‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 5 sur 218 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

vaisseaux, son abside. En revanche, on ne trouve rien dans son plan qui rappelle la basilique orientalisante, à front large et à ordonnance périptère.

L'église constantinienne, considérée dans ses organes essentiels et permanents, abstraction faite de ses éléments facultatifs comme le transept, n'est pas une création de l'âge chrétien. Le contraire apparaît clairement, quand on embrasse comme nous d'un seul coup d'œil l'histoire de l'habitation et du hall pendant toute l'antiquité. La basilique latine n'est qu'un aspect nouveau de cette salle oblongue, à triple nef, dont le modèle, créé en Grèce, était depuis longtemps familier aux Romains. Elle appartient à cette famille de monuments qui a le mégaron prémycénien pour ancêtre. De leur habitation primitive, les Grecs avaient fait la cella du temple, puis la salle d'assemblée; au temps de l'Empire, le même bâtiment devient Vekklésia des confréries religieuses païennes. Une secte de dionysiastes se réunissait à Athènes dans une basilique oblongue à trois vaisseaux. C'est le même édifice que les chrétiens ont choisi pour la célébration de leur culte.

Comme on le voit par ce rapide exposé, nous avons surtout cherché à définir des types et à constituer des séries. Il n'y avait donc pas lieu de décrire en détail les monuments, ce qui eût fort alourdi ce livre, mais seulement d'en marquer les traits essentiels et spécifiques. Ce sont deux tâches distinctes que la description des œuvres et leur classement historique. J'ai déjà pris ma part de la première en publiant la Salle hypostyle de Délos, mais précisément à l'occasion de ce travail, j'ai pu constater l'intérêt et l'opportunité de recherches

XVI L EDIFICE Hy POSTALE

comparatives visant à coordonner les résultats des découvertes.

Il m'a paru que l'étude des types monumentaux était dans l'histoire de l'architecture ancienne la partie la moins connue et de beaucoup. L'étude de la décoration sculptée et des ordres grecs, celle aussi de la technique, ont toujours passé avant elle et occupent toujours la plus large place dans les ouvrages généraux. On s'explique assez mal cette préférence, car la forme de l'édifice est bien dans l'art de bâtir le fait primordial et capital. C'est aussi celui qui échappe le plus à la fantaisie individuelle, qui subit le plus fortement le déterminisme de la tradition et qui par suite se prête le mieux aux classifications méthodiques. A nulle autre matière dans l'histoire de l'art ne s'appliquent plus justement les notions de type et d'espèce. Dès qu'on embrasse du même coup d'œil un assez grand nombre de monuments, on les voit se grouper par séries ; chaque série, définie par un ensemble de caractères permanents qui constituent son type, se prolonge à travers le temps, se propage à travers l'espace comme une espèce vivante qui se développe, évolue peu à peu et donne naissance à des variétés, durables ou accidentelles.

L'étude méthodique et comparative des formes de constructions n'a guère porté jusqu'ici que sur les origines de l'art grec. Elle a commencé avec la découverte des ruines mycéniennes, quand on a reconnu que le temple classique était issu du mégaron. Mais le mégaron et le temple sont deux chaînons peu distants d'une longue chaîne qui remonte bien plus haut dans le passé et qui descend ensuite beaucoup plus bas. On a tâché ici d'en marquer le point initial et de la suivre jusqu'au déclin de la culture classique.

Pour la période des origines, la voie était toute frayée, beaucoup des faits essentiels étaient déjà mis en évidence

INTRODUCTION XYII

par les récents travaux de MM. Mackenzie, Noack et Bulle. On ne doit pas seulement à ces savants d'avoir éclairci nombre de problèmes particuliers, mais aussi d'avoir montré quel précieux secours peut prêter à l'histoire des races et des civilisations antiques l'étude des formes monumentales. Sans partager leur opinion sur tous les points, nous avons mis maintes fois à profit les résultats de leurs fines analyses.

Pour la période classique et hellénistique, l'ensemble des monuments est beaucoup moins étudié ; on n'a pas encore marqué avec précision l'enchaînement des faits et la part qui revient aux influences exotiques dans le développement de l'architecture. L'attention des archéologues s'est portée presque tout entière sur le temple. On a trop vite déclaré que tout l'art classique se résumait en lui ; cette idée préconçue a causé plus d'une erreur et fait négliger à tort les constructions profanes, lesquelles ne jouent pas un moindre rôle dans la formation et révolution des modèles d'architecture.

Un seul ouvrage d'ensemble avait été consacré, jusqu'à ce jour, aux diverses questions dont on trouvera ici l'examen. C'est le livre, déjà fort ancien, de M. Konrad Lange, Haas and Halle (Leipsig, i885). Cet érudit garde le mérite d'avoir réuni et commenté les principaux textes relatifs à l'architecture profane des Grecs et des Romains. A cet égard son livre n'a presque rien perdu de son utilité et continue d'être consulté avec profit. Quant à ses conclusions, il n'est pas douteux qu'il en faille réviser la plus grande part. Les découvertes de ces dernières années, l'examen plus minutieux des ruines suffisent à en condamner quelques-unes, sans discussion. Beaucoup d'autres reposent sur de très fragiles conjectures. En généralM.K. Lange n'a point fait la part assez grande à l'étude directe des monuments et s'est montré beaucoup trop hardi dans l'interprétation des textes. L'idée maîtresse de son livre

XVIIl l'édifice HIPOSTYLE

paraît être que l'Orient n'a jamais cessé d'exercer son influence sur l'art de bâtir des Occidentaux. A l'en croire, l'Egypte, la Phénicie, la Grèce et Rome auraient pratiqué successivement les mêmes méthodes de construction. Le mégaron mycénien aurait pour modèles des édifices orientaux. Dès l'origine, l'architecture hellénique aurait grandi sous la tutelle orientale et emprunté des plans à l'art égyptien. 11 ne sera pas difficile d'accumuler les preuves décisives contre cette théorie ; mais il ne sera pas non plus inutile de le faire, car aujourd'hui encore elle garde des partisans i.

M. K. Lange avait débuté dans ses recherches par une étude particulière sur la basilique de Pompéi. Pour éclaircir la genèse du type basilical, il s'était trouvé entraîné à écrire depuis les origines une histoire de la maison et de l'édifice antiques. Telle est en effet dans le domaine de l'architecture la continuité des traditions, telle est la permanence des types qu'on ne peut expliquer les caractères des constructions les plus récentes, sans faire appel au témoignage des ruines les plus antiques. C'est pour les mêmes raisons que notre étude, limitée d'abord à des monuments hellénistiques et romains, a dû s'étendre peu à peu jusqu'aux ouvrages de l'art primitif. Si l'on s'étonne de nous voir embrasser dans un même livre une aussi longue période historique, l'exemple de M. K. Lange sera notre excuse. Il est difficile d'isoler du passé les œuvres récentes^ car presque toutes se souviennent d'une ascendance qui remonte aussi loin dans l'histoire que l'art de bâtir lui-même, car presque tout le passé se survit encore dans le présent.

I. Cf. le singulier article de M. AUan Marquand, Réminiscences of Egypt in doric architecture, dans Amer. Journ. of Archaeol., 1890, p. 47 et suiv.

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