s'applique encore aux deux mégarons découverts à Arné (fig. 2iJ. Nulle autre construction ne touche leurs faces latérales. Le mince corridor qui les longe sur un côté (V V V) et qui conduit ^ux dépendances de l'habitation était certainement découvert. J'en vois la preuve dans la présence d'un second couloir (W W W), celui-là évidemment abrité, qui double le précédent et dessert toutes les chambres du bâtiment annexe. Si le corridor Y V V avait eu une toiture, il était absolu-
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Mégaron d'Arné avec ses annexes.
LE MÉGARON MYCENIEN 67
ment inutile d'en ménager un autre devant les chambres. Le premier est fait pour relier, à découvert, le mégaron aux dépendances du logis; le second assure, à l'intérieur, la communication entre les chambres annexes.
Mais voici d'autres indices pour justifier la restitution d'un toit à deux pentes. Les bâtiments mycéniens ou prémycéniens que nous venons de visiter ont tous pour trait commun la forme oblongue. Le mégaron se développe en profondeur. A Hissarlik, dans les édifices de la seconde ville, la disproportion est frappante entre les deux dimensions (fig. iU). Les mégarons s'étirent comme de longs couloirs ; là même où l'emploi de la colonne aurait permis d'augmenter la largeur des salles, elles restent plus étroites que profondes. C'est que la maison à pignon est limitée en largeur par la forme de sa toiture. On ne peut en étendre le front sans en élever, du même coup, le faîte et sans compliquer par là la structure du comble. Il est naturel qu'on la prolonge plutôt en arrière, ce qui n'offre aucune difficulté. Par contre, là où l'habitation reçoit une toiture horizontale ou très faiblement déversée, elle peut s'étendre en divers sens. A l'ordinaire elle conserve, en augmentant sa superficie, la forme à peu près carrée; très souvent elle a plus de largeur que de profondeur. Rarement elle offre le plan étroit et profond, qui est le propre de la maison hellénique, parce que les constructeurs n'y trouvent plus aucun avantage.
On remarquera aussi que les quatre murs du mégaron s'opposent nettement deux à deux. L'édifice présente deux fronts et deux flancs. L'entrée principale, sinon unique, est toujours placée sur l'un des fronts, c'est-à-dire sur une face étroite. Cette disposition immuable vient de ce que les fronts correspondent aux pignons du toit. La présence du pignon, qui limite la largeur de ces deux façades, oblige aussi à y placer l'entrée du logis. Si les portes s'ouvraient dans les murs latéraux, elles se trouveraient sous les gouttières; elles manqueraient de hauteur lorsque la couverture descend très bas sur les côtés, ce qui s'observe souvent dans les constructions primitives à toit pointu.
Toute autre raison mise à part, on peut donc déjà dire que la toiture à double pente est écrite dans le plan du mégaron.
Pour ce qui est de la seconde Troie, et plus spécialement du mégaron principal, il faut encore observer que les dimensions (fe la bâtisse rendaient fort difficile l'établissement d'une terrasse. D'un mur latéral à l'autre la distance est d'environ dix mètres.
58 l'édifice hypostyle
Dans l'intérieur de la salle, les fouilleurs n'ont relevé aucune trace de colonne. Les poutres maîtresses, les p.£j6c[xat, mesuraient donc près de onze mètres. La construction d'un comble à versants sur une telle portée n'allait déjà point sans peine. Si mince que fût la couverture, sa charpente devait peser lourdement sur les poutres et obligeait les architectes à se procurer des bois d'un très fort équarrissage. Quelle n'eût pas été la difficulté si ces poutres, au lieu d'un simple lit de planches enduit d'une mince couche d'argile, avaient dû supporter l'énorme masse d'une terrasse horizontale, c'est-à-dire d'un lit de rondins recouvert d'une couche de terre pilonnée ! Pour obtenir sur une aussi grande largeur une terrasse étanche, il fallait donner à ce revêtement de terre une épaisseur considérable. Encore resterait-il douteux que, même au prix d'un surcroît de travail et de dépense, on pût éviter la stagnation et l'infiltration des eaux. M. Dorpfeld penche pour un système mitoyen entre la simple terrasse horizontale et le toit à double versant'. Il suppose une couche de terre légèrement surélevée au centre, assez déversée pour assurer l'écoulement des eaux, assez plate pour que l'argile ne fût pas entraînée avec elles. Ce système aurait eu le grave inconvénient d'alourdir encore la terrasse et de donner un surcroît de travail aux grandes poutres en les chargeant surtout en leur milieu.
A Mycènes, comme à Troie, on a recueilli pendant les fouilles entre les murs des mégarons quelques plaques d'un mortier grumeleux, épaisses en moyenne de o"'o6. Sur l'une de leurs deux faces, des tiges de roseaux ont laissé des empreintes. Cette trouvaille n'est pas favorable à l'hypothèse de la terrasse, mais bien plutôt à celle du comble à pignons. Le lit de roseaux n'a pas d'utilité sur un toit horizontal ; je n'ai jamais vu que les paysans grecs de nos jours, lorsqu'ils construisent des maisons plates, missent un tel revêtement par- dessus la terre pilonnée. Il aurait pour résultat de conserver l'humidité sur la bâtisse longtemps après les averses et de ralentir l'évaporation des eaux. On a supposé que dans la toiture du mégaron les roseaux et la mince couche de mortier argileux posaient directement sur les solives, étant eux-mêmes recouverts d'une épaisse couche de terre. Mais quels seraient à cette place le rôle et l'avantage de ce mortier? Si l'on étend un enduit imperméable, ce ne peut être