‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 104 sur 129 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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i Cette remarque affaiblit un peu l'argument que j'ai proposé moi-même (p. 155 et suiv.) pour renvoyer après l'an 232 la composition de la légende: je crois cependant qu'il faut le maintenir. En tous cas, la conclusion finale demeure solide.

M. Matthes1, admettre que les lettres de Jésus et d' Abgar au moins sont plus anciennes, et remontent au temps du premier roi chrétien Abgar VIII?

Je ne vois pas de raison solide de faire cette distinction. Que la première pensée de donner à l'Eglise d'Édesse une origine apostolique soit venue à l'esprit de quelques Édesséniens dès le commencement du me siècle, à la bonne heure. La situation importante de la ville au point de vue tant civil qu'ecclésiastique, l'amour-propre national suggéraient facilement cette idée. Mais que, dès cette époque, cette pensée ait conduit à fabriquer les lettres, c'est ce qui me paraît invraisemblable d'après les motifs donnés plus haut. Le disciple annoncé par Jésus-Christ n'est pas, il est vrai, nommé dans sa lettre; mais on n'eût pas tardé aie désigner, et on n'eût pu alors désigner Addaï, comme on l'a fait.

En somme, la légende d' Abgar a commencé, si l'on veut, à se former vers le milieu du iiic siècle : dans le dernier tiers de ce siècle, elle produisait un premier écrit auquel nous avons donné le nom d'Acta Edessena : c'est celui qu'Eusèbe a eu sous les yeux. Mais plus de cent ans plus tard, les Acta subissaient eux-mêmes une transformation, et devenaient la Doctrine d Addaï.

Telle est l'histoire littéraire de la légende. Quant à sa signification et à l'idée qu'elle représente, il est facile de s'en rendre compte. C'est la conversion même de l'Osrhoène et du monde qui est figurée dans la guérison et la conversion d' Abgar. Le roi et la ville représentent tout le royaume. La maladie du roi, c'est l'idolâtrie et les châtiments spirituels qui en sont la suite. Le signe sur le visage de l'apôtre, c'est la lumière de l'Évangile apparaissant au milieu du paganisme. La guérison d' Abgar par la main d' Addaï, c'est la délivrance de l'erreur et du péché par la prédication et par la foi chrétienne. Cette idée, comme on le voit, n'est point une idée

\. Die Edess. Abgs. aufthre Forlbild. unlcr.s., p. 3i

particulière, applicable seulement à Édesse et à l'Osrhoène, mais une idée générale, applicable à cliaque royaume et à l'empire romain tout entier. Et c'est pourquoi il a suffi plus tard de modifier quelques détails, pour faire de la légende d'Abgar la légende de Tiridate et la légende de Constantin.

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