Monum. Lincei, XIX, 1910, p. i4i et suiv
3. La démarcation est moins nette entre les deux périodes 3 et 4 à Knossos qu'à Phaestos, le palais de Knossos n'ayant pas été reconstruit en une seule fois mais remanié à plusieurs reprises.
VI. Théorie de M. Mackenzie sur l'origine du mcgaron hellénique.
Dans ses importants travaux sur l'architecture Cretoise, M. Mackenzie s'arrête à des conclusions qui ne sont pas en tous points d'accord avec les nôtres '. Pour lui, la maison grecque et la maison crétoise ne sont pas deux types rivaux, d'origines diverses. L'une et l'autre viennent du Sud et nous montrent deux variantes, tardivement différenciées, d'un même type primitif.
Cette opinion se rattache à une théorie plus générale sur la marche de la civilisation dans le monde méditerranéen. La Crète, puis la péninsule hellénique, puis l'Europe méridionale et même l'Europe du Nord auraient reçu leur population du continent africain. Dans tout le bassin de la Méditerranée, l'art et l'industrie des époques primitives auraient leur unique foyer en Afrique et se seraient propagés du Sud au Nord. En ce qui concerne l'art de bâtir, voici comment la thèse se peut justifier. Il existe sans doute entre le mégaron mycénien et l'habitation crétoise des différences notables. M. Mackenzie ne les saurait méconnaître et lui-même les a bien marquées dans la discussion qu'il a soutenue contre M. Dôrpfeld au sujet des seconds palais de Knossos et de Phaestos. Mais, pour frappant qu'il soit, le contraste des deux architectures ne lui semble pas suffire à condamner l'hypothèse d'une commune origine. On en peut rendre compte par ce fait qu'une fois transportée sur le continent l'habitation méridionale des Cretois a dû, pour s'acclimater, modifier quelques-unes de ses dispositions premières. Le mégaron, en un mot, ne serait qu'une maison crétoise adaptée aux exigences d'un climat plus froid.
M. Mackenzie se représente comme il suit l'évolution de l'architecture primitive dans la région méditerranéenne :
L'art de bâtir a partout pour point de départ une cabane ne comprenant qu'une seule chambre. Le premier progrès consiste à composer de plusieurs chambres un même logis.
En Crète et dans les pays du Sud, où l'on n'avait pas de foyer permanent, on a fait communiquer entre elles, aussi largement
I. Mackenzie, Cretan Palaces, I, Annualof Brit. School^ XI, igo^-oS, p. 181 et suiv,; II, Ibid., XII, p. 260 et suiv. ; III, XIII, p. ^28 et suiv.; IV, XIV, 1907-08, p. 342 et suiv.
que possible, ces pièces contiguës. A la hutte primitive succède une maison aux chambres communicantes.
Dans la Grèce continentale, sous un plus rude climat qui rend nécessaire la présence d'un foyer fixe, la maison primitive évolue d'une autre manière. On tend d'abord à imiter les Cretois et à ouvrir des portes entre les diverses pièces du logis, y compris celle où se trouve ce foyer (Sesklo, Dimini). Mais on renonce ensuite à ce système pour maintenir cette pièce isolée des espaces voisins. Pour desservir la partie postérieure de la maison, on ménage un étroit couloir le long et à l'extérieur de la salle principale (maisons de Phylakopi et d'Arné). Plus souvent on fait de cette salle une construction nettement indépendante et complètement close sur trois faces (My cènes, Tirynthe).
De là vient que l'habitation hellénique au terme de son développement, bien que sœur de la maison Cretoise, est un mégaron isolé, sans autre ouverture que le portique de sa façade. Quant à sa forme étroite et profonde, on la peut expliquer soit par le dessein d'éloigner de la porte le foyer central, soit par l'addition à la salle Cretoise de l'espace postérieur jadis occupé par le puits de lumière.
Je ne discuterai pas ici la thèse générale de M. Mackenzie sur l'origine méridionale de la civilisation méditerranéenne, mais seulement l'application qu'il en fait aux monuments de l'architecture I .
La première et la plus forte des critiques, nous l'avons déjà formulée et développée dans toutes les pages précédentes, quand nous avons marqué les divergences profondes, constantes et originelles qui mettent en opposition les deux systèmes hellénique et Cretois. L'isolement de la chambre principale, occupée par le foyer, n'est pas la seule nouveauté du type continental. M. Mackenzie s'emploie longuement à expliquer l'origine de cette disposition, mais il en est d'autres, non moins importantes, dont il ne parle guère ou point du tout : par exemple la forme du toit, la place donnée aux colonnes, l'addition d'un
I. Après la publication des deux premiers articles de M. Mackenzie sur les palais Cretois, M. Noack a déjà soutenu contre lui l'indépendance de l'architecture mycénienne vis-à-vis de l'art crétois (Ovalhaus, p. 38 et suiv.). M. Mackenzie, dans Crelan Palaces, IV, a repris avec plus de détail l'exposé de sa théorie; dans un récent et très substantiel article, M. Oelmann {Arch. Jahrh., 1912, p. 38 et suiv.) lui a opposé des critiques qui atteignent cette théorie dans sa base. Cf. aussi Dussaud, Civil, préhellén., p. iiô et suiv.
prodomos et d'un portique frontal, la forme étroite et profonde des bâtiments. On admettra difTicilement que l'allongement du mégaron soit un fait secondaire, motivé par la nécessité de mettre quelque distance entre la porte et le foyer. La maison grecque naît avec la forme oblongue, et ce n'est pas la chambre du foyer, mais l'édifice tout entier qui tend toujours à se développer en longueur. En Thessalie, la maison est plus longue que large, mais la chambre du foyer, la première après le prodomos, est au contraire plus large que longue, ce qui contredit formellement l'hypothèse de M. Mackenzie. Quant à supposer qu'on a prolongé le mégaron de tout l'espace occupé en Crète par le puits de lumière, j'imagine que M. Mackenzie tient faiblement à cette explication. Elle ne saurait en tout cas valoir que pour l'époque mycénienne et non pour l'âge antérieur où, cependant, est déjà fixé le type du mégaron oblong.
Mais admettons même que toutes les dispositions particulières à la maison grecque répondent aux exigences d'un climat froid ou inégal; il ne s'ensuit pas que celle-ci ne soit autre chose qu'une maison d'origine méridionale transformée par les Européens. A ce point de son argumentation, on peut faire à M. Mackenzie une critique de méthode. Pour démontrer que le mégaron et la salle Cretoise sont deux formes d'édifice apparentées, il fallait d'abord nous faire apercevoir entre elles des analogies précises. Il ne suffisait pas de dire en quoi elles diffèrent et de s'ingénier à trouver les raisons de ces différences. Nous ne demandons pas à M. Mackenzie de nous prouver que le mégaron a bien les caractères d'un logis septentrional. En insistant là-dessus, il ne fait qu'abonder dans notre sens. Nous lui demandons d'abord à quels traits plus profonds il reconnaît son origine méridionale. C'est cet indice de parenté entre le mégaron et la salle Cretoise que nous avons cherché en vain et qu'il nous devrait révéler. Autrement dit, M. Mackenzie tache de réfuter par avance quelques-unes des objections auxquelles prête son hypothèse, mais il n'apporte pas en sa faveur de preuve positive.
En outre de ces critiques, qui portent sur l'ensemble de sa théorie, voici quelques points de détail où nos observations précédentes nous obligent à le contredire. M. Mackenzie croit apercevoir une similitude entre la maison Cretoise et le mégaron ihessalienK Elle consisterait dans la juxtaposition de plusieurs