‹ Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'AbgarChapitre 106 sur 129 · Peregrin., p · texte numérisé non relu

Peregrin., p

célébraient les encenia de YAnastasis1. On ne nous dit pas, il est vrai, à quelle époque la découverte a eu lieu, ni par qui ; mais le fait est mis en rapport avec la dédicace des basiliques. Or, un autre passage de la Peregrinatio met aussi Hélène en rapport avec les basiliques. Elles ont été construites et ornées par Constantin sub presentia matris suœ~. Ces trois souvenirs, la vraie Croix, Hélène et les églises sont donc inlimement unis dans l'esprit de l'auteur3.

A côté des renseignements de la pèlerine, il faut mettre ceux de saint Jean Chrysostome. Dans sa Démonstration contre les Juifs elles Gentils, quod Christus sitDeus, écrite avant l'an 387 (n° 10), le grand docteur parle du bois sacré et de l'empressement des fidèles à s'en procurer des fragments4. Mais dans son homélie 85 (al. 84) sur saint Jean, prêchée à Antioche avant l'an 398 (n° 1), il s'étend davantage. Expliquant pourquoi Pilate n'avait pas voulu changer l'inscription de la Croix, il y voit une conduite de la Providence, qui, sachant que cette Croix longtemps enfouie serait un jour recherchée, y avait fait laisser le titre, afin qu'on la pût distinguer de celles des voleurs ensevelies avec elle : car c'est à la place qu'elle occupait entre les deux autres et à son titre qu'on la reconnut5.

1. La fête de l'Exaltation de la sainte Crois se célébrait le 14. Le ménologe de Basile rappelle, à cette dernière date, l'Invention de la relique par Hélène. Les deux souvenirs, de la première exaltation après l'Invention, et delà seconde par Héraclius, se sont confondus eu une même solennité (Migne, P. G., CXV11, p. 48).

2. Peregr., p. 83 : Nam quid dicam de ornatu fabricœ ipsius, quam Constantinus sub presentia matris suœ, in quantum vires regni sui habuit, lionoravit auro, musivo, et marmore prelioso tam ecclesiam maiorem, quam Anastasim, vel ad Crucem, vel cetera loca sancta in Ierusolima ?

3. Un autre passage fort obscur supposerait peut-être aussi une invention récente. Dans la description de la vénération de la relique le vendredi saint, il est dit (p. 9ii) que la chaire de l'évèque était placée in Golgotha post Crucem, qtue stat nunc. La pèlerine entend-elle par là qu'on possédait la Croix depuis peu \quse stat nunc) ?

4. Migne, P. G., XLV1II, p. 826. Dans ses deux homélies De cruce et la trône (ib., XLIX, p. 403, 413), il émet au contraire l'idée que Jésus-Christ a emporté avec lui sa croix au ciel.

5. Migne, P. G., LIX, p. 4G1 : 'EizeiSt] yàp -/.aTî/ojaûr, xoO oxavpoO xb £uXov, w; oùôevbc; ocjtôv àv£)i<rOxt (mouSaÇovro;, tw xat poëov âTCtxeîerâat xa\ Ttpb; sxcpa xaxe- •rcsiyovxa xoù; TïtcTTî'JOVTa; ttiïÛSï'.v, ï\L&kï.e oï -/pivot; 'jaTSpov tmÇr^zïabau, e'cxb; ce xoù; xpet; ôjxoO xîïaOa'. axrjpoO; ■ iva \>.i\ ayvoîJTae 6 xoO 8e<xixÔTOV, upiôxûv [asv àub xoO piaov aùxbv xsîaBat, ïict'.xa oï v.a\ àîtb xoO tîtXou ôr,/.o; Tiâiiv èylveto ■ o'i yàp xôjv Xr,axû)v, xixXo'j; oi>y ei'/ov.

Après saint Chrysostome vient saint Ambroise, et avec lui les détails se complètent et s'accumulent. Dans son Sermon sur la mort de Théodosê, prononcé en 395 (n° 41 et suiv.)1, il nous représente Hélène entreprenant le pèlerinage des lieux saints pour attirer sur le règne de son fils la protection du ciel. Arrivée au Golgotha, elle se met, par inspiration divine, à chercher le bois de la vraie Croix. Les Juifs l'avaient enfoui. On creuse, et on trouve les trois croix. Laquelle est celle de Jésus? Celle du milieu... oui; mais dans leur chute elles ont pu se confondre. Au titre on reconnaît celle que l'on désire. L'impératrice ne s'en tient pas là: elle cherche aussi et découvre les clous. Elle fait disposer l'un à une bride, de l'autre elle fait orner un diadème, et elle envoie le tout à Constantin2.

Ici. nous avons la relation complète que la légende se contentera plus tard d'embellir et d'amplifier. Le rôle d'Hélène en particulier est pour la première fois nettement accusé : c'est à elle que revient toute la gloire de la découverte.

A partir de ce moment aussi les témoignages se multiplient.

C'est d'abord celui de Rufin (v. 400). Dans son Histoire ecclésiastique3, il raconte à peu près la même chose que saint Ambroise : seulement la relique, d'après lui, n'a pas été reconnue à son litre. Ce titre se trouvait avec elle, mais détaché probablement. Elle l'a été par la guérison d'une noble dame malade de la ville, à qui on applique successivement les trois croix : la troisième lui rend subitement la santé. Hélène fait construire au lieu de l'Invention une superbe basilique ; elle apporte à son fils une partie du bois sacré, et laisse l'autre à Jérusalem renfermée dans une chasse d'argent.

C'est ensuite le témoignage de Paulin de Noie (v. 403) * dont le récit, semblable à ceux de saint Ambroise et de Rufin, présente toutefois des particularités importantes pour le dé-

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