CHAPITRE III
La maison et l'édifice hypostyle aux temps doriens.
Vers l'an 1200 avant l'ère chrétienne nous savons qu'une vague humaine venue du Nord déferle sur la péninsule hellénique, refoulant ou submergeant les anciennes populations. Dans le domaine de l'industrie, de la sculpture et de l'art décoratif, les styles et les types mycéniens disparaissent, ou très peu s'en faut. Les envahisseurs ne recueillent rien ou presque rien de l'héritage des vaincus. Quand, après de longs balbutiements, leur art sort enfin de l'enfance, il accuse des tendances toutes nouvelles. Il s'oppose par tous ses caractères à celui de l'âge précédent. Les monuments de l'architecture donnent-ils lieu à une pareille constatation ? Les invasions doriennes ont-elles dans l'histoire de cet art les mêmes conséquences? Apportent-elles une modification au type de bâtiment hypostyle qu'on a vu se constituer et se répandre en Grèce pendant la période précédente? Tel est le point sur lequel nous avons à donner quelques précisions.
I. Réapparition des plans curvilignes, à Thermos, à Gonnoi, à Érétrie, à Ègine, à Olympie.
La série des ruines postérieures aux invasions doriennes débute par des constructions curvilignes identiques à celles des temps prémycéniens.
A Thermos, sur l'emplacement du sanctuaire d'Apollon, M. Sotiriadis a dégagé trois fondations en forme de fer à cheval ». Ces vestiges, que recouvrait en partie le temple du vi" siècle, sont, à n'en pas douter, postérieurs au déclin de la culture
« 1. Sotiriadis, 'E 9 Yjix. à p y., 1900, p. 170 etsuiv.; 'E).>,5ct!;oec6r, xTt(7[xa-:a Toû 0£p(xo'j, 1909; Pfuhl, dans Athen. Mitteil., 1906, p. 869 et suiv.;Bulle, Orckomenos, p. /ig et suiv.; Noack, Ovalhaus u. Palast, p. G5 et suiv.
L EDIFICE IIYPOSTYLE
mycénienne. Ils datent de ce moyen âge qui précède l'éveil de l'art archaïque et ils n'en sont pas les moins curieux témoins. Au Nord du temple est apparue d'abord une fondation très lisible, conservée par endroits sur une hauteur de plus d'un mètre. Elle dessine en plan une ellipse, coupée d'un côté par un mur droit, normal au grand axe (fig. 26). Un second mur doublait celui-ci, à quelques mètres en arrière, formant en avant de l'espace principal une sorte de prodomos. Ce prodomos est en partie engagé sous les ruines du temple archaïque.
Non loin de là, vers le Sud, on a mis à nu une autre fondation, moins considérable, mais d'une forme pareille. C'est celle d'un petit bâtiment en fer à cheval, qui, par une anomalie sans autre exemple, ne semble pas avoir eu son entrée à son côté droit, mais sur l'une des faces latérales. Enfin, à la place exacte du temple d'Apollon s'élevait avant lui un • troisième édifice d'un type analogue.
Le contour en est indiqué par de nombreuses dalles de pierre, régulièrement espacées, qui dessinent un fer à cheval très allongé, et qui sont les stylobates d'une colonnade disparue.
L'importance de la découverte dépend pour une large part de la destination que l'on reconnaît à ces trois édifices. Dans celui du Nord, on a trouvé, tout au fond de l'abside, les restes de deux tombeaux. Vers le milieu, le remblai contenait encore des cendres, de menus ossements, des débris de vases.
M. Sotiriadis supposa qu'il avait affaire aux ruines d'un héroon. Quant aux dalles disposées en fer à cheval, sous ^ (. les fondations du temple archaïque, ce
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ne seraient pas selon lui des bases
Thermos. Fondations ^ . i • .
curvilignes retrouvées sous ^e colonnes ; elles ne proviendraient
le temple d'Apollon. pas d'un véritable édifice, mais d'une
simple clôture entourant un autel. A cette place, en effet, des cendres et divers résidus de combustion étaient mêlés aux terres du remblai. La ruine du Sud n'a pas donné lieu aux mêmes constatations et n'a livré aucune trouvaille. Mais, se fondant sur l'identité de plan, M. Sotiriadis l'appelle comme celle du Nord un béroon. Une enceinte d'autel et deux tombeaux, telles seraient les trois constructions de Thermos. Si l'on acceptait cette manière de voir, ces ruines ne nous fourniraient plus la preuve formelle d'un retour au système curviligne. Seuls les deux héroons entreraient en compte et nous savons que la maison curviligne se survit indéfiniment à elle-même dans les monuments funéraires.
Mais l'hypothèse de M. Sotiriadis n'a de vraisemblance que pour le bâtiment du Nord. Encore n'est-il pas assuré que toute ruine où l'on découvre des tombeaux soit celle d'un hérooni. Pour le bâtiment du Sud, conclure de sa forme arrondie à son caractère funéraire, c'est postuler le fait qui est en question, à savoir que le plan curviligne avait déjà cessé d'être en usage et n'était plus donné aux maisons des vivants. Quant aux dalles disposées en ellipse, j'ai peine à comprendre dans quelle sorte de clôture elles pouvaient trouver leur emploi. M. Sotiriadis songe à de simples poteaux servant d'armature à un clayonnage ou à une palissade 2. Mais qui ne voit la difficulté de faire tenir en place des pieux dressés sur des dalles, et non engagés dans une mortaise, s'ils ne sont maintenus à leur sommet par un entablement? Quelques lignes plus loin, le même savant semble se représenter d'une autre manière cette prétendue clôture. Elle aurait uniquement consisté dans cet alignement de pierres plates. Ce ne serait point une barrière, mais la limite, dessinée sur le sol, d'un terrain consacré. Cette seconde explication se heurte à plus d'objections encore que la première. Il n'y a pas d'exemple qu'on ait jamais usé d'un tel moyen pour marquer le contour d'un iéménos. Les dalles dont il s'agit ont exactement l'aspect de celles qu'on voit souvent disposées sous des colonnes de bois dans les constructions archaïques ou légères. Elles ne peuvent guère provenir que d'un péristyle elliptique. Que celte
1. M. Bulle (Orchomenos, p. 69) doute même que ci-ans ce bâtiment du Nord les tombes appartiennent à la même époque que les fondations de murs qui les entourent. 11 observe qu'elles étaient disposées sans aucun ordre et ne contenaient que de très pauvres offrandes, ce qui s'accorde mal avec l'hypothèse d'un héroon.