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V. Le mégaron homérique

On s'étonnera peut-être que nous n'ayons pas encore parlé de la maison homérique. C'est un sujet que les archéologues ont fréquemment abordé depuis les découvertes de Schliemann et sur lequel il faut être ou très long ou très courte Pour les raisons suivantes, je choisirai d'être court.

I. Cf. Joseph, Paluste d. homerischen Epos.; Puchstein, Arch. Anzeig., 1891, col. ka et suiv.; Jebb, The homeric house in relation to the remains ai Tiryns,

LES TEMPS DORIE^JS 85

Un essai de restitution de la maison d'Ulysse à Ithaque intéresse beaucoup plus les commentateurs de l'Odyssée que les historiens de l'architecture. En telle matière, les données de l'archéologie sont d'un précieux secours pour le philologue, mais la réciproque n'est guère vraie. L'examen des textes n'ajoute rien d'essentiel à ce que nous vient d'apprendre l'examen des monuments, tant mycéniens qu'archaïques. Réduits aux seuls renseignements qu'on peut glaner à grand'peine dans l'Odyssée, nous n'aurions qu'une bien vague image de la maison homérique. Le poète nous parle des hautes colonnes du mégaron, de ses grandes poutres, et de son lai^ge seuil; il est muet sur le point qui nous intéresserait avant tout : la forme et les proportions de la salle. Nous la pourrions imaginer ronde, elliptique ou carrée ; plus large que profonde, ou plus profonde que large. Si l'on s'accorde à la supposer oblongue et rectangulaire, c'est qu'on se souvient, et à bon droit, des ruines mycéniennes. La description homérique, il faut le remarquer, est d'une telle imprécision qu'on la pourrait aisément appliquer aux salles hypostyles des maisons égyptiennes ou des palais Cretois, lesquels diffèrent par tant de traits du logis hellénique.

Au reste, l'étude des ruines nous a conduit à de si fermes conclusions que le poète n'a plus rien de notable à nous apprendre, du moins sur le plan et la structure de la maison. Le mégaron mycénien et le mégaron archaïque du vi^ siècle s'étant révélés à nous comme identiques, le mégaron selon Homère, qui doit prendre place dans l'histoire entre les deux précédents, ne saurait être un édifice d'un autre type. Si tel passage de l'Odyssée ou de l'Iliade nous décrivait en termes très précis une construction d'une tout autre espèce, sans aucune parenté avec celles que nous ont fait connaître les fouilles, nous aurions droit de récuser ce témoignage. 11 faudrait y voir soit une pure invention du poète, soit le souvenir d'un type de logis étranger à la Grèce propre. Mais tel n'est point le cas, et rien n'est plus facile que de prendre le mégaron mycénien pour tliéàtre du drame qui se déroule dans les derniers chants de l'Odyssée. C'est ce qu'ont longuement montré MM. Perrot et Noack.

Débarrassées de toutes les conjectures que suggère aux

Joarn. Hell. Stud., 188O, p. 170 et siiiv. ; Perrot -Chipiez, VII, p. 7g et sniv.; Myres, On the plan oj Ihe homeric house, Joarn. Hell. Stud., 1900, p. 128 et suiv.; Noack, Homer. Pal.; Dickins, Journ. Hell. Stud., 1908, p. 32^ et suiv. Tous les textes relatifs à la maison d'Ulysse sont rassemblés dans le mémoire de Joseph.

commentateurs la connaissance des palais mycéniens, voici à quoi se réduisent les indications contenues dans les textes homériques :

Dans Ithaque, comme à Troie, la maison comprend une cour (auX-/;). Des portiques (al'O^'j^ai) sont plusieurs fois mentionnés; la disposition et l'emplacement en restent incertains. Il n'est fait en tout cas aucune allusion à un péristyle continu, se développant tout autour de la cour. Cette restitution de Chipiez ne se justifle donc ni par les textes, ni par les monuments.

Le mégaron est précédé d'un porche (-piôjpov, Tupôcsji.^;, ar6:j7a). Dans sa façade s'ouvre une large porte dj-éya; ojBcç). Il semble aussi qu'une ouverture secondaire (cp7o6'jpr^) soit percée non loin de la précédente, donnant sur un couloir latéral (Axjpy;); mais l'exégèse de ces deux mots prête encore à discussion. Au mégaron fait suite le OâXaas;, lequel supporte un étage appelé 0-£po):v.

Des bâtiments annexes servant de magasins ou de communs, sont souvent cités sous les mêmes noms de ij.iyixpy. et ôiXa-xo'.. Il y faut ajouter dans la maison d'Ithaque cette BôXo; dont la forme et la destination restent matière à conjectures. Dans le palais de Priam sont disposées le long des cours des rangées de 63(Aa;j.OL où habitent les enfants du roii.

Il est possible, mais très douteux, que le mot pûyôç désigne des fenêtres du mégaron 2.

Homère connaît deux systèmes de couverture, le toit plat et le toit à versants (cf. ci-dessus, p. 69).

11 ne faut évidemment pas chercher dans ces renseignements épars la matière d'une reconstruction graphique. Homère mentionne les parties de la maison, il ne les décrit jamais. Toute fondation un peu claire apparue sous le pic des fouilleurs, tout tesson où se voit une silhouette d'édifice est pour l'historien de l'architecture un document plus précieux que le récit homérique.

Vue dans son ensemble la maison d'Ulysse paraît moins vaste, aménagée de façon moins luxueuse et moins complexe que les palais de Mycènes et de Tirynthe. Comme l'a montré M. Noack, elle serait plus comparable au palais d'Arné, le plus modeste des manoirs mycéniens. On admet en général que son mégaron est une salle oblongue pareille au pavillon central de tous ces

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