X. Le hilani syrien
Le grand empire qui avait sa capitale à Bogaskoï s'étendait jusqu'en Syrie. Ce sont encore des témoins de la même civilisation que les ruines de Sendchirli. A vrai dire, elles n'ont pas de très frappants rapports avec le temple dont il vient d'être parlé. L'unité de l'art dans toute l'étendue de l'empire hittite au second millénaire semble pour le moment assez contestable. C'est un fait dont il faut ajourner l'explication et qui est d'ailleurs pour nous d'une importance secondaire. Il nous suffira de constater d'une part entre les monuments syriens et ceux de la Grèce un contraste profond; d'autre part une affinité certaine des premiers avec les constructions égyptiennes. Cette architecture syrienne du second millénaire se résume tout entière dans le hilani K Le hilani est un type monumental, adaptable à diverses fins, dont on fait tantôt un donjon, tantôt une porte d'enceinte. Comme en Grèce, on donne la même forme à l'édifice proprement dit et au propylée; mais c'est ici d'une tout autre forme qu'il s'agit. Réduit à son expression la plus simple, le hilani se compose d'un bâtiment large, sans profondeur, flanqué de deux tours massives. Sous son aspect le plus riche, il comprend deux salles larges, de même forme, placées l'une derrière l'autre, et son portail médian devient une large baie dont deux colonnes soutiennent le linteau. 11 n'y a rien dans ce dispositif qui ne soit conforme aux méthodes de construction pratiquées dans tout l'Orient antique et déjà observées par nous chez les Égyptiens. La salle large n'est pas le seul type de salle qu'aient connu ces derniers, mais il est le plus fréquent dans les ruines de la vallée du Nil. Le portail à deux colonnes se trouve dans les tombes rupestres de Beni-Hassan et dans de petits édicules représentés par des peintures funéraires'^. Enfin, le hilani, avec ses deux grosses tours encadrant une porte, rappelle très exactement le pylône qui sert de façade au temple égyptien.
1, Maspero, Hist. anc, III, p. 206; p. 2/17; Puchstein, Die Saule in d. assyr. Archit., ddiUs Arch. Jahrb., 1892, p. i et suiv.; koldewey, Ausgabrungen in Sendchirli, p. 189 et suiv.; i83 et suiv.; Noack; Homer. Pal., p. 27 et suiv.
2. Maspero, Hisl. anc, I, p. 34o; Perrot-Chipicz, 1, p. 176, fig. iio; Springer-Michaelis, p. 38, iîg. 72.
L ORIENT
XI. La maison, le palais et le temple en Mésopotamie. Absence de constructions hypostyles.
En Mésopotamie, une assez riche série de ruines et de monuments figurés nous laisse entrevoir au moins dans ses grandes lignes le progrès de l'art monumental. Il débute par le plan rond, auquel on semble n'avoir jamais complètement renoncé. Des mai-
FlG. 01.
Maisons rondes à coupoles représentées dans un relief assyrien.
sons circulaires, à dôme ogival ou hémisphérique, sont représentées sur les reliefs de Koyoundjik (fig. 5i) ». Dans la vieille nécropole chaldéenne de Moughéïr des corps étaient déposés sous une sorte de chapeau en terre cuite, exactement circulaire, tantôt aplati par-dessus, tantôt arrondi en coupole ■>■. Ce mode de sépulture pourrait nous étonner si nous n'avions déjà constaté plusieurs fois la longue fidélité de l'architecture funéraire au plan primitif de la hutte ronde.
Parmi les types rectilignes, le plus répandu semble avoir été une maison cubique, médiocrement spacieuse, de un ou deux étages (fig. 52). Sur un relief assyrien, le sculpteur a figuré en perspective toute une ville composée de semblables bâtisses 3. On voit parfois des fenêtres percées dans les murailles, parfois seulement des portes, dont la place est variable. Sur le toit, toujours horizontal, s'élève souvent une sorte de pavillon pareillement cubique, peut-être une niche recouvrant l'ouverture par où l'on
i. Perrot-Chipiez, II, p. i^G; Jahreshefte, 1907, p. aSi. ♦ 2. Joarn. of Asiatic Society, XV, p. 270; Maspero, Hist. anc, l, p. G85; Perrot-Chipiez, II, p. 871 et suiv.