LE FAIT
Il esl nécessaire de prendre ici les choses dès le principe.
Eusèbe a raconté, dans sa Vie de Constantin (III, 25 et suiv.), comment cet empereur, voulant élever au lieu de la Résurrection une basilique qui en rappelât le souvenir, fit détruire le temple de Vénus bâti en cet endroit par les païens, et creuser profondément le sol afin de ne laisser, s'il était possible, aucun vestige de l'ancienne profanation. Dans ces fouilles, tout à coup le saint Sépulcre, enfoui sous terre, apparut. Constantin, ravi, écrivit aussitôt à Macaire, évêque de Jérusalem, et, de concert avec lui, fit d'abord magnifiquement orner la grotte de la Résurrection, puis élever cette splendide basilique dont Eusèbe nous dépeint avec tant de complaisance les richesses et la beauté.
Dans cette relation, remarquons-le bien, il n'est nullement question d'Hélène. Ce n'est qu'aux chapitres 41 et suivants que l'historien, par une naturelle association d'idées, vient à parler des deux édifices construits par cette princesse, l'un à Bethléem, au lieu de la naissance du Sauveur, l'autre sur le mont des Oliviers, au lieu de l'Ascension. 11 ajoute bien, au chapitre 45, qu'Hélène n'avait pas borné là son zèle pour le culte sacré, et qu'elle s'était occupée de l'ornementation des églises; mais rien de spécial n'est signalé relativement à celle de la Résurrection. Quant à une découverte de la vraie Croix, on n'en trouve pas un mot dans tout le récit '.
1. Il y a cependant dans la lettre de Constantin à Macaire deux passages où l'on pourrait voir une allusion à la vraie Croix, le premier au en. 30, 1 : To yàp to yvojp'.TiJ.a tow âytcoTito-j sxscvou naOo'jç iiito xr\ y?, ftâXac xpu7rt6ji.evov ... irâ^av ex7tXr)?iv i/.r,0(o; ÔTOpêaévEt : le second au même chap., 1 ... è-/.e':vov tôtcov ... aytov \i.v/ il KpjrTji ÔîO'j y.piffei yîyev/ijiévoV) ocytMTEpov 8' à7ro?av9êvTa, à?' o'j toO trwr/ipiou
Même silence dans le récit de la dédicace de la basilique constantinienne1, et dans le discours qu'Eusèbe prononça à cette occasion en présence de l'empereur. Dans ce dernier morceau 2, l'orateur parle à la vérité du « signe sauveur » et du monument érigé en son honneur par Constantin3; il s'étend sur les bienfaits que ce signe a apportés au monde; mais il ne dit rien qui puisse faire supposer que la vraie Croix eût été récemment trouvée.
La Vie de Constantin se place entre les années 337 et 340; la découverte du saint Sépulcre vers l'an 326. Dans l'intervalle fut entrepris le voyage du pèlerin de Bordeaux (333) \ Celui-ci a visité les lieux saints ; il a vu le Golgotha et le tombeau qui en est à la distance « d'un jet de pierre » ; il a vu la basilique bâtie par l'empereur; il n'a pas vu la vraie Croix, ou du moins il n'en parle pas, non plus que d'Hélène.
Le silence de ces deux auteurs, du premier surtout, est étrange. Mais, poursuivons. Dix ans au plus après les récits d'Eusèbe, probablement en 347, saint Cyrille de Jérusalem, alors simple prêtre, donne dans l'édifice constanlinien ses Catéchèses. Il y assure formellement que le bois de la Croix se trouvait alors à Jérusalem, et que, de tous côtés, on en possédait des fragments1. Dans la dixième catéchèse (n° 19),
■rciùo'j; tiî'ttiv v.ç çw; Tipo^yayîv, ot/.oSotj.rjLi.xTfov y.âXXsi xoff[nrç<Ta>[i.EV. Mai? cet deux passages peuvent s'expliquer du tombeau Lui-nïême, et il serait bieD étonnant, si la vraie Croix eût été découverte, que l'empereur ne l'eût pas désignée plus clairement.