‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 55 sur 218 · I. Choisy, Histoire de l'architecture, I, p. /laS · texte numérisé non relu

I. Choisy, Histoire de l'architecture, I, p. /laS

88 l'édifice hypostyle

L'idée religieuse marque tout de son empreinte. )) Après les observations qu'on vient de faire sur les ruines archaïques, le mal fondé de cette opinion apparaît trop clairement. Ni les propylées n'imitent le temple, ni le temple les propylées. Ces deux sortes de monuments, comme encore les fontaines, les bouleutérions, les leschés, et beaucoup d'autres, ne sont que des emplois et des noms nouveaux donnés à une forme de construction très ancienne. Les Grecs de l'âge archaïque n'ont encore pratiqué qu'une manière de bâtir. Au problème capital de l'architecture, qui est de couvrir et d'enclore un espace donné, ils ont trouvé une solution excellente, mais ils n'en ont trouvé qu'une. Ils savent élever un bâtiment oblong, avec colonnes in antis. Pour le rendre plus large, ils ont appris à soulager les grandes poutres du toit au moyen de supports intérieurs qui s'alignent sur une ou deux files. Leurs logis les plus simples sont des mégarons sans colonnes, comme jadis ceux de la seconde Troie. Les maisons les plus belles, celles qu'on juge dignes des héros comme Amphiaraos ou Pelée, sont des mégarons du type développé, avec façade in antis. Insoucieux d'inventer, docile aux leçons de ses aînés, l'architecte adapte ce modèle d'édifice aux divers programmes qui lui sont proposés. Il y abat le mur de fond pour en faire un propylée ; il n'y change rien pour en faire la maison du dieu, ou le trésor qui doit abriter ses offrandes.

Quand nous disons que le temple dorique dérive du mégaron mycénien, il n'y a rien là que d'exact; mais on doit ajouter qu'il en dérive indirectement. L'héritier direct du mégaron, c'est la maison dorienne archaïque. Entre la destruction des palais mycéniens et la construction des premiers temples doriens, plusieurs siècles se sont écoulés. Pour qui ne considère que ces deux séries de monuments, l'intervalle est si long de l'une à l'autre, la rupture est si franche, que l'hypothèse d'une filiation directe se peut à peine soutenir. Mais il est facile de trouver le chaînon qui les relie. Ce qui a servi de modèle pour le temple archaïque, ce n'est pas le mégaron mycénien, c'est un mégaron dorien, qui reproduisait déjà fidèlement la forme du mégaron mycénien -

Dans la Grèce dorienne, la maison du dieu ne prend un aspect nouveau, une dignité particulière, que du moment où elle s'entoure d'une péristasis. L'adjonction de la colonnade externe est vraiment, dans l'histoire du temple grec, le fait important, la date initiale. iVuparavant l'édifice religieux n'est qu'un mégaron

affecté au culte. On ne connaît pas de temple périptère antérieur aux deux Héraions d'Argos et d'Olympie, lesquels ne remontent peut-être pas jusqu'au viii" siècle. Il est improbable qu'il faille placer à une date beaucoup plus haute la création du type périptère.

Lorsque l'Héraion d'Olympie était pour nous le plus ancien de tous les sanctuaires retrouvés, quelques savants inclinaient à croire que le temple avait pu naître périptère, que sa ceinture de colonnes lui avait été donnée dès l'origine pour le distinguer du simple mégaroni. Même dans l'ignorance des faits nouveaux révélés par les fouilles, comme l'existence à Sparte d'un temple bien plus ancien et sans péristasis^, on pouvait faire et l'on a fait à cette théorie de très fortes objections 3. Le sékos nu^, sans colonnes sur les flancs, nous conserve certainement la forme première du temple grec. 11 n'en est pas la réduction, mais le noyau primitif. Le temple archaïque de Tirynthe, construit au vil' siècle sur les ruines du palais, et celui d'OrchomèneS n'ont même pas de prostyle in antis. Ce sont de longs mégarons sans colonnes comme ceux de Troie II. « On ne peut prouver, dit M. Noack, que les premiers temples aient été pareils au mégaron. » Sans doute, car on pourra toujours dire des plus anciennes cellas in antis révélées par des fouilles qu'elles ne représentent pas le premier aspect du temple grec. Mais il serait pourtant sans exemple que l'architecture ait procédé du complexe au simple et réalisé du premier coup la cella périptère, alors surtout que la péristasis ne correspond dans les cérémonies du culte à aucun besoin précis. Cette singulière théorie pourrait sembler plus acceptable si nous constations qu'au lendemain des invasions doriennes, l'art de bâtir poursuivait paisiblement sa croissance et gardait intact l'héritage des progrès accomplis par ses devanciers. Mais c'est

1. Noack, Zar Entwick. griech. Baiikunst, dans Neiie Jahrb. f. kl. Allertunif 1898, p. 58o et suiv.

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