K. Lange, llaus u. Halle, p. 9 et suiv
i42 l'édifice hypostyle
au petit côté sur la nef centrale ; l'édifice n'a pas de façade. On y pénètre par un étroit corridor qui débouche dans une encoignure I. Rien n'est plus contraire à l'usage des constructeurs grecs, toujours si soucieux de placer l'entrée en plein front et de choisir pour front l'une des faces étroites du bâtiment.
Malgré la distance qui les sépare dans le temps et l'ignorance où nous sommes des œuvres intermédiaires, on aperçoit aisément comment s'effectue la transition entre ce modèle de temple et celui des dynasties thébaines. La salle large se
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Sékos du temple égyptien.
retrouve dans la salle hypostyle, qui barre de son vaste front toute la largeur de la cour. Quant à la salle étroite et profonde, elle est devenue cette petite chambre obscure que Strabon appelle le 7y;%cc et qui constitue le sanctuaire proprement dit (fig. Ul). Autour d'elle, d'autres chambres, de formes diverses, se groupent en ordre variable, au gré du constructeur, jusqu'à remplir tout l'espace compris entre la salle hypostyle et le rectangle de l'enceinte. Dans le plan général, ces annexes représentent l'élément facultatif; ce sont des motifs de remplissage. Ce qui suffît à constituer le temple, c'est la chambre sacrée, le vaste hall hypostyle et la cour fermée qui le précède. Mais en réalité, les locaux secondaires, chapelles annexes, magasins, logements des prêtres et des serviteurs qui entourent la chambre sacrée, couvrent une superficie au moins égale à celle des locaux indispensables 2. Ils forment derrière la salle hypostyle un enchevêtrement de murailles, sans système fixe,
1. On observera la même disposition de l'entrée dans des tombeaux hypostyles de Sakkarah (Perrot-Ghipiez, I, p. 589, fig. 358).
2. Sur la destination des diverses salles qui entourent le <7Y)x6ç, cf. surtout les inscriptions de Dendérah et la description de Mariette, Dendéra/i, p. i3o et suiv.
l'orient 1^3
comparable à celui que nous montrent les ruines des palais Cretois » .
Le temple n'est pas seulement, comme le dit M. Perrot, un édifice diffus, c'est aussi un véritable labyrinthe. Et cela se doit entendre au sens le plus précis du mot : je veux dire que le fameux Labyrinthe du Fayoum n'était pas une construction d'un autre type que les temples dont nous parlons. Il occupait peutêtre une plus vaste étendue et groupait en un seul massif de brique et de pierre un plus grand nombre de chambres; rien n'oblige à le considérer comme un monument unique dans l'architecture égyptienne. Prenez dans n'importe quel temple du nouvel empire la partie postérieure du plan, celle qui fait suite à la salle hypostyle, et imaginez le même réseau de murs développé sur une aire cinq ou six fois plus grande, vous aurez un édifice répondant aux descriptions, d'ailleurs peu précises, qu'on nous a données du Labyrinthe 2. Le palais du Fayoum, qui servait à la fois de résidence royale, de tombeau et de magasin, ne passait pour un très curieux ouvrage qu'auprès des voyageurs étrangers. Les Grecs s'en émerveillaient, de même que du Labyrinthe crétois, mais leur étonnement ne doit pas nous tromper et nous en savons déjà les causes. 11 signifie surtout que le plan égyptien allait juste à l'encontre de leur tradition architecturale. Chez eux le temple, et en général tout édifice, était limité dans ses dimensions et dans sa forme par la nécessité de s'abriter sous un toit à versants. Quel qu'il fut, il gardait le dessin en plan et l'aspect du mégaron. 11 ne pouvait enclore qu'un jeu assez simple de cloisons. C'était donc pour les Hellènes une chose toute nouvelle que de pouvoir faire à l'intérieur d'un même bâtiment un long et sinueux trajet parmi des salles, des couloirs, des portiques, des
1. Les ministres et les serviteurs du culte constituaient à eux seuls une véritable cité, au moins aussi importante que la cour et la garde d'un monarque. Sous Ramsès III, 120O4 personnes étaient attachées officiellement au service d'un temple à Héliopolis (Chabas, Mélanges, II, p. i3o: Mariette, Dendérah, p. 3/1, n. 2). Mais ce personnel n'était pas logé à l'intérieur du temple, et ce n'est pas sa présence qui explique le développement de l'édifice sacré dans l'architecture égyptienne.
3. Cf. Wiedemann, Herodots zweites Bach, p. 626 et suiv,, où sont rassemblés les textes; sur les ruines identifiées avec le Labyrinthe, F. Pétrie, Hawara, p. k et suiv., pI.XXV; F. Petrie-Wainwright-Mackay, The Lahyrinth, ,p. 28 et suiv. Il est impossible dans le détail de mettre d'accord les textes d'Hérodote et de Strabon. F. Pétrie admet qu'au temps de Strabon l'édifice était en partie démoli ou transformé.