O. LEROUX. II
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cours ^ . Quant à la parenté de ce plan égyptien avec celui du palais Cretois, les Grecs la constataient et déjà nous en rendaient avertis en désignant du même nom le palais de Knossos et le palais du Fayoum.
Si l'on s'étonne que le Labyrinthe soit si longuement décrit et vanté par Hérodote, tandis que les plus grands temples de l'Egypte ne font jamais l'objet dans son récit que d'une très courte mention, on devra prendre garde qu'il ne semble jamais parler de visu des sanctuaires égyptiens. Il en a pu côtoyer les hautes murailles, apercevoir peut-être, derrière les pylônes, la grande cour avec ses colonnades ; peut-être même a-t-il été admis à franchir ce premier seuil et à pénétrer jusqu'à la salle hypostyle. On peut tenir pour certain qu'il n'a pas poussé plus avant. Il n'a pas circulé dans le dédale des chambres qui entourent le sékos^. C'est tout un aspect du temple qu'il n'a pas soupçonné. Parmi les grands édifices similaires, seul le Labyrinthe, en raison de son caractère mi-sacré mi-profane, était accessible aux étrangers dans toute ou presque toute son étendue. De là vient qu'Hérodote le décrit si longuement. Son insistance à dire qu'il l'a visité lui-même en détail montre bien qu'on lui laissait rarement la même liberté.
Dans le temple du Sphinx, la salle large et la salle longue se font à peu près équilibre. Dans le temple du nouvel empire, on est frappé de leur disproportion. Tandis que la première, qui joue le rôle de pronaos, s'est immensément agrandie, jusqu'à contenir une forêt d'énormes colonnes, l'autre, le sanctuaire proprement dit, n'est plus qu'un étroit réduit, tout juste assez grand pour qu'on y loge le tabernacle du dieu. Il semble qu'on veuille faire ce sékos d'autant plus exigu qu'il est plus sacré, pour qu'il soit, au milieu de l'immense organisme de pierre, une cellule unique et précieuse, isolée du monde extérieur, défendue contre les regards des profanes par le labyrinthe qui l'entoure. La maison étroite et profonde perd donc en dimensions tout
1 . Cf. dans le récit d'Hérodote, II, 1 48 : a Les passages à travers les chambres, les détours à travers les cours, me causaient, par leur variété, une admiration infinie, alors que nous passions des cours dans les chambres, des chambres dans les portiques, des portiques dans les espaces couverts et de là dans d'autres cours. »
2. Cf. C. Sourdille, Durée et étendue du voyage d'Hérodote, p. 192 etsuiv., p. 194. A Thèbes, au temple d'Ammon, Hérodote n'aurait même pas été admis à circuler librement dans la première enceinte; son silence sur la salle hypostyle prouve qu'il n'en a rien connu.
L ORIENT
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ce qu'elle gagne en dignité. Tandis qu'elle ne se laisse plus guère reconnaître dans le plan complexe et infiniment varié des habitations humaines, elle subsiste avec ses traits primitifs comme logis du dieu. Elle ne survit pas seulement dans le sékos de pierre, mais dans le tabernacle de bois qu'on y déposer Elle devient l'arche sainte où reposent les images et les attributs divins. Dans le temple réduit à sa forme la plus simple, c'est elle qui constitue tout l'édifice. Tel est le cas du célèbre sékos périptère d'Éléphantinea (fig. U8). Une colonnade haussée sur un
Fig. 48.
Sékos périptère d'Éléphantine.
socle entoure une chapelle oblongue, sans aucune division intérieure. Gomme dans tous les temples et comme la maison primitive représentée sur l'empreinte de Négadah, ce sékos a deux portes symétriques à ses deux extrémités. L'architecture funéraire dans les tombeaux de plan complexe conserve la même forme étroite pour le serdab, le réduit secret où l'image du mort est mise à l'abri des profanations, et, plus tard, pour la chapelle qui abrite le sarcophage. Dans tous les cas, qu'il s'agisse de la tombe ou du temple, la chambre étroite et profonde demeure peu spacieuse et ne s'agrandit point en même temps que l'édifice dont elle est le cœur.
La salle large, conforme au schéma du signe hiéroglyphique, connaît une tout autre fortune. Par sa destination même, elle est contrainte à se développer. Dans les textes qui détaillent les parties du temple égyptien, on l'appelle u salle de l'assemblée » ou ((de l'apparition». C'est entre ses murs que la foule est <
1. Cf. Perrot-Chipiez, I, p. 36o, fig. 210 ; p. 36 1, fig. 211.
2. Perrot-Chipiez,!, p.4oi et suiv.; cf. aussi le temple deThoutmès, p.388,
fig. ■<22.
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admise à contempler aux jours de fcte l'image du dieu ou les objets sacrés tirés par les prêtres de son tabernacle. La construction de ce pronaos mettait donc les architectes aux prises avec le problème capital de l'art monumental : couvrir et enclore de murs le plus vaste espace possible. On sait avec quelle maîtrise ils l'ont résolu. A Karnak, le grand hall n'a pas moins de I02 mètres sur 53. Dédaigneux des matériaux fragiles comme le bois, qui seuls permettent d'étirer les architraves et d'espacer les supports, les Égyptiens n'ont jamais posé sur les salles de leurs temples que des plafonds de pierre. D'énormes colonnes les supportent, les plus massives qu'aient jamais dressées des bras humains. C'est dans la construction delà salle large, antichambre du sanctuaire, que trouve à se satisfaire ce goût du colossal qui, jadis, avait fait surgir du désert les Pyramides de Gizeh. Dans le vaste corps du temple, cette salle n'est pas l'organe le plus précieux ; elle est cependant l'organe essentiel. De son aspect et de ses proportions déj^end l'effet produit par l'édifice. Son front occupe toute la largeur de la cour et la foule des visiteurs, en somme, ne voit jamais qu'elle. C'est par elle que l'édifice égyptien se distingue pendant bien des siècles de toutes les constructions antiques et dénote un art bien plus avancé. L'adjonction au sanctuaire de cette véritable place publique couverte marque une époque dans l'histoire de la grande architecture. Pour la première fois, l'édifice, image agrandie de l'habitation, dilate ses parois pour devenir une salle d'assemblée et pour abriter une foule. Ni le palais crétois ni le palais assyrien, ni le temple hittite ne nous montrent rien de semblable.
VI. Le plan hypostyle égyptien. — Front large et variété dans le groupement des colonnes. — La péristasis intérieure.
Nous avons vu se former en Grèce un type de bâtiment hypostyle qui a pour caractères la forme allongée et la division en trois ou deux vaisseaux. Rien de commun entre ces dispositions et celles de l'hypostyle égyptien. La « salle de l'apparition » restera toujours, en Egypte, un édifice à front large. Celle de Louqsori ne fait qu'en apparence exception à cette règle. Si elle